‹ Contre l'alcoolismeChapitre 6 sur 125 · Caro, Les jours d'épreuve, p · texte numérisé non relu

Caro, Les jours d'épreuve, p

On a beaucoup dit que ces mesures sont insuffisantes et, même, dérisoires. Ce qui est hors de doute, c'est qu'elles n'ont reçu une application sérieuse que pendant un petit nombre d'années. Depuis près d'un quart de siècle, ni les polices locales n'ont exercé sur les débits la surveillance que prescrit la loi ni les parquets n'ont poursuivi avec quelque vigueur les rares délinquants qu'ils ont déférés à des juges indifférents ou, même, complaisants1. On a pu dire que « la loi n'existe que sur l'affiche du cabaret si toutefois on n'a pas oublié de la coller"2 ». Le Ministère de la justice en convient. Vous lirez dans l'un des derniers rapports du Garde des Sceaux au Président de la République : « Exception faite pour l'année 1907, la loi a trouvé de moins en moins son application. » Ce que le chef de la statistique judiciaire explique comme suit : « L'application de la loi est le plus souvent paralysée par le mauvais vouloir des municipalités; les maires et les gardes champêtres jouissent de si peu d'indépendance vis-à-vis de leurs administrés qu'il leur est impossible de se montrer sévères à l'encontre de ceux d'entre eux qui s'enivrent même ouvertement; la gendarmerie

1. Compte général de V administration de la justice criminelle pendant l'année 1907- — Yverxès, loc cit.

2. Nicolas, Lois françaises qui ont rapport avec l'alcoolisme.

seule dresse des procès-verbaux en pareille matière; encore ne s'acquitte-t-elle de cette mission spéciale qu'au cours des tournées, plus ou moins fréquentes, qu'elle effectue sur le territoire des communes de sa résidence. Dans les villes, l'action directe de la police est pour ainsi dire nulle et inefficace1. >

Vous direz que d'autres lois encore existent seulement sur le papier. Nous n'en disconvenons pas, mais c'est un grand mal.

Sous tous les régimes, mais, surtout, en démocratie'et sous la République, il n'y a pas d'exemple plus corrupteur et plus démoralisant que celui de magistrats qui, ayant charge de faire respecter les lois, ne les appliquent point. Que ce soit par nonchalance et vulgaire oubli du devoir, que ce soit pour une raison plus basse qui serait d'échapper à Fanimosité de délinquants qui, étant électeurs, font partie de la clientèle d'un homme public à ménager, le mal dépasse encore le scandale. Quand les actes délictueux, qu'il eût été aisé d'arrêter au début, se sont multipliés du fait de ces complaisances, les magistrats sont souvent des premiers à se tourner vers le législateur pour réclamer de lui de nouvelles lois qui ne seront pas davantage appliquées. On en viendra à penser que la plus

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