‹ Contre la métaphysique; questions de méthodeChapitre 15 sur 70 · PORTANT SUR DES QUESTIONS · texte numérisé non relu

PORTANT SUR DES QUESTIONS

Je n'émettrai pas une pensée bien neuve en affirmant que les hommes n'aiment pas à « reviser leurs convictions », comme disait le bon Huxley à propos de l'œuvre de Darwin. Et lorsque parait un ouvrage comme « l'Origine des espèces », qui menace de troubler profondément notre quiétude, les amoureux de la tradition s'ingénient à tirer, des pages mêmes de l'auteur révolutionnaire, des raisons de ne pas abandonner les vieilles manières de penser auxquelles une longue prescription a valu notre amour et notre respect. Ce que nous savons de l'histoire de l'humanité nous montre, en effet, que tout changement brusque dans nos conceptions philosophiques a été suivi bientôt d'un mouvement de réaction en sens inverse; à toute révolution a succédé une contre-révolution, et ce régime oscillatoire me paraît inhérent à la

i. Revue du Mois, juin igii.

nature même de l'homme. Peut-être faut-il y voir une conséquence de la stabilisation progressive des espèces; le propre des mouvements vibratoires est de résulter fatalement d'un écart brusque qui a troublé l'équilibre d'un système de corps sans en détruire les liaisons. Un écartement modéré des branches d'un diapason détermine ce diapason à donner le la; le môme écart eût causé, dans une lame de plomb, une déformation permanente ; l'homme actuel se comporte, vis-à-vis des nouveautés révolutionnaires, comme le diapason et non comme le morceau de plomb, parce que les révolutions intellectuelles troublent son équilibre sans le détruire.

La seconde moitié du xixe siècle a vu se dessiner la lutte la plus solidement organisée contre les vieilles croyances humaines ; Pasteur, Claude Bernard et Darwin ont fondé définitivement la biologie, que Lamarck avait dessinée cinquante ans auparavant sans réussir à créer un mouvement d'opinion. J'ai commencé à penser, il y a une trentaine d'années, à une époque où, cédant à la pensée irrésistible de ces hommes extraordinaires, le monde tout entier semblait lancé dans une voie exclusivement scientifique ; on avait fait, suivant l'expression chère à Pasteur, table rase de toutes les idées préconçues et de toutes les préférences sentimentales, ce qui est la définition même de la méthode de la science. Aujourd'hui, après trente ans, je ressens encore l'influence bienfaisante de l'enthousiasme qui animait alors

l'humanité, mais je m'aperçois, chaque jour, que j'ai été lancé plus loin que nies congénères; la plupart, obéissant aux lois pendulaires qui régissent l'évolution des masses humaines, ont commencé la marche rétrograde dont je n'ai pas encore senti en moi la nécessité ; je la sentirai peut être un jour, si je deviens vieux !

C'est dans les œuvres mêmes des hommes qui ont donné l'impulsion en avant, que les partisans du recul cherchent des raisons de reculer. Et ces raisons, ils les trouvent aisément, parce que, si grands qu'aient été les maîtres de la science contemporaine, la Nature en a fait des hommes comme les autres ; la Nature a développé en eux, à côté de l'admirable outil scientifique qui les a mis hors de pair, une sentimentalité, une faiblesse purement humaines. Renan, alors même qu'il ruinait les dogmes fondamentaux de l'Eglise catholique, se sentait au cœur une profonde tendresse pour Xalma mater, dans le sein de laquelle il eût voulu rester malgré ses opinions subversives. Pasteur, établissant par des expériences inattaquables les fondements éternels de la science biologique, cette science destructive de toutes les traditions, faisait profession du spiritualisme le plus pur dans des discours qui ont été reproduits partout. Claude Bernard, osant introduire dans l'étude de la physiologie humaine la méthode rigoureuse des sciences physiques, laissait la porte ouverte au mysticisme en mettant en dehors des lois naturelles la production de la forme des êtres vivants.

Darwin réussissant à vulgariser l'idée transformistes que Lamarck n'avait pas su imposer au monde, ruinait d'avance le transformisme en proposant, pour expliquer l'hérédité, la théorie puérile des gemmules.

