Pouchet, loc. cit., p
3. Vandervelde, Conférence sur l'alcoolisme et la question sociale.
4. Gley, loc. cit. (Expériences de Destrée, de Bruxelles, et de Dubois, de Berne.)
coureur, alors que le hammal de Constantinople, qui ne boit que de l'eau, garde toute sa force. — Enfin, et surtout, le système cérébro-spinal est la victime des mensonges de l'alcool; tout noble qu'il soit, il se laisse prendre aux mêmes artifices grossiers que les autres organes, aux mêmes apparences, aux mêmes débuts favorables. Il tombe, exactement de la même façon, dans le même piège. L'alcool n'a qu'une manière, toujours la même, successivement insidieuse et brutale, qui commence par une caresse et qui finit par un choc de massue. Aux éléments nerveux, comme au foie ou à l'estomac, il procure d'abord une excitation factice dont la réaction est la dépression, l'amoindrissement fonctionnel et la paralysie. — Pareillement, les centres supérieurs qui sont les centres cérébraux, le siège de l'intelligence, se sentent d'abord, ou se croient, animés par l'alcool. Il semble que, sous l'effet du breuvage, de la hardiesse vienne aux plus timides, de l'éloquence aux plus silencieux, de l'esprit aux plus sots. Plus de sensation de fatigue; la notion de proportion dans l'effort s'atténue jusqu'à disparaître. Mais, si c'est là une réalité, elle ne dure qu'une heure, et ce n'est peut-être qu'une illusion. De fait, l'alcool, dont la principale propriété physiologique est l'anesthésie, paralyse presque immédiatement le cerveau. —
Imaginez les centres supérieurs séparés du bulbe et de la moelle. Soustraits, par cette scission, à leur contrôle normal, ils manifesteraient librement leur activité qui irait au tumulte et au désordre. Cette excitation médullaire a des symptômes qui sont connus. Or, la séparation qui la produit n'est pas une image; l'action paralysante de l'alcool sur le cerveau la réalise effectivement1.
L'opium et le chloroforme n'agissent pas autrement : à l'éréthisme musculaire que détermine l'opium succède bientôt une intense prostration.
L'opium est l'alcool de la Chine, mais la Chine, qui veut se régénérer, le proscrit.
1. Gley, loc. cit., p. 11; Triboulet. loc. cit., p. 110 et suiv.; Jacquet et Regnault, Société des médecins des hôpitaux, 21 janvier 1899. — Voir dans les Archives des sciences biologiques de Saint-Pétersbourg, t. III, p. 167, les expériences de Baratynski sur l'alcoolisation de pigeons à cerveau intact et de pigeons privés de leurs hémisphères cérébraux.
Il n'y a plus à présent qu'à suivre chacune de ces intoxications dans leur développement propre, observant toutefois que les cinq ou six maladies principales qui ont leur origine dans l'abus de l'alcool ne se déclarent pas à l'ordinaire toutes ensemble et, si plusieurs se manifestent, que leur marche n'est pas toujours également accélérée. Dans les vies partielles dont l'assemblage constitue la vie collective, il y a, comme dans la collectivité même des buveurs, inégalité devant l'alcool. Chez celui-ci, le rein reste un instrument constant de décharge quand la tuberculose a envahi déjà les poumons et les méninges; chez celui-là, l'estomac se dessèche pendant que les cellules et le tissu du foie résistent à la cirrhose. Sans doute, la lésion profonde de l'un des grands appareils qui sont
indispensables à la vie générale de l'individu finit le plus souvent par agir sur le fonctionnement de ceux qui sont restés à peu près indemnes; mais c'est ce qui se produit pour chacune des ruines générales de l'organisme que nous appelons la mort1 et ces répercussions ne sont pas particulièrement imputables à l'alcool.
Ce qui, par contre, caractérise spécialement l'alcoolisme, c'est que les éléments nerveux "t. particulièrement, ceux du cerveau sont toujours atteints en même temps que l'un ou l'autre des éléments moins nobles. Le foie peut ne pas se ratatiner alors que le poumon se remplit de granulations, mais il y a toujours, dans l'alcoolisme, affaiblissement et troubles dans les fonctions du cerveau, déchéance et désordres qui ne vont pas toujours à leurs dernières extrémités : la folie et le crime, mais qui apparaissent dans tous les cas chez tous les buveurs indistinctement, avec plus ou moins d'intensité. L'appareil cérébral de l'alcoolique ne reste jamais intègre ou intact.
C'est que le propre de l'ivresse alcoolique, c'est de rompre l'équilibre normal des fonctions intellectuelles, et de le rompre tout de suite, aussitôt qu'a été absorbée la quantité de spiritueux qui est