‹ Contre l'alcoolismeChapitre 39 sur 125 · Tribùllet, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Tribùllet, loc. cit., p

sures. L'attention ne peut plus se fixer. La raison perd tout contrôle sur les réflexes impulsifs. La volonté s'atrophie, en attendant qu'elle soit abolie. L'homme ne s'échappe plus de lui-même pour une heure; il retombe dans l'animalité primitive.

L'ivresse du vin, c'est l'excitation gaie, plus ou moins loquace, chantante; même invétérée, quand elle a produit, elle aussi, des lésions organiques du côté circulatoire ou du côté nerveux, elle est rarement méchante et elle comporte des intermittences de pleine lucidité. Celle de l'alcool, l'ivresse stupéfiante, « l'ivresse-morte1 », est un abruti>senient continu. Quand l'alcoolisme est devenu chronique, quand l'équilibre psychique est définitivement rompu, quand il ne reste plus de la vie que les réflexes par où elle se parodie elle-même, la folie n'a pliis qu'à frapper à la porte qui s'ouvrira ellemême.

Les hommes de l'esprit le plus robuste et le plus sain, quand ils ont eu la force de s'observer aux heures des grandes émotions, savent combien est mince, terriblement mince et fragile, la petite paroi qui sépare la folie de la raison. A quoi se réduit cette cloison dans le cerveau de l'alcoolisé?

1. Laborde, Prophylaxie de l'alcoolisme. {Bulletin de V Académie de médecine, t. XXXIV, n° 29.)

Il y a beaucoup de réserves à faire sur les enquêtes administratives qui ont eu pour objet de déterminer la proportion des troubles psychiques d'origine alcoolique dans l'ensemble des affections mentales1. Les directeurs et médecins des asiles d'aliénés les ont indiquées eux-mêmes. — Abstraction faite des cas simples où l'intoxication alcoolique a été la cause exclusive, ou déterminante, ou adjuvante de la folie, il existe de très nombreuses circonstances où l'appréciation varie d'un clinicien à l'autre, d'une doctrine à l'autre. — Nécessairement, les tableaux ne mentionnent que les malades admis dans les asiles publics ; il y faudrait joindre tous ceux qui sont soignés dans des asiles privés ou chez eux. — Et, nécessairement encore, les statistiques ne comprennent pas le gros des alcoolisants qui se sont arrêtés sur le seuil des vésanies officielles2, au degré qui rendrait l'internement obligatoire, et qui végètent jusqu'à leurmort prématurée, dans l'extrême débilité, la mélancolie, la neurasthénie silencieuse, les troubles dyspeptiques, l'épilepsie, ou encore, selon le mot populaire que Tardieu a adopté « comme une expression Sciisissante de vérité », « dans l'abrutissement3 ».

1. Triboulet, loc. cit., 309; Bertillon, L'alcoolisme; Claude (ttes Vosges). Rapport au Sénat, etc.

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