‹ Contre l'alcoolismeChapitre 40 sur 125 · Étude médico-légale sur la folie · texte numérisé non relu

Étude médico-légale sur la folie

Il faudrait notamment ajouter au chiffre des aliénés par alcoolisme, ou des aliénés alcoolisés, qui sont enfermés dans les asiles, celui des suicides pour cause d'alcoolisme, chiffre qui, lui aussi, n'a point cessé de croître avec celui des débits et de la consommation des spiritueux.

En 1850, sur 3.596 suicides, 197 seulement sont dus directement à l'alcool, à peine 5 % sur l'ensemble; en 1896, sur 9.260 suicides, 1.142 ont été provoqués directement par l'alcool, soit 12,4 % ; en 1909, 1.181 sur 9.619. La plupart de ces suicides se produisent au cours du délire toxi-alcoolique, ou delirium tremens1-. le malade se détruit pour échapper à l'effroi de ses hallucinations et de ses angoisses.

D'autres buveurs se tuent avant d'être descendus aux dernières horreurs du mal, soit qu'ils aient conscience de leur déchéance et la sentent irrémédiable, par leur incapacité à résister au besoin qu'ils ont créé en eux, soit pour échapper à la misère où leur vice et ses conséquences les ont plongés.

Mais ces chiffres des statistiques officielles don-

1. Il faut observer que l'expression delirium ire mens, employée pour la première fois en Angleterre, dès 1813, par le Dr Sutton, ne l'est point avec la même acception par tous les médecins.

lient seulement les suicides dont l'alcoolisme a été la cause manifeste et, pour ainsi dire, publique; ils sont, eux aussi, inférieurs certainement à la vérité. L'action dépressive de l'alcool prédispose de bonne heure au suicide. De combien de suicides, aux causes restées obscures, l'alcool n'est-il pas directement responsable pendant les premiers stades de son progrès, neurasthénie, anxiété et mélancolie1 ! — H y a des villes où une véritable manie de suicide a passé parfois, comme une maladie contagieuse. Au contraire, depuis un demisiècle, le nombre des suicides augmente chez nous d'une manière constante, presque régulière. Il a doublé de 1830 à 1860, passant de 2.000 à 4.000 2; plus que doublé de 1860 à 1890, dépassant 8.000 avant la fin de cette nouvelle période trentenaire3; et il continue à s'élever, au-dessus de 9.000; il a atteint, en 1894, près de 10.0004. — Dans les départements à bouilleries, où le débit clandestin sévit à côté du débit patenté, alors que, de 1881 à 1900, la moyenne générale des suicides s'élevait de 11 à 22 pour 100.000 habitants dans toute la France, elle

1. Le pasteur Marthaler (de Berne) évalue à 30 % le nombre des suicides dus, en Suisse, à l'alcoolisme. (VIIe Congrès, t. II, p. 459.)

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