LE CAFE ET L ALCOOL
Michelet a raconté comment « l'avènement du café », la vulgarisation de « la sobre liqueur, puissamment cérébrale », lave volcanique de Bourbon et de la Martinique, a contribué à la chaleur et à la lucidité du xvme siècle, du « siècle de l'esprit » qui fit l'Encyclopédie et d'où sortit la Révolution. Cette
DISCOURS COiNTlŒ L'ALCOOLISME 30$
page me hante, elle m'obsède. Après le règne du café, le règne de l'alcool. Un historien dira-t-il un jour que l'avènement de l'alcool, l'abus généralisé, invétéré, des boissons à essences, ont changé, modifié, mais en sens inverse, le tempérament, l'esprit même de la race, qu'ils ont fini, à la longue, par épaissir l'atmosphère de ces temps nouveaux où nous étions entrés le cœur plein de si belles espérances, par obscurcir les cerveaux, par faire à cette France si douce des mœurs brutales, par rendre incapable de vouloir jusqu'à son salut ce peuple qui ne connaissait point d'obstacles à ses ambitions et à ses rêves?
L'idée qu'on pourrait un jour écrire une telle page est affreuse : il ne faut pas chasser cette idée, il faut vivre avec elle comme avec une douleur stimulante.
On lit dans le Dictionnaire de Littré, au mot « alcoolisme » : « Maladie qui s'observe surtout dans les pays froids ».Les pays du Nord, les pays de race Scandinave, se sont guéris, courageusement guéris, malgré que les ouvriers y pouvaient invoquer la double excuse de la température et de travaux particulièrement pénibles. Nous avons le climat leplus tempéré de l'Europe centrale; des lois bienfaisantes atténuent, d'année en année, la dureté du travail : échouerons-nous où la Suède a réussi?
La Norvège a triomphé d'elle-même : irons-nous jusqu'au bout du honteux suicide?
Il y a des causes qui ne se plaident qu'avec des phrases: d'autres se défendent par des arguments ou des hypothèses : la nôtre, celle de l'anti-alcoolisme, s'établit par des faits, par des chiffres. hélas! incontestables.