A l'époque où j'ai commencé mes études, je voyais se dessiner, chez mes maîtres et chez mes contemporains, un besoin impérieux de continuer la besogne de ces grands fondateurs en élaguant de leur œuvre le côté personnel, le côté sentimental ; aujourd'hui tout est changé ! Ce que l'on cherche maintenant dans les ouvrages de Pasteur, de Claude Bernard, de Darwin, ce n'est plus l'or pur qu'ils contenaient, c'est la gangue humaine qui entourait cet or pur, et dont la présence apporte au désir actuel de recul l'autorité des plus grands noms de la science.

A vrai dire, cette gangue ne se trouve pas dans les travaux de Pasteur; son œuvre de savant servira éternellement de modèle aux chercheurs ; jamais il n'a tiré de ses expériences que les conclusions qu'il était en droit d'en tirer ; c'est dans des discours littéraires et non dans ses mémoires scientifiques, qu'il a exposé ses préférences sentimentales pour telle ou telle philosophie ; il a d'ailleurs pris la précaution, dans l'un d'eux, de dire que chez lui l'homme était distinct du savant.

Chez Claude Bernard et chez Darwin, la chose est plus grave ; c'est dans leur œuvre scientifique même que se trouvent les erreurs, voulues ou

involontaires, par lesquelles cette œuvre devait

être rendue stérile, par lesquelles, du moins, devait être compromis ou retardé le mouvement intellectuel qu'ils avaient inauguré.

Transformée par son élève Weissmann, La théorie des gemmules de Darwin domine aujourd'hui toute la biologie; elle empêche que les naturalistes soient des hommes de science;, en leur fournissant un langage commode qui annihile tout essai de méthode scientifique. Tout récemmenl encore, un professeur d'une Faculté française, vient de publier sur l'origine des espèces, un livre dans lequel on peut constater les ravages intellectuels dus à l'emploi courant de la langue des caractères unités.

Les procédés expérimentaux ayant fait de grands progrès depuis cinquante ans, on discute aujourd'hui bien des résultats des travaux de Claude Bernard; en revanche, on continue à enseigner comme un dogme intangible, une affirmation gratuite qu'il a émise un jour sans preuve, soit parce que, effectivement, il n'avait pas pensé qu'elle lût la négation même du phénomène vital, soit parce que, soucieux de ne pas heurter de front les opinions admises, il avait voulu laisser croire à l'impossibilité d'une explication purement physique de la vie. Dans une phrase devenue célèbre, il a séparé la matière de la forme ; il a admis que le fonctionnement des êtres vivants détruit la matière vivante, et qu'ensuite, une activité mystérieuse intervient pour régénérer cette matière, pour lui

imposer une forme choisie à l'avance par l'éternel architecte. Il a été conduit ainsi à cette prodigieuse absurdité, que l'on propose toujours à l'admiration des jeunes générations : « La vie c'est la mort », c'est-à-dire « la vie est la négation de la vie ». Voilà quinze ans que je m'élève avec indignation contre ce défi au bon sens ; les faits de sérothérapie ont fourni une démonstration merveilleuse de l'absurdité de la destruction fonctionnelle ; mais je dois m>e résigner ; on l'enseignera toujours !

Les essais d'explication mécanique des phénomènes vitaux, accueillis avec une certaine faveur à la fin du siècle dernier, me paraissent, aujourd'hui, de plus en plus battus en brèche dans une grande partie, au moins, du public cultivé. Je n'ai pas la prétention d'arrêter le mouvement de recul qui se dessine depuis quelques années ; je sais que le régime oscillatoire est dans la nature de l'homme comme dans celle du pendule. Mais puisque je ne suis pas encore atteint par ce besoin universel de retour en arrière, je voudrais montrer, dans cette étude, combien sont peu solides les arguments que l'on invoque contre le mécanisme ; on ferait mieux d'avouer simplement que, en ce moment, la tmode a changé.

Ces arguments sont empruntés, d'une part, à

RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIONS *i7

des considérations énergétiques (question d<: la liberté humaine), d'autre part, à l'origine de l'homme (transformisme et hérédité dos caractères acquis), d'autre part encore;, à des considérations psychologiques. En réalité, ils prouvent seulement que la vérité scientifique n'est pas agréable, en ce moment, à la majorité des hommes.

