‹ Contradictions politiquesChapitre 26 sur 74 · C05TEAD1CT10NS POLITIQUES · texte numérisé non relu

C05TEAD1CT10NS POLITIQUES

nion. ce serait faire déserter les comices et frapper de mort l'institution. Ces considérations ont leur valeur, et j avoue que pour mon compte je suis, sur presque tous ces points, de la plus inexorable intolérance. Le jour où le législateur accordera aux femmes et aux enfants le droit de suffrage, par exemple, sera le jour de mon divorce ; je chasse loin de moi femme et progéniture, et je rentre dans ma solitude. Hais, enfin, tout cela ne répond pas à l'argument de droit. Les personnes auxquelles a été rçfusé ou retiré le droit de suffrage font partie essentielle de la nation ; elles ont le droit d'être représentées : peut-on admettre qu'elles le soient d'office par ceux de qui elles dépendent, ou qui leur ont été désignés comme tuteurs ou répondants? Quand le médecin s'approche du malade, il le fait parler autant que sa faiblesse le lui permet, il n'interroge pas de personnes tierces» ni parents ni hôtes. L'Église a sa pénitencerie, selon laquelle le pécheur doit s'accuser lui-même, s'il veut obtenir, avec le pardon de ses fautes, les remèdes de l'âme. Or, la plupart des citoyens

exclus des listes électorales sont des malades sociaux et politiques : comment se relèveront-ils, comment obtiendront-ils la justice qui leur est due, s'ils ne peuvent parler pour eux-mêmes, s'il leur est défendu d'avoir leur part dans la représentation nationale, d'ester, si j'ose ainsi dire, dans l'exercice de la souveraineté du peuple?

Eh bien, ne reculons jamais devant la logique, quand elle sert d'interprète au droit et à la liberté. La synthèse électorale doit comprendre, non-seulement en théorie, mais en pratique, tous les systèmes produits : admettre à la fois, comme base d'élection, non-seulement la population, mais le territoire, la propriété, les capitaux, les industries, les groupes naturels, régionaux et communaux. Elle doit tenir compte des inégalités de fortune et d'intelligence, et n'exclure aucune catégorie. . . Gomment, me demanderez- vous, tout cela serait-il possible sans enfreindre l'égalité civique, et sans soulever de nombreux antagonismes? Gomment cela serait-il possible, si la plupart de ces éléments s'excluent les uns les

autres?... A quoi je réponds qu'en effet, si le grand acte qui a pour objet de produire la représentation nationale consiste à réunir [une fois tous les cinq ans, ou tous les trois ans, une cohue de citoyens désignés, et à leur foire nommer un député porteur d'un mandat en blanc, et qui, en vertu de ce mandat en blanc, représente non-sulement ceux qui lui ont donné leurs suffrages, mais ceux qui ont voté contre lui ; non-seulement la masse électorale, • mais toutes les catégories de personnes qui n'ont pas voté, toutes les forces, facultés, fonctions et intérêts du corps social ; je réponds, dis-je, que si c'est là ce qu'on entend par suffrage universel, il n'y a rien à en espérer, et que tout notre système politique est une mystification et une tyrannie.

Je conclus. Une représentation sincère et véridique, dans un pays comme le nôtre, suppose un ensemble d'institutions tellement combinées» que tout intérêt, toute idée, tout élément social et politique puisse s'y produire , s'exprimer luimême, se faire représenter, obtenir justice et

garantie, exercer sa part d'influence et dé souveraineté. Car la représentation nationale, là où elle existe comme condition politique, ne doit pas seulement être un rouage, comme dans la Constitution de 1804; un rouage et un contrepoids, comme dans la Charte de 1814-1830 ; la base de l'édifice gouvernemental, comme dans les Constitutions de 1793, 1848 et 1852 : elle doit être à la fois, à peine de mensonge, une base, un rouage , un contre-poids, et de plus une fonction, fonction qui embrasse la totalité de la nation, dans toutes ses catégories de personnes, de territoire, de fortunes, de facultés, de capacités et même de misère.

J'ai dû m'étendre sur cette production du souverain, vulgairement appelée système électoral ou suffrage universel, en raison de l'importance de la question et de la fausseté des idées que l'on s'en fait généralement. Nous pouvons maintenant juger la Constitution de 93.

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