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CHIRURGIE D'ARMÉE

Je viens d'envisager aussi clairement qu’il m’a été possible, ce qui arrive dans les villes, dans la pratique civile, dans les hôpitaux où les ressources sont grandes et où l’on a à sa disposition tout ce dont on a besoin. Il me reste maintenant à parler de la chirurgie militaire, tant de celle qui se pratique pendant les armées en campagne que de la chirurgie navale. Ici les conditions sont loin d’être les mêmes. Et tout d’abord parlons de la chirurgie d'armée.

A la gterre, surtout maintenant que des masses considérables d'hommes s’entrechoquent et que les blessés se comptent par milliers, la chirurgie conservatrice n’est plus possible. Chacun connaît la manière de procéder à la guerre. Parmi les blessés apportés à l’ambulance, les uns à cause de la légèreté de leurs blessures peuvent être pansés immédiatement et retourner au combat ; d’autres ont des lésions tellement graves, on les apporte dans un état de prostration telle que tenter sur eux une opération immédiate serait leur donner la mort du même coup. Pour ceux-là, l'intervention chirurgicale est différée jusqu’à ce qu’ils soient sortis de l’état de torpeur dans lequel ils se trouvaient et qu'ils puissent supporter le choc opératoire. D’autres, au contraire, peuvent être amputés immédiatement, et pour eux c’est la meilleure chance de salut. Enfin il y en a quelques-uns (ce sont les privilégiés) pour lesquels l’opération, bien que souvent indiquée, peut être remise, en attendant que la chirurgie conservatrice ait tenté ce qu'il est

possible de lui demander, sans espoir cependant d’arriver à des

résultats, mais avec l’idée qu’une opération secondaire pourra encore les sauver si des complications ne viennent à surgir. Malgré tout, à la guerre on n’a pas le temps de délibérer longtemps ; il faut agir vite, sion veut avoir quelque chance de sauver son malade. « Quelque cruelle que puisse être une opération, dit Larrey, elle est un acte d'humanité entre les mains du chirurgien, dès qu’elle peut sauver les jours d’un blessé qui sont en danger ; et plus le danger est grand et pressant, plus les secours doivent être prompts et énergiques. Ad extremos morbos extrema remedia exquisite optima. (Hippocrate.) » ;

En campagne, comment temporiser ? Les blessures qu’on y remarque présentent toutes les variétés : membres écrasés, éclats d’obus, fractures comminutives avec délabrement considérable, plaies de toute espèce donnant lieu à des hémorrhagies terribles. Où mettre ces malades, dans un pays qui peut être envahi par l'ennemi ou devenir le siège d’une nouvelle bataillé® Où les envoyer et comment les envoyer avec leurs membres pantelants, pour qu'ils ne soient pas cahotés et soumis à mille dangers ? Ici plus que partout ailleurs la chirurgie éliminatrice s’impose.

« Lorsqu'un membre blessé par un coup de feu ne peut être conservé, dit Larrey, il faut l’amputer sur le champ. Aux armées, plusieurs circonstances font sentir davantage l’urgence de l’amputation :

« 4° L’inconvénient de transporter les blessés du champ de bataille aux hôpitaux militaires sur des voitures mal suspendues, dont le cahot produirait un tel dérangement dans la blessure et dans tout le corps que le plus grand nombre périrait pendant le trajet, surtout. s’il était long et si le chaud et le froid étaient extrêmes ;

« 2° Le danger d’un long séjour dans les hôpitaux, danger que l’amputation diminue beaucoup en convertissant la blessure d’arquebuse en une plaie susceptible d’une prompte guérison, et en réduisant les causes du développement de la fièvre et de la pourriture d'hôpital ;

ET

« 3 Les cas où l’on est obligé d'abandonner les blessés. Il importe alors d’avoir fait l’amputation, parce que, l'opération faite, ils peuvent rester quelques jours sans être pansés et que les pansements sont ensuite plus faciles. (Larrey, Mémoires de Chirurgie militaire, tome IT). »

Du reste, même dans les hôpitaux, où ces malheureux vont être entassés, la situation ne sera pas meilleure, et pour attendre qu’une amputation secondaire soit possible, on ne peut les laisser en aussi grand nombre exposés à toutes les complications qui naissent de l'encombrement. Même dans les circonstances les plus calmes, la temporisation ne laisse pas au chirurgien toute la liberté d’agir que l’on suppose. Sur 100 blessés qui semblent pouvoir supporter les accidents immédiats de leur lésion, il y en a un grand nombre qui succombe à ces accidents. Chez quelques autres, les phénomènes inflammatoires se continuent de manière à ne pas permettre l’amputation.«Tous les chirurgiens ont vu, après des traumatismes graves, la fièvre se prolonger, la tuméfaction et l’inflammation locale s’étendre, se compliquer de foyers purulents, de telle sorte que la mort arrive sans qu’on ait trouvé l'instant favorable pour amputer, ou que, si on opère en désespoir de cause, on le fait dans des conditions tellement mauvaises, que le succès est presque impossible. Parmi les blessés soumis à la temporisation, il en reste donc un petit nombre assez privilégié pour résister aux orages primitifs de leurs blessures, qui auraient très probablement résisté à l’amputation immédiate, et qui cependant ne résisteront pas à l’amputation secondaire dans une aussi grande proportion que leurs camarades opérés dans les premiers instants. On arriverait donc par la temporisation à des résultats déplorables, et ce serait manquer à son devoir que de ne pas oser sacrifier un membre qui sera peut-être

une cause de mort pour le blessé.

Or e—

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