A. — Énergie et liberté.

Notre liberté est la chose à laquelle nous tenons le plus ; je ne parle pas de notre liberté sociale, je parle de notre liberté au sens de Renouvier; aucun de nous ne se résignera jamais à ne pas être « capable d'introduire dans le monde des commencements absolus ». Je ne suis pas fait autrement que les autres hommes, et j'aurais été fier de me sentir libre ; je me résigne péniblement à apprendre que je suis simplement un transformateur d'énergie ; peut-être, dans quelques années, ne m'y résignerai-je plus, et prendrai-je ma place dans le mouvement de réaction contre la sévérité des notions scientifiques ; en attendant, ma raison l'emporte sur mon sentiment, et, ne pouvant croire logiquement à la liberté d'individus dont toute l'activité est soumise à un déterminisme rigoureux, je me contente de m'expliquer de mon mieux l'illusion de liberté dont nous sommes tous victimes, non seulement dans l'espèce humaine, mais, je pense aussi, dans toutes espèces animales bien

individualisées. J'ai donné cette explication ailleurs1, je n'y reviens pas ici.

Ceux qui, étant au courant des travaux des physiologistes, n'ont pas la prétention d'affirmer que les animaux font du travail avec rien, se rabattent sur la question d'aiguillage, de choix dans la détermination ; mais, en vertu du premier principe de Carnot2, aucun aiguillage ne peut se faire sans une dépense d'énergie ; les partisans de la liberté absolue se retranchent derrière le fait que cette dépense d'énergie, que la volonté de l'animal fournirait sans l'emprunter à aucune source d'énergie préexistante, est assez faible pour passer inaperçue devant nos instruments de mesure. Il n'en resterait pas moins, si la liberté animale était admise, que les animaux introduiraient dans le monde des provisions d'énergie créées de toutes pièces et non empruntées à des sources d'énergie préexistantes. Voici un raisonnement, ou, si l'on préfère, un projet d'expérience, qui me parait suffisant pour réduire à néant la possibilité d'une telle croyance.

Je pourrais à la rigueur partir d'une spore de moisissure ou de cryptogame quelconque, dans le raisonnement que je vais exposer, puisqu'aussi bien, la spore, n'étant pas en train de vivre, peut être considérée à bon droit comme n'apportant,

i. En particulier dans Science et Conscience.

i. Voyez dans La stabilité de la vie ce qu'il faut entendre par le premier principe de Carnot.

dans le phénomène auquel elle va prendre part, que sa provision d'énergie chimique ou colloïde ; mais il n'en reste pas moins que la spore est dite vivante, et que, pour les mystiques, ce mot suffit à laisser supposer dans le corpuscule en question, des propriétés occultes auxquelles le chimiste n'a rien à voir. Au lieu de partir d'une spore, je vais donc partir de deux gamètes mûrs, c'est-à-dire de l'élément sexuel mâle et de l'élément sexuel femelle d'une espèce vivante dans laquelle la maturation se produit totalement; on verra, tout à l'heure, pourquoi je fais cette restriction.

Je choisis donc un milieu bien limité et contenant tous les éléments, tant physiques que chimiques, qui sont nécessaires à la vie de l'espèce considérée ; ce milieu est séparé en deux parties par une cloison mobile ; d'un côté de la cloison je place des spermatozoïdes mûrs, de l'autre des ovules mûrs. A ce moment, j'évalue la valeur énergétique tant à l'échelle colloïde qu'à l'échelle chimique de tous les éléments qui sont à l'intérieur du contour limitant le milieu. Gela est possible, puisque le milieu ne contient aucun élément vivant ; les gamètes mûrs ne sont pas vivants, pas plus que ne sont producteurs de courant électrique les pôles positif et négatif d'une pile de Bunsen, quand ces pôles sont séparés dans deux récipients différents. J'ai donc seulement, au moment considéré, dans le contour limitant le milieu, une provision d'éléments colloïdes dont la valeur énergétique est définie.

Le Danteg. — Contre la métaphysique. i/i

Pendant toute l'expérience que je vais décrire, je ne laisserai pénétrer dans le milieu, ni sortir du milieu aucune quantité d'énergie, ou plutôt, car cette condition serait difficile à réaliser, je me placerai dans des circonstances expérimentales telles que je puisse connaître à chaque instant les quantités d'énergie qui entrent dans le milieu ou qui en sortent, sous forme de radiations thermiques, par exemple.

Cela posé, je déplace ma cloison mobile, en tenant compte de l'énergie dépensée dans ce mouvement ; les gamètes de sexe contraire s'attirent et se fusionnent; de la vie apparaît dans un milieu où elle ne préexistait pas. Je n'étudie pas cette vie ; je me contente de noter ce qui entre et ce qui sort, en fait d'énergie pendant toute la durée de l'expérience.

