‹ Contre l'alcoolismeChapitre 80 sur 125 · Vanderyelde, Conférence sur l'alcoolisme · texte numérisé non relu

Vanderyelde, Conférence sur l'alcoolisme

2. Lombroso, Le crime politique et les révolutions, t. Ier, p. 12;

taines grèves a été excitée et entretenue parl'alcool. Les socialistes n'en disconviennent pas, mais ils insistent, sans qu'on puisse leur faire grief de cette habileté, sur l'influence « paralysante » des spiritueux. L'alcool endort les énergies; « tous ceux qui s'occupent d'organisation ouvrière savent qu'un militant ou administrateur ou secrétaire de groupe qui se met à boire est un homme perdu pour sa cause »; « c'est une des forces du Trade-Unionism anglais que la plupart de ses leaders sont des abstinents ». Le grand créateur « d'illusions » qu'est l'alcool joue « le même rôle social que les religions d'autorité »; les paradis artificiels où il emporte le buveur le détournent de la conquête d'un bien-être plus solide ; les propagandes deviennent plus molles. « On peut avec des alcooliques faire des émeutes: on ne fera jamais avec des alcooliques une révolution libératrice. » « Si nous voulons que le prolétariat, au lieu de chercher dans l'alcool l'oubli de sa misère, poursuive l'abolition de sa misère, nous devons lutter contre l'alcoolisme1. »

1. Yaxdervelde, L'alcoolisme et le problème social; Essais socialistes, p. 88 et 100. — De même Richard Frohlich.Gruber.etc.

Nous inquiéterons-nous à la pensée d'un prolétariat qui, ayant eu le courage de se libérer de l'alcool, aurait conquis la puissance matérielle et la force morale? Il faudrait avoir l'âme bien basse et l'intelligence bien étroite. C'est l'évidence que le monde ouvrier qui aurait donné un aussi magnifique exemple, qui, sur les ruines de l'alcoolisme, aurait édifié sa richesse et assis sa domination politique, ne serait plus secoué périodiquement par les mêmes agitations qu'aujourd'hui et cesserait d'être la dupe et la victime des démagogues. Il aurait les vertus qui sont, pour ainsi dire, à l'antipode des vices et des tares qu'il tient aujourd'hui de l'alcoolisme. Il pourrait continuer à s'appeler le ■<■ prolétariat »; le nom ne répondrait plus à la réalité. Le salariat aurait évolué pacifiquement vers la co-

propriété des grandes industries avec participation aux bénéfices comme aux risques. — Mais, alors même qu'il n'en serait pas ainsi et que, libérés de l'alcool, les ouvriers poursuivraient encore la simple destruction de l'ordre social, dont ils seraient devenus les maîtres, et la suppression du capital, dont ils seraient devenus les principaux détenteurs, nous n'en continuerions pas moins à crier que l'alcoolisme est le pire ennemi du peuple et que, si la question alcoolique n'est pas toute la question sociale, elle est la plus redoutable et la plus grave des questions sociales.

Aussi bien, s'il n'était pas un formidable ennemi du peuple, l'alcoolisme ne serait pas le terrible péril national qu'il est devenu. Nous avons montré que l'alcool s'attaque d'abord à certaines parties de l'organisme d'où il étend ensuite son empoisonnement aux sources profondes de la vie. Pareillement, il pousse ses ravages de l'individu à la classe, puis de la classe au corps social. Quand l'alcool a démesurément développé la criminalité violente, la folie, la tuberculose, la misère; — quand il a diminué la valeur physique et la valeur morale d'une notable fraction des classes laborieuses; — quand cette moins-value ralentit, dans de nombreuses et vastes régions, l'essor de la prospérité publique ; — quand

ïe recrutement de l'armée est affaibli par le nombre toujours croissant des réformés pour tares alcooliques1; — quand la longévité est notoirement plus rare chez les buveurs; — quand l'hérédité alcoolique a « joué » déjà assez longtemps pour constituer tout un peuple de dégénérés, tarés dès la naissance, •ataxiques et aliénés, épileptiques et hystériques, vagabonds et prostituées; — quand 80 % des criminels juvéniles sont issus de parents alcooliques; — quand la troisième et même la deuxième génération issue d'alcooliques est frappée fréquemment d'impuissance; — quand l'alcoolisme, « cause efficiente ou aggravante de morbidité », est, par cela même, « une cause de paucinalité et de mortalité infantile2 »; — quand l'intensité de la dépopulation est, dans un grand nombre de villes et dans plusieurs départements, en raison presque directe de celle de l'alcoolisme3; — quand l'alcoolisme coûte, en boissons consommées, en journées de travail perdues, en morbidité tuberculeuse, en frais d'assistance aux malades et aux aliénés, en frais de répression des crimes et délits et en frais de chômage une somme qui a été évaluée à près de trois milliards par

1. 55 % dans le canton de Lillebonne. (A. Dumcnt, La morale ■basée sur la démographie, p. 135.)

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