Faust, 2e partie, acte III
r Mais l'alcool n'est pas seulement le plus grand producteur de folie et de crime; il n'est aucune des fonctions essentielles de la vie qu'il ne bouleverse, aucun des ressorts de l'organisme qu'il ne corrompe, usant prématurément la machine et abrégeant l'existence.
Les discussions de l'Académie de médecine sur l'ensemble des phénomènes physiologiques qui résultent de l'action des boissons spiritueuses et, notamment, de l'alcool, remplissent plusieurs volumes. L'une d'elles contient, par sa date, une somme considérable d'émotion. La question de l'alcool avait été soulevée devant l'Académie, dans la dernière année de l'Empire, par le professeur Verneuil. Le débat se continua sans interruption pendant le siège de Paris. A la pensée que la patrie
est menacée dans son intégrité matérielle, s'ajoute, dans l'esprit de ces savants, le souci, déjà vif, qu'elle ne soit pas atteinte un jour dans son intégrité intellectuelle et morale. — - Chauffard, dans la séance du 24 janvier 1871, que présidait Wurtz, prend la parole en ces termes : « Malgré les angoisses et les tristesses de l'heure présente, l'Académie ne saurait avoir de plus légitime préoccupation que celle d'étudier les grands fléaux qui menacent la prospérité de notre race, son développement physique, ses forces d'expansion et de résistance. Après la discussion sur la tuberculose sont venus les débats sur la mortalité dos nourrissons; ces débats finissent à peine, et la question de l'alcoolisme est posée. Tuberculose, mortalité des nouveau-nés, alcoolisme, ce sont là peut-être les causes les plus actives de destruction et d'affaiblissement de nos populations, surtout des populations ouvrières et urbaines. Aussi n'est-ce pas à un concours de circonstances fortuites qu'il faut attribuer ce double fait, à savoir q\ie de telles questions sont portées devant l'Académie et qu'elles y suscitent un long débat, je dirais presque une laborieuse agitation. C'est la force même des choses qui le veut ainsi; c'est la conscience des dangers publics, c'est le sentiment de son devoir et de sa mission qui poussent et soutiennent l'Académie
dans cette voie d'études et de recherches. Quand elle ne ferait que consacrer ainsi et mettre en pleine lumière l'importance douloureuse de ces questions, quand elle ne ferait qu'appeler tous les médecins à se liguer contre les maux qui dévorent tant de vies humaines, l' Académie remplirai* une mission éminemment utile, la mission à la fois scientifique et sociale qui est vraiment la sienne. » — Broca termina la discussion par ces mots : « Les maladies qui font pour la première fois leur apparition dans certains pays sont particulièrement dangereuses. Des populations entières peuvent être anéanties par le fléau1. »
L'étude des conséquences pathologiques de l'alcool, poursuivie depuis soixante ans dans presque tous les pays d'Europe et de l'Amérique du Nord, a mené partout aux mêmes constatations. S'il y a désaccord entre les hygiénistes sur quelques points (par exemple, si l'alcool est ou non l'un des facteurs de la dégénérescence des artères et des cirrhoses hépatiques), la nocivité de son action particulière sur les tissus, sur le système sanguin et sur le système nerveux, sur le rein, sur les voies respiratoires et sur le. cœur, et celle de son action