Au bout d'un temps plus ou moins long, le milieu étant limité, toute vie aura disparu ; tous les êtres qui seront nés des fécondations entre gamètes de sexe contraire seront morts, faute d'aliments renouvelés, ou grâce à l'accumulation nuisible des substances excrémentitielles. A partir de ce moment, il n'y aura plus, dans le contour, que des substances colloïdes ou chimiques dont la valeur énergétique peut se mesurer.

Je n'ai pas à savoir ce qui s'est passé pendant la durée de mon expérience ; du moment que je connais l'état initial et l'état final, je suis certain que la quantité d'énergie localisée dans le milieu à la fin de l'observation sera égale à la quantité

RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIONS )i\ I

d'énergie initiale, augmentée des apports énergétiques reçus de l'ambiance, et diminuée de la quantité d'énergie rayonnée vers l'ambiance. Et cela sera vrai indépendamment des phénomènes intermédiaires ; cela sera vrai, soit que j'aie déplacé ma cloison mobile, de manière à permettre les fécondations et l'apparition de la vie, soit qu<que n'y aie pas touché, et que j'aie laissé les ovules et les spermatozoïdes se détruire chimiquement sans fécondation aucune. Du moment que je serai parti d'un état purement chimique pour revenir à un état purement chimique, je n'aurai pas, je le répète, à in'occuper des phénomènes intermédiaires pour établir mes équations énergétiques ; je suis donc certain que la période limitée de vie qui aura été réalisée dans le contour n'aura pas introduit, dans le milieu, des quantités d'énergie, si minimes soient-elles, qui auraient été créées de toutes pièces sans égard aux principes d'équivalence. Que faut-il pour que ce raisonnement soit valable ? Uniquement que le phénomène vital ait pu apparaître et disparaître dans un milieu où ne se trouvaient, avant cette apparition et après cette disparition, que des substances chimiques dépourvues de vie. Mais, justement, mon interprétation du phénomène sexuel, ma manière d'envisager comme morts les gamètes mûrs, n'est pas admise sans discussion ; dans un numéro récent de la Revue Scientifique l, Mme A. Drzewina a attaqué

i. iA janvier 191 1, p. 60.

mon interprétation de la fécondation avec des arguments spécieux ; cette question me paraissant philosophiquement très importante, je vais m'y arrêter un instant.

Voici d'abord les arguments de la Revue Scieti-

lifique :

« M. Le Dantec, en partant des principes qu'il a établis, a conclu que les éléments sexuels mûrs ne sont pas vivants. Sont venues les célèbres expériences de parthénogenèse artificielle. Les principes de la biologie déductive ont per mis immédiatement à M. Le Dantec de prendre une atti tude sceptique vis-à-vis de cette découverte. Puisque les œufs mûrs sont morts, il est impossible de les féconder arti ficiellement. Si Lœb a obtenu des développements, c'est qu'il a opéré sur des œufs qui n'étaient pas mûrs, qui n'étaient pas femelles ; c'étaient des cellules complètes. En les immergeant dans le liquide salin, Lœb les a empêchés de mûrir, c'est-à-dire de mourir; elles n'ont pas eu besoin d'être fécondées; n'étant pas mortes, elles ont naturellement vécu quand on leur a fourni un milieu convenable. Or, si ce raisonnement est exact en principe, il n'est pas tout à fait d'accord avec les faits. Lœb insiste expressément sur ce que les œufs d'oursin, dans ses expériences, étaient mûrs, car ce n'est qu'après qu'ils ont présenté les phénomènes classiques de la maturation (expulsion des globules polaires, réduction chromatique) qu'il a pu les inciter à se développer par les procédés artificiels. Mieux: il montre que les œufs d'une Astérina qui ne sont pas mûrs au moment où on les extrait de l'ovaire ne peuvent pas être

fécondés artificiellement Je sais que M. Le Dantec

n'attache aucune importance aux phénomènes morphologiques de la maturation; mais l'œuf est mûr quand il

est apte à être fécondé, quand il est prêt à recevoir le spermatozoïde. »

