Triboulet, loc. cit., p
naître que la consommation quotidienne des spiritueux à haute dose détermine aussi sûrement, bien que de façon plus insidieuse et plus lente, l'empoisonnement de l'organisme humain que la brusque irruption de quelques grammes d'alcool méthylique ou d'alcool éthylique dans la voie veineuse ou sous le tissu d'un lapin ou d'un chien.
L'alcool est donc bien un poison; mais ne convient-il pas de distinguer entre les alcools? L'eaude-vie naturelle consent volontiers à ce que l'alcool industriel soit un poison; elle-même est inoffensive, bien plus, salutaire et elle mérite son nom. Éternelle dispute de la belladone et de la ciguë. Surtout, n'est-ce pas la dose qui fait la nocivité?
Sur le premier point, on peut dire que l'accord est fait aujourd'hui parmi les savants, après d'assez longues controverses. Les produits que laisse subsister une rectification incomplète possèdent, sans doute, une toxicité propre qui a été déterminée avec une extrême précision et qui s'ajoute à celle de l'alcool d'industrie; « mais la quantité de ces impuretés aromatiques qui entrent dans la composition des boissons en usage est si minime que leur influence est insignifiante et disparait devant celle de l'alcool lui-même ». Si l'alcool éthylique est le moins toxique des composants, il les dépasse tellement en quantité que le rôle prépondérant dans
l'intoxication ne saurait lui être contesté1. Il faut, donc s'en tenir à la conclusion qui résulte d'expériences répétées, à savoir que les équivalents toxiques sont très peu différents pour les boissons les plus diverses, quand elles contiennent la même quantité d'alcool. Vieil armagnac ou alcool de mélasse, cognac authentique ou alcool de grains, calvados ou eau-de-vie de pomme de terre, marc de Beaune ou alcool de flegmes, eau-de-vie de prunes de Lorraine ou alcool de betteraves du Pas-de- Calais, si divers qu'ils soient de goût ou de bouquet comme de prix, diffèrent à peine de puissance toxique2.
Sur la question de la dose, il y a, parmi les savants et les hygiénistes, à la fois, divergence et unanimité. — Il existerait, selon les uns, « une dose hygiénique de l'alcool» qui varierait nécessairement avec les individus et les climats. Duclaux voit dans l'alcool à petites doses « un matériel de réserve pour
1. Dastre, loc. cit.; Joffroy, Gazette hebdomadaire de médecine et chirurgie, 12 novembre 1886; Triboulet, loc. cit., p. 73 et suiv. : « Pouvoir toxique de l'alcool éthylique; pouvoir toxique des impuretés; pouvoir toxique de l'eau-de-vie. »
2. La puissance toxique des alcools d'industrie est moindre que celle de certaines eaux-de-vie. Ainsi, alors qu'il faut un litre d'alcool mauvais goût de tête pour tuer 66 kil. 753, il suffit d'un litre de kirsch vrai pour tuer 64 kil. 603, d'un litre de cognac vrai (1893) pour tuer 65 kil. 005 et d'un litre d'eau-de-vie de cidre pour tuer 65 kil. 115. Par contre, il faut un litre de marc de Beaune pour tuer 68 kil. 079 et un litre d'eau-de-vie de prunes de Lorraine pour tuer 68 kil. 198. (Triboulet, loc. cit., p. 75, etc.)
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la nutrition1 »; Pouchet, « un aliment d'épargne, dont la combustion, d'ailleurs, est d'autant plus complète dans l'organisme que la quantité qui en est ingérée est moins considérable2»; Richet, « l'excès de charbon qui est nécessaire à la machine3 ». Gley, « parce qu'il ne faut jamais s'opposer à la vérité », reconnaît la valeur alimentaire de l'alcool; aucune combustion ne peut se faire dans le corps sans que les calories produites servent à quelque chose; l'alcool en brûlant économise donc d'autres combustibles; mais sa valeur alimentaire est hors de proportion avec son prix; « au point de vue de l'effet chimique, c'est un aliment treize fois plus cher que le lait et huit fois plus cher que le pain4 ». — Selon les autres, il n'y aurait même pas de dose hygiénique. « Il n'y a pas, affirment Darenberg5 et Debove6, de liquides alcooliques qui soient hygiéniques. » L'alcool, pour Altwater, n'est un aliment qu'en chimie biologique; en pratique, « pour l'être humain », « c'est toujours un détestable aliment7 ». Si c'est un calorifique, Woodhead déclare