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AMPUTATION DE CHOPART. — AMPUTATION SUS-MALLÉOLAIRE

Au mois de juillet 1884, le second-maitre armurier Quénaud (Gabriel), âgé de 27 ans, étant en' train de river des tôles, a reçu sur le pied gauche une enclume appartenant à la canonnière le Niger, et pesant envion 40 kilogrammes. Le pied fut écorché à la face dorsale; mais, dès les jours suivants, la plaie s'agrandit beaucoup, et un mois après environ, fut atteinte de gangrène. À ce moment, on désarticula le deuxième orteil gauche, le plus malade.

L’ulcère récidivant, gagnant les parties profondes et rongeant les os, on fut obligé de pratiquer l’amputation de Chopart. A partir de ce moment, le malade, évacué sur Kita, sur Badoumbey et Saint- Louis, est enfin expédié en France. La plaie ne s’est pas guérie; à un certain moment même, les vers l’ont envahie.

A son entrée à l’hôpital, on constate que le lambeau plantaire n’est

pas réuni au lambeau dorsal. Il existe une plaie qui suit le lambeau | plantaire, partant de la partie interne du pied, au-dessous de la malléole, et allant jusqu’au point correspondant, à la partie externe. Du 5 août 1885 au 1° avril 1886, les moyens les plus variés sont employés pour arriver à la cicatrisation de la plaie, qui s'obtient malgré des complications nombreuses.

Le malade, sorti le {er avril, rentre le 27 : la plaie s’est ouverte de nouveau et suppure. Le 4 mai, on pratique la désarticulation de Jules Roux. A l'examen du plateau inférieur du tibia, on constate un pointillé rougeâtre, qui fait décider l’amputation sus-malléolaire de la jambe gauche. Commencement d’ostéite. Au moyen de la scie, on fait sauter la partie inférieure du tibia. On a placé un drain et quatre points de suture. Jusqu'au 16 juillet, la cicatrisation va très lentement, arrêtée par des hémorrhagies légères, un peu de gonflement du moignon, des douleurs vives et des accès de fièvre fré-

quents qui incommodent le malade.

16 juillet. Te moignon va mieux. Un liquide sanguinolent mêlé d’un peu de pus mouille le pansement et sort à la pression par l'ouverture du drain, suppuration qui ne diminue que peu à peu jusqu’au 25 août. On a découvert un trajet fistuleux qui se comble difficilement, parait se fermer plusieurs fois, pour toujours se rou-

vrir.

17 septembre. — Le malade sort complètement guéri, muni d’une

bottine de Jules Roux.

Cette Observation fait ressortir les trois opérations auxquelles a été soumis ce second-maître. Placé dans des conditions déplorables pour obtenir la guérison, n’aurait-il pas mieux valu peut-être tenter de suite, au lieu de l’amputation de Chopart, l’amputation susmalléolaire, ou de la jambe au tiers inférieur. Remplacer dans le

Chopart, le pied par.un pied artificiel, ne procurait pas au blessé un

grand avantage,. tandis qu’actuellement avec la bottine de Jules Roux qu’il possède, cet homme marche aussi bien que s’il avait un pied naturel. Pendant quatorze mois, Quénaud est demeuré à l’hôpital, sans compter le temps passé au Gabon, c’est-à-dire plus de deux ans, pendant lesquels l’Etat n’a pu retirer de lui aucun service, tandis que ce malade s’est trouvé dans une situation pleine d’incertitude, qui s’est terminée enfin par l’ablation du pied. Ne m'’est-il pas permis de me demander en cette occurrence si la chirurgie

radicale n’aurait pas dû être préférée dès le début ?

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