J'ai souligné, dans cette citation une phrase qui n'exprime pas du tout ma pensée : « Puisque les œufs mûrs sont morts, il est impossible de les féconder artificiellement. » C'est là une opinion que je n'ai jamais exprimée, et qui n'irait pas à un partisan de la possibilité des générations spontanées. Or, si je crois que la génération spontanée est possible, je crois aussi qu'elle est difficile à réaliser. Quand on a parlé des radiobes formés par le radium dans la gélatine, je n'ai pas nié la possibilité du phénomène; je me suis seulement étonné de la facilité avec laquelle l'expérimentateur anglais disait les avoir obtenus; j'ai même émis l'hypothèse que l'action du radium avait été seulement de ressusciter des microbes morts1 ; je n'aurai donc jamais la témérité d'affirmer qu'il est impossible de vivifier artificiellement des œufs morts. Mais, la méthode de Lœb semblant s'appliquer à un très grand nombre de cas, et, d'autre part, la manipulation qu'il fait subir aux ovules étant extrêmement simple, j'ai pensé qu'il serait bien étonnant de voir fabriquer de la vie à si bon marché ; il m'a donc paru préférable de chercher d'abord si une autre interprétation du phénomène ne serait pas possible, et je trouve, encore aujourd'hui, que mon idée de la suspension du phé-

i. La lutte universelle, 8 54.

nomène maturation par les immersions de Lœb reste applicable dans tous les cas.

Mme Drzewina dit que je n'attache « aucune importance aux phénomènes morphologiques de la maturation ». Ce serait là de ma part une attitude bien peu scientifique. J'ai consacré tout un chapitre de mon Traite de biologie à la constatation de l'admirable généralité des karyokinèses singulières, et je considère un fait biologique comme d'autant plus important qu'il est plus général. Mais, en comparant les époques où se produisent, dans les diverses espèces vivantes, la maturation d'une part, et les karyokinèses singulières d'autre part, j'ai été amené à conclure que l'on a tort de considérer les karyokinèses singulières comme étant « les phénomènes morphologiques de la maturation ». Chez l'oursin, la maturation ne commence qu'après l'expulsion du second globule polaire ; chez l'ascaris, elle se produit avant l'expulsion du premier. Lœb insiste sur ce que les œufs d'oursin étaient mûrs (expulsion des globules polaires) et que ce n'est qu'alors qu'il a pu les inciter à se développer artificiellement. Cela n'a rien qui puisse m'étonner, au contraire. La maturation, disais-je tout à l'heure, ne commence chez l'oursin qu'après l'expulsion du second globule polaire; si, comme je le crois, le phénomène de Lœb a pour effet de suspendre la maturation, il faut bien, pour qu'il puisse se produire que la maturation soit commencée. Il y a entre nous seulement une différence de langage ; il appelle mûrs les ovules que je considère

RÉPONSE A QUELQ1 ^OBJECTIONS U

comme étant en trahi, de mûrir ; et cette divergence tient à ce que, contrairement à mon opinion, il considère la maturation comme un phénomène morphologique, alors que je suis convaincu qui la maturation est un phénomène chimique, el que le microscope ne le met pas en évidence

L'œuf est mûr, dit Mme Drzevina, quand il est apte à être fécondé. Ce langage ne permettrait pas de concevoir qu'il y eût des degrés dans la maturation, qu'un œuf pût être ptt/s ou moins, mûr, ce qui, au contraire, est pour moi une nécessité évidente. Voici un lot d'œufs ; tous sont aptes à êtn fécondés par des spermatozoïdes; ils sont donc au moins partiellement femelles. Mais si on les laisse à eux-mêmes sans fécondation, quelques-uns restent intacts, d'autre manifestent un commencement de développement parlhénogénétique. On ne m'empêchera pas de croire qu'il y a des différences entre ces œufs, et que ces différences tiennent à leur degré de maturité. Ceux qui sont incomplètement mûrs sont comparables aux ovules d'abeilles, c'est à-dire qu'ils sont capables, soit de se développer spontanément grâce à la partie vivante qu'ils contiennent, soit d'attirer un spermatozoïde qui féconde leur partie devenue femelle. On reconnaît au contraire ceux qui sont complètement mûrs à ce que, sans le secours du spermatozoïde, ils sont incapables d'assimilation. Et par conséquent, le mot mûr n'a pas un sens suffisamment précis, si Ton décide, comme le propose Mme Drzewina, qu'un œuf est mûr quand il est apte à être fécondé

