ULCÈRE DE LA JAMBE. — AMPUTATION DE CUISSE
Barbu (Jean-Baptiste), matelot, âgé de 93 ans, entre à l’hôpital le 11 juillet 1885. Il a été atteint au Sénégal d’ulcère de la jambe, il y a huit mois. Cet ulcère n’a fait que s’accroître sous l'influence de piqûres de moustiques. Le malade, envoyé pendant six mois à l'hôpital de Saint-Louis, a été pansé à la poudre de charbon et quinquina, ainsi qu’au camphre et citron. Le tibia est mis à nu.
A son entrée, on constate un ulcère comprenant toute l’étendue de la jambe gauche en avant et sur les côtés. Le fond de la plaie est fongueux, saignant ; les bords en sont mal définis ; les tissus rongés laissent à nu le tiers moyen du tibia, à la face duquel s’est formé un séquestre très peu mobile. Suppuration abondante et maigreur
extrême du malade.
192 juillet. — La plaie, couverte d’une bouillie grisâtre, d’odeur fétide, est cautérisée tous les matins au thermo-cautère ou au
perchlorure de fer. Pour ce faire, on est obligé d’endormir le
Ts
malade. Ses douleurs sont horribles et lui font pousser des cris déchirants quand on le panse. — La plaie est envahie par la pourriture d'hôpital.
30 juillet. — Le malade sous l'empire de ses souffrances a tenté de se suicider en se pendant à la verge de son lit. Sur ses
instances et ses menaces, on décide l’amputation.
1% août. — L'opération est exécutée. La bande d’Esmarck appliquée, on fait un grand lambeau antérieur descendant jusqu’à trois travers de doigt au-dessous de la rotule, et un petit postérieur descendant jusqu’au pli du jarret. On dissèque la peau et on coupe les muscles au niveau de la peau retractée. On scie le fémur juste au-dessus des condyles. Pansement de Lister.
Dès le troisième jour, la peau commence à s’ulcérer, la plaie d’amputation se recouvre d’enduit pultacé qu’on touche à la teinture d’iode et au thermocautère. L’extrémité du fémur fait hernie au milieu du moignon et prend un aspect nécrosé. Le malade végète ainsi sans qu’on puisse obtenir la cicatrisation. Il reprend cependant un peu de vigueur sous l'influence du régime
tonique qui lui est administré.
20 octobre. — On décide une nouvelle opération pour enlever l’extrémité du fémur nécrosé. Pour cela, on incise tout autour du fémur les téguments qui se sont cicatrisés ; puis, sur le côté externe de la cuisse, on fait une incision qui permet de dénuder le fémur sur une plus longue étendue. On a ainsi une manchette de muscles et de peau assez bien nourrie ; on résèque 5 à 6 centimètres de
fémur qu’on avait voulu économiser la première fois.
21 février 1886. — Le malade est mis exeat, en attendant un
appareil prothétique.