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atteint. Ses ambitions, sa fierté ont fléchi ou se sont altérées. A peine affranchi des plus dures servitudes qui pesaient sur lui, il s'est assujetti à une servitude volontaire qui est pire par cela seul qu'il s'y complaît, alors que. celles d'autrefois l'excitaient à ^'élever vers plus de dignité personnelle et de liberté. Nous avions pensé que « tout homme qui saurait lire serait un homme sauvé »; nous avions compté -ans l'absinthe et sans l'alcool. Des décadences' semblables se sont produites dans tous les pays où l'usage des boissons spiritueuses s'est généralisé. Cependant le Français a été plus gravement atteint que l'Allemand ou le Slave, parce que l'alcool s'attaque essentiellement aux qualités qui le distinguent, à la clarté et à la vivacité de l'intelligence, à la volonté, à cette souplesse et à cette activité qui font la marche de notre fantassin plus alerte et plus vive que dans les autres armées.
Dès le début de la crise qui a suivi la vulgarisation de l'alcool industriel et l'affranchissement du commerce des boissons, les bons observateurs que sont les Suisses en avaient fait la remarque : « Grâce au" tempérament français, écrivait l'auteur d'un rapport officiel, il a suffi en France d'une consommation d'alcool assez faible, comparativement à celle des autres pays, pour produire des perturbations relativement très sensibles dans la vie indi-
L'ALCOOLISME ET LES DÉlîlTS DE BOISSONS W
viduelle comme dans la vie sociale1. » Cela, en 1884. Or, nous sommes aujourd'hui le pays le plus alcoolisé du monde, et les plus alcoolisés parmi nous, ce sont les ouvriers.
Corruption morale d'abord, puis décadence cérébrale et dégénérescence physique, selon le processus. scientifiquement établi, de l'empoisonnement par l'alcool2. Comme il ne se contrôle plus, comme l'alcool a détruit d'abord le frein moral, le buveur laisse jouer « ses réflexes impulsifs», sans en éprouver ni gêne ni confusion. C'est « le gorille » qui remonte, méchant, brutal et lubrique. — En effet, le cabaretier ne donne pas seulement à boire. Sur notre demi-million de débits, un dixième fournit a la fois l'alcool et la femme3. Quand l'homme a bu, il passe dans l'arrière-boutique où la servante l'appelle. A Lille, à Rennes, dans nos grands ports de mer, dans les villes de garnison, la moitié au moins de ces servantes ne sont pas majeures. Ce sont, pour la plupart, des petites filles venues de la campagne, encore innocentes, que le cabaret rei présente d'ordinaire comme des parentes pauvre-.
1. Exposé comparatif des vins et des expériences des autn étrangers, utilisé en 1884. par le bureau fédéral suisse de statistique.