Ma maladie de la continuité m'oblige, encore ici, à heurter de front les opinions ordinaires des naturalistes, comme cela m'est déjà arrivé pour les mutations et l'hérédité mendélienne. Pour ceux qui sont habitués au langage discontinu de Weismann, il est tout naturel de penser que telle qualité, présente dans une cellule, disparaît brusquement au moment où disparaît la particule qui la représente. Et si l'expulsion des globules polaires avait été, comme l'a supposé Van Beneden, l'expulsion de la partie mâle de la cellule, la maturation, qui rend un œuf sexué, aurait été en effet un phénomène brusque. Aujourd'hui on sait que Van Beneden s'est trompé, et que la maturation est quelque chose d'invisible. Je pense que c'est un phénomène chimique, une fonte unilatérale, et que ce phénomène se passe petit à petit, puisqu'il conduit les divers œufs d'une même espèce à des degrés de maturité différents. Jeconstate d'ailleurs, comme je l'ai fait remarquer abondamment dans mon Traité de biologie, que, chez beaucoup d'espèces animales, la maturation femelle est rarement complète ; elle l'est cependant quelquefois, comme le prouve l'existence d'œufs fécondablesqui, sans le secours du mâle ne se segmentent jamais. C'est à l'un de ces œufs parfaitement mûrs que j'ai recours pour mon raisonnement énergétique de tout à l'heure. Ces œufs parfaitement mûrs sont parfaitement morts: mais d'autres œufs, qui sont mûrs au sens où l'entend Mme Drzewina, parce qu'ils ont commencé à devenir femelles, sont

cependant capables de parthénogenèse, parce qu'étant partiellement mûrs ils ne sont que partiellement morts. Il s'agit seulement de s'entendre sur la signification du mot mûr ; jt; demande, à ce sujet, plus de précision que les naturalistes n'onl accoutumé d'en exiger. Quant aux gamètes mâles, il semble que leur maturation soit ordinairement complète, et qu'eux au moins soient presque toujours morts. La manière de raisonner de Lœb et de ses élèves conduirait à attribuer au sexe femelle une véritable prépondérance sur le sexe mâle, alors que les considérations les plus synthétiques de la biologie établissent chaque jour plus solidement l'équivalence des deux sexes dans la fécondation et la transmission des propriétés héréditaires.

Cette question éclaircie, je reviens à mon raisonnement de tout à l'heure : Dans un milieu limité, où je sais tout ce qu'il existe d'énergie initiale, et où je sais mesurer d'autre part tout ce qu'il entre d'énergie rayonnée pendant le temps de mon observation, je n'ai à tenir compte que de l'état initial et de l'état final pour établir mes équations énergétiques. Or, entre le commencement et la fin de mon observation, la vie a apparu, puis disparu, dans mon milieu limité ; donc je suis certain que la vie n'a pas créé de toutes pièces, sans respect pour les principes d'équivalence, la plus petite quantité d'énergie. Ce raison-

nement me semble iriaLlaquable ; on me montrera, je l'espère, par quel côté il peut être attaqué. Un ami à qui je l'ai communiqué m'a fait cette objection :

Pourquoi le corps vivant, en mourant, ne feraitil pas disparaître, de la somme totale des énergies du milieu, précisément la quantité d'énergie surajoutée qu'il y a introduite pendant sa vie? La somme serait constante, et les équations énergétiques n'en seraient pas troublées, du moment qu'on envisagerait seulement l'état initial et l'état final. Cette objection qui m'a d'abord fait rire par son étrangeté, et que j'ai crue un instant trop mystérieuse pour qu'une réponse pût la réduire à néant m'a cependant paru ensuite très facile à réfuter :

Un être vivant ne meurt pas où il a vécu ; il parcourt un certain chemin dans le milieu en laissant partout des traces de son passage, et ces traces sont définitives, c'est-à-dire qu'elles ne dépendent pas de lui et ne disparaissent pas par le fait qu'il meurt. C'est donc entre l'être vivant et le milieu où il se trouve au moment de sa mort, qu'aurait lieu l'échange final d'énergie qui remettrait les choses en état, et permettrait la vérification des principes d'équivalence ; tous les changements introduits, pendant la vie de l'être, en d'autres points du milieu, seraient respectés, mais l'animal emprunterait localement pour mourir, précisément la quantité totale d'énergie qu'il aurait introduite précédemment dans le monde sous forme d'aiguil-

lages, sous forme de choix, sous (orme de libres volitions. Fort bien, mais alors, chacun de < aiguillages, chacune de ces manifestations d'une volonté extraphysique, s'inscrivait en déficil dans l'individu au moment de sa production ; cela esl indispensable, puisque l'individu portait en lui, au moment de sa mort, le total de ce déficit. El s'il y a inscription en déficit, dans Le corps de l'animal, de la quantité d'énergie utilisée pour un aiguillage volontaire, c'est donc que cet aiguillage volontaire satisfait aux lois générales de l'énergétique, et n'est pas en contravention avec les principes d'équivalence. Que des excès ou des défauts d'énergie puissent s'inscrire, dans un individu vivant, sous forme de tension de ressorts colloïdes, cela n'est pas pour nous étonner : nous savons au contraire qu'un souvenir a une valeur énergétique. Et voilà l'objection à bas !

