Comte. L'alcoolisme et les ouvriers
2. En 1856 : Prix de l'alcool consommé, 90.981.800 francs; journées de travail perdues, 962.771.000 francs. (Évaluation du DrRochard dans la Revue des Deux-Mondes du 15 avril 1886.) En 1903 : Prix de l'alcool consommé, 1.200.000.000 francs; journées de travail perdues par l'ouvrier, 960.000.000 francs; mortalité par tuberculose d'origine alcoolique, 400.000.000 francs. (Évaluation d^ M. Riemaix. secrétaire général de la Ligue nationale cotttrt l'alcoolisme.)
•toutes les grandes forées dont il n'est aujourd'hui que le serviteur à gages1.
Mais les écrivains socialistes ne s'en tiennent pas aux constatations économiques; si efficace que serait la sobriété pour le bien-être individuel ou collectif des ouvriers, la question d'argent « n'est rien auprès du surcroît d'énergie » qui viendrait à des travailleurs libérés de l'influence déprimante ■ les boissons spiritueuses2; et, quoi que vous pensiez du socialisme, prenez garde de ne pas rendre justice à cet argument d'une incontestable noblesse. Car cet argument se retournerait avec une terrible violence contre l'ordre social qui se donnerait l'apparence de préférer à un prolétariat assaini et fortifié par son émancipation de l'alcool un prolétariat abruti et dégradé par l'intoxication chronique de la boisson. Car vous donneriez toute la force de la vérité à l'accusation, encore actuellement imméritée, que la bourgeoisie, « tout en professant une indignation pharisaïque » contre l'alcoolisme3, sait bien ce qu'elle fait en n'entreprenant rien de sérieux pour le faire disparaître ; elle aurait
1. On a calculé que, si les ouvriers anglais renonçaient auxbois-
Lcooliques, ils pourraient, en vingt ans, acquérir toutes les manufactures où ils ne sont que salariés. (Emile deLaveleye, dans la Revue Politique et Littéraire du 10 avril 1886.)