SCÈNE IV
Les Mêmes, moins HENRIETTE. *
BONAMi. Allons , ma nièce , conte-nous cela... je ne suis qu'oreilles.
M"'^ GALANT, à Anatole, Approche , mon ami.
ANATOLE, à part. Que vais-je entendre . . . bon Dieu! que \ais-je eilendre I
M""^ GALANT
Air : Tyrolienne de iH™^ Malibran.
Sous l'édredon je m'étais rÇchauffée; Et saus songer au nœud qui m'enchaîna, Je n'aspirais qu'aux faveurs de ftlorphée Doot les pavots sur moi tombaient déjà, Àb 1 ah ! ah ! ah I
Air : Le joli Talisman.
Quand tout à coup {bis) à mon oreille Un bruit arrive en murmurant.
Alors je ne sais si je veille Ou bien si je dors en rêvant.
Ce bruit va toujours s'approfhant ; C'est une voix qui me répète :
« Madamp, de votre couchette » Le personnel est incomplet.
» Un p'tit coin s'il vous plaît, » Un p'tit coin...
Air : Ah! Dieu quel homme.
C'était 'a voix de mou mari!
Je me hasarde, Je regarde, Et je pousse à l'instant ce cri:
Ahl c'est moins laid que mon mari!
Air : de l'Ambassadrice, Car je voyais un beau jeune homme Aux regards d'amour embrasés...
Il avait un habit vert pomme, Ses cheveux blonds étaient frisés.
Que son air est tendre!
11 me fait entendre
Qu'il ose prétendre
A tout mon aD#ur.
* Bonamî, M»« Galant, Aaatole.
Moi, je me courrouce Et je le repousse ; Pourtant je suis douce, Fière tour à tour.
Eu vain je m'écrie Que je suis unie.
Et qu'à la mairie J'ai donné ma foi, 11 répond sans cesse :
" Malgré ta promesse, » Malgré ta sagesse, « Tu seras à moi l »
Et plus je fixais Mes yeux sur ses traits.
Plus je me disais:
« Je le reconnais. »
Bii,
Est-ce mon mari?
Non, ce n'est pas lui.
Dois-je voir en lui {bis) Mon mari?
Air : Gastibelza {l'homme à la carabine). Et lui riant de mon inquiétude, Me dit enfin :
« Il est bien temps que ton incertitude,
» Ait une fin.
» Ton cher époux ne saurait mettre obstacle
» A notre accord; » Il ne le peut à moin^ d'un grand miracle, » Car il est mort.
» — Mort ! — Il est mort. »
Air : Tyrolienne de M^^ Malibran, Faut- il trembler, ou faut-il que j'espère? Chagrin, boibeur, qu'est-ce qui m'adviendra? Pui-sé-je au moins tomme la nuit dernière. Toutes les nuits avoir ce rêve-là!
ENSEMBLE
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah 1 ah !
BONAMI, à part. L'explosion est sûre!
M"'* GALANT. Je le vois, voire émotion est égale à la mienne.
BONAMI. Oui , je suis ému... très-ému... ma pauvre nitce!...
M"*" GALANT. Comment... vous me plaignez ?
BONAMI. oh ! oui . . . tu es bien à plaindre l
M™" GALANT, à part. Mon mari reviendrait-il?
BONAML Hélas!...
M"* Galant. Que voulez-vous dire?
BONAMI. Souvent les revts nous annoncent la réalité ...
M""' GALANT. P!aît-il ?
BONAML C'est comme un pressentiment des douleurs ou des joies qu'on doit éprouver...
M""" GALANT. Ah ! mon Dieu I expliquezvous.
BONAMI. Ma nièce... ma nièce chérie...
es-lu bien prépar e à tout? ..
M"* GALANT. Je n'osc deviner... BONOil. Quel coup pour loi !
M"' GALANT. Et si je me trompais...
ANATOLE. Quel contre-coup !
BONA.MI. Eh bien! il vaut mieux que tu saches tout de suite...
M^'^^GArAiNT. Sans doute... ne me faites point linguir.
B0^AV1I. Apprends donc que ton rêve...
M"^ GALANT. Mon mari...
BONAMt. Il nVst plus !
M""' GALANT. Ah !. .. oh 1. . . soutiens-moi, Anatole. {Elle s'appuie sur lui.)
ANATOLE Mon pau\re oncle ! hi ! hi ! hi! {A part.) Oh ! qu'el e (st lourde 1 [Il la fait asseoir sur le fauteuil à droite.)
BONAML C'est difficile à supporter, j'en conviens. (4 part.) Et elle disait qu'elle ne l'aimait pas*.
M"" GALANT. Ab ! mon onc'e ! . .. on a beau être préparée... car au fond il avait de bonnes quciliics.
BONAMI. V- en était pétri.
M"^ GALANT. Un pt'U coIère... buveur .. libertin... avare... mais, du reste, c'était un bien brcjve ho'nme.
ANATOiE. Ohl oui... hi... hi!...
M"^ GALANT, pleurant. Je le regretterai bien loHg emps. .
BO^A\u, àpart. Çamarche... ça marche...
ANATOLK, pleurant. FA moi donc!...
M™" GALANT. Bou Anatole... Il aimait bien son oncle!...
ANATO'E. Oh!...
M"^ GALANT, se levant brusquement. Mais il tant se faire une rai<^on, mon enlanr.. . nos larmes ne le feront pas revenir, ce cher ho m nie **.
ANATOLE, c'est bien vrai.
M"'« GALANT. Et nous avons à penser à tant de choses... Un événement d imprévu.. Je n'ai pas une robe de deuil.
ANATOLE. Oh !
M"'« GALANT. Combien je regrette de n*avoir pas imité une de mes atnies qui a tonjours une parure noire toule prête pour l'occasion.
an ce pareille.. . c'est comme pour un bal... {Pleurant.} Et je si-issûie que demain je pourrai ronsolcr par d t e deruière marque d at ach( ment les màncs de mou malheureux époux. Ah Imon oncle... * ah 1 mon j^auvre Anatole! une veuve est bien à plaindre! {Elle sort par la droite, Bonami la soutient.)