Jbid
entrevu que les travailleurs se résignent d'autant plus à leur misère qu'ils l'oublient davantage dans l'alcool. Ainsi l'alcool n'enrichit pas seulement les grands distillateurs et il n'est pas seulement la principale ressource du budget, mais il serait, en effet, « l'un des éléments du régime social actuel », parce que, sans lui, ce régime serait devenu intolérable pour les déshérités, « et parce que l'opium du prolétariat, c'est l'alcoolisme1 ».
De fait, l'action « politique » de l'alcool sur les ouvriers, « sur le prolétariat », ne diffère pas de son action physique sur le premier buveur venu, excitante d'abord, puis déprimante. L'alcool porte tour à tour dans la politique la brutalité et la résignation, la veulerie des énergies engourdies et la grossièreté des appétits déchaîné?. Son rôle dans les commotions populaires, les émeutes, les révoltes a été souvent marqué par les historiens; il allume les instincts meurtriers2; à l'eau-de-vie versée à flots le sang ne tarde pas à se mêler; les tueries qui dés. honorent les révolutions, tant de destructions atroces et stupides, tant de sauvageries ont pour auteurs principaux des tape-durs ivres, des manœuvres et des débardeurs que la boisson a transformés en bêtes féroces; la violence de cer-