Vanberyelde. loe. cit
En dehors des considérations d'ordre général qui ne peuvent pas plus varier d'une classe à l'autre que les phénomènes eux-mêmes, les socialistes iivoquent des considérations, les unes économiques, les autres politiques, qui ne sont pas moins fortes.
Si les patrons, comme on l'a vu. accusent à bon droit l'alcoolisme d'avoir, par la diminution des qualités professionnelles à l'ouvrier, diminué le rendement de leurs industries, les ouvriers ne l'accusent pas à moins bon droit, avec des arguments et des chiffres encore plus probants, de détourner une énorme partie de leurs salaires tant des budgets familiaux que des œuvres d'émancipation sociale1.
A 300 francs l'hectolitre chez les débitants, notre consommation annuelle de l'alcool, 2 millions, en chiffres ronds, d'hectolitres taxés et un demi-million d'hectolitres d'eau-de-vie des bouilleurs à 50 degrés, représentent près d'un milliard de francs. Les ouvriers, industriels et agricoles, qui sont les grands consommateurs de l'alcool, entrent pour les trois quarts, au bas mot, dans cette effrayante dépense2. Appliquez aux besoins réels de la vie
1. Vamdervei.DE, La campagne anti- alcoolique et Vintérêt électoral.
-■ Erfl882, une commission spéciale de la British Association aboutissait à cette conclusion que, dans la somme globale dépensée
quotidienne, versez aux mains de la ménagère le quart de cette somme exactement représentative de la transformation de 15 à 20 % des salaires en « petits verres », quelle modification dans l'existence de l'ouvrier, même du plus pauvre, quelle amélioration presque immédiate dans sa nourriture, dans son logement, dans son hygiène, sans même tenir compte du surcroît des forces productrices que lui vaudrait une sobriété relative ! Capitalisez la moitié, le tiers, même le quart ou le cinquième du reste, et calculez ce que les salariés de toutes les professions réaliseraient d'économies pour leurs vieux jours! A s'abstenir d'alcool ou d'absinthe, à ne consommer généralement que des boissons hygiéniques, des milliers d'ouvriers pourraient, tous les ans, devenir de petits propriétaires fonciers, achever dans la sécurité leur existence vers l'époque où leurs forces physiques commencent à décroître. — Les 20.000 mineurs de Saint-Étienne consomment, par tête et par an, environ 25 litres d'alcool taxé qui font à peu près 150 francs, soit, au total, 3 millions de francs. La compagnie des Houillères est constituée au capital de 80.000 actions qui valent actuellement 35 millions. Que les ouvriers portent
en boissons fortes, la dépense de la classe ouvrière, qui représentait les trois quarts de la population, entrait approximativement pour les deux tiers. (Nonwthee et Sherwell, The tempérance problem, p. 7.)
au syndicat les deux tiers des économies obtenues sur la consommation des boissons spiritueuses et que le syndicat achète tous les ans pour 2 millions d'actions de la compagnie, et voilà le syndicat ouvrier, au bout de quelques années, le plus fort actionnaire de la compagnie, le maître du Conseil d'administration où il réglera, à son gré, les heures de travail et les salaires1. — Élargissez L'hypothèse, étendez-la au milliard et demi de salaires qui s'en vont annuellement aux débitants de boissons: ajoutez-y près d'un milliard pour les journées de travail perdues par l'ivresse, un demi-milliard pour la mortalité tuberculeuse d'origine alcoolique2: faites ce rêve, plus beau assurément que tous ceux qui tremblent dans les fumées de l'alcool, que. dantoutes les industries où ils sont employés, les ouvriers vont renoncer aux boissons spiritueuses: et voilà, en moins d'un demi-siècle, sans le coût d'une goutte de sang, le prolétariat devenu la plus puissante des collectivités « capitalistes », le maître souverain de son propre travail, le co-propriétaiiv d«