« Mais, dira-t-on, nous n'avons jamais prétendu que les bactéries ou les protozoaires soient libres; vous faites un raisonnement sur des êtres inférieurs que vous étudiez dans un bouillon de culture, et vous l'appliquez à l'homme; de l'homme au microbe, il y a plus d'un hiatus! »

Je pourrais répondre à cela que les partisans de la liberté humaine n'ont pas toujours refusé cette liberté aux êtres unicellulaires ; plusieurs au contraire, et des plus autorisés, ont accordé la liberté aux protozoaires pour être sûrs qu'on ne la leur refuserait pas à eux-mêmes; car si l'on bat en brèche aujourd'hui la croyance à la continuité de

l'évolution, on ne parait pas encore bien sûr que les hiatus seront longtemps des hiatus ! Dans une conférence à la ligue contre l'athéisme1, M.Armand Gautier démontrait la liberté des amibes par des considérations énergétiques. J'ai discuté ailleurs 2 les arguments du savant professeur ; je n'y reviens pas ici.

D'ailleurs, dans le raisonnement énergétique que je faisais tout à l'heure, je n'ai aucunement spécifié que les êtres dont j'étudiais l'évolution dans un milieu limité étaient des êtres inférieurs; il suffirait, pour que mon raisonnement fût valable, que ces êtres pussent provenir d'une fécondation entre éléments sexuels parfaitement mûrs, c'està-dire parfaitement morts. Mais, précisément, l'homme remplit cette condition ; je n'hésite pas à considérer comme rares les cas de pathénogénèse observés dans l'espèce humaine ; il y a vraisemblement des œufs humains qui mûrissent totalement. Et par conséquent, malgré la vie parasitaire du début (la mère en état de gestation n'étant pour le fœtus, qu'un élément du milieu ambiant), je puis considérer dans le monde un milieu fermé, dans lequel se vérifie la conservation de l'énergie quoique des hommes y soient nés et morts. Ainsi la question de savoir si des gamètes peuvent être complètement mûrs prend une importance philosophique considérable, parce que, résolue dans le

i. Revue générale des sciences, i5 avril 1897.

a. L'Individualité et l'erreur individualiste. Paris, librairie F. Alcan.

RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIONS ->î\

sens de L'affirmative, elle permet de dire que La vi<> apparaît dans des milieux où il n'y avait que des substances mortes.

B. — Le transformisme et l'hérédité des caractères acquis.

Quoique n'ayant aucune raison de ne pas appliquer directement à l'homme les considérations que je proposais tout à l'heure au sujet d'une espèce sexuée quelconque dont les gamètes mûrissent totalement, j'ai assez de confiance dans le transformisme pour me dire que le principe de la conservation de l'énergie, démontré vrai chez une espèce vivante choisie au hasard s'étendra fatalement, par continuité, à toutes les espèces vivantes. Le transformisme lamarckien, si attaqué de nos jours, est pour moi l'évidence même. Je ne connais pas de loi physique qui me paraisse plus solidement établie; mais cela tient à ce que je me permets de me servir, dans l'étude des sciences naturelles, delà machine déductive qui est en moi. Personne ne met en doute le principe de Newton, quoiqu'aucune vérification directe de ce principe n'ait été faite. On n'a jamais mesuré, avec un dynamomètre l'attraction entre la Lune et la Terre, mais on a vérifié la loi de l'attraction universelle par des conséquences de celte attraction ; c'est d'ailleurs des nombres qui mesuraient ces conséquences que Kepler a tiré ses lois dont Newton a donné ensuite une admirable synthèse. De même,

on n'a jamais vu une espèce varier; j'ai essayé de montrer récemment1 que le moment où une espèce varie doit, morphologiquement, passer inaperçu, et cependant la variation des espèces suivant le modelamarckien me paraît aussi solidement établie que le principe de Newton. Pourquoi refuserait-on de faire en sciences naturelles les raisonnements déductifs que Ton fait en physique ? La seule raison en est, à mon avis, que les vérités biologiques sont plus dangereuses que les vérités physiques pour la quiétude de l'homme, animal traditionaliste par excellence. Tout ce qu'on écrit contre le transformisme est considéré comme œuvre pie, et applaudi par les « honnêtes gens ». Pour ma part, depuis vingt ans que j'étudie l'évolution des espèces, je dois avouer que toutes les objections faites au transformisme lamarckien n'ont servi qu'à me rendre ce transformisme plus cher, en me montrant le piteux échec de toutes les attaques dirigées contre lui. Je ne puis pas tolérer qu'on traite le transformisme & hypothèse, et je sais que beaucoup de professeurs de philosophie l'enseignent comme une hypothèse abandonnée n'ayant plus qu'un intérêt historique! Les naturalistes ne vont pas encore jusque-là ; ils professent en apparence le transformisme, mais un transformisme incapable d'expliquer l'origine de l'homme, stérilisé qu'il est par la négation de la transmission héréditaire possible des caractères

i. La stabilité de la vie, op. cit.

acquis. C'est la théorie antiscientifique des particules représentatives qui est cause de tout le mal. J'ai déjà rompu bien des lances contre cette tlréo rie, mais j'ai perdu mon temps; voici cependant encore une comparaison nouvelle qui réussira peut-être à en montrer l'invraisemblable absurdité:

L'être adulte provient de l'œuf, cela est entendu, mais il contient autre chose que l'œuf; un hommi qui pèse soixante-dix kilogrammes ne provient pas exclusivement d'un œuf qui pèse beaucoup moins d'un gramme. Donc, à chaque instant de son évolution, il intervient, dans sa construction, des éléments étrangers à l'œuf; on donne le nom d'éducation à l'ensemble des contingents apportés successivement par le milieu dans l'histoire évolutive d'un individu. Cette éducation joue un rôle indéniable dans la construction de l'être, quoique, si la vie continue, l'hérédité de l'œuf trace d'avance le cadre spécial dans lequel se déroulera cette évolution; il est bien certain, par exemple, que l'œuf ne contient pas d'avance les raisons qui font qu'un enfant apprendra l'anglais ou l'allemand, ni même qu'il sera un paisible bureaucrate ou un navigateur hardi. L'histoire d'un individu estl'histoire d'un phénomène qui continue, d'un contour qui se déforme dans le monde, sous l'influence de facteurs qui sont en lui et de facteurs étrangers à lui. On peut en dire autant de n'importe quelle partie découpée dans le monde par un contour arbitrairement choisi, le bassin du Rhône, par

exemple; le bassin actuel du Rhône provient de ce qu'était le bassin du Rhône il y a quatre mille ans, et des phénomènes météorologiques qui s'y sont passés depuis lors. Du moment qu'il n'y a pas eu, depuis cette époque, de cataclysme géologique faisant effondrer les montagnes anciennes ou en suscitant de nouvelles, on peut conserver le môme nom de « bassin du Rhône » à cette partie découpée dans le monde par le régime de la distribution des eaux. C'est cette condition « absence de cataclysme », qui correspond à la conservation de la vie (absence de mort) dans l'histoire évolutive d'un individu issu d'un œuf. Un observateur assez avisé, aurait pu prévoir, il y a quatre mille ans, quelques-uns des événements qui se sont passés depuis, dans le bassin du Rhône; il aurait pu prévoir en particulier que, sauf cataclysme imprévu, le Rhône continuerait à se jeter dans la Méditerranée; il aurait pu deviner aussi que l'apport des alluvions par le courant du fleuve transformerait son estuaire en un delta; mais il n'aurait pu fixer les détails de cette transformation dans laquelle les tempêtes et les pluies venant d'ailleurs devaient intervenir de leur côté. L'évolution géographique devait donc se produire dans un cadre tracé à l'avance, mais sous l'influence de facteurs imprévus. De même l'évolution d'un être vivant doit se produire sous peine de mort, dans un cadre tracé à l'avance par l'hérédité de son œuf, mais avec des détails qui proviendront de son éducation.

La théorie des particules représentatives trans-

portée du domaine biologique dans le domaine géographique reviendrait à dire que, dam l'estuaire du Rhône, observé il y a quatre mille ans, il y avait des particules invisibles représentant la forme du delta actuel