Lasègue: apud Triboulet, loc. cit
La pathologie de l'alcoolique se résume en peu de mots : L'usage chronique, constamment immodéré des breuvages toxiques a fait, successivement un simultanément, de toutes les parties de son corps, de son cerveau comme de ses poumons ou de son foie, des terrains de plus faible résistance. — Terrains de plus faible résistance contre la morbidité sous presque toutes ses formes. — Terrains de plus faible résistance contre les maladies infectieuses, pneumonie, tuberculose. — Terrains de moindre résistance contre la folie. — Terrains de moindre résistance contre le vice, la débauche, la suggestion et l'impulsion criminelle.
Cette destruction, tantôt lente, tantôt rapide, des diverses forces de résistance qui constituent la vie même, explique le problème de l'alcoolisme dans ce qu'il a de plus redoutable : les tares simultanées du corps et de l'intelligence, la dégradation morale allant de pair avec la déchéance physique. L'affaiblissement de chacune de ces forces de résistance s'explique lui-même par l'effet spécial, sur un organisme spécial, de l'une ou l'autre ou de plusieurs des qualités particulières de l'alcool. — C'est parce que l'alcool est un agent puissant entre tous de déshydration, qu'il a vite fait de modifier l'état physique de la plupart des tissus et, notamment, des muqueuses digestives. Végétaux et animaux, tous les
êtres vivants ne peuvent fonctionner qu'à la condition de contenir une proportion d'eau, plus ou moins considérable, mais déterminée pour chacun d'eux. Or « l'alcool possède une très grande affinité pour l'eau1»; partout où s'infiltre l'alcool, il absorbe l'eau comme un été trop chaud dessèche les sources. Ainsi, dès qu'il entre dans l'estomac, il en congestionne les muqueuses; en raison presque directe de son volume, il ralentit, interrompt, puis supprime la peptonisation, c'est-à-dire la transformation des aliments en substances absorbables et assimilables. Les divers phénomènes de la nutrition s'accomplissent avec d'autant plus de régularité et de promptitude que les cellules sont pourvues de leur dose normale d'eau. La nutrition, quand l'alcool a tari l'eau, devient paresseuse, elle se fait mal, finit par ne plus se faire du tout, ainsi que le montre la diminution croissante de l'acide urique et de l'urée. — Mais l'alcool est également un anesthésique; en même temps qu'il dessèche la cellule et les tissus, il paralyse les nerfs qui sont, selon la vieille et toujours exacte formule, « les animateurs du corps humain ». Quand l'alcool exerce son action paralysante sur les nerfs qui contractent les vaisseaux sanguins, ceux-ci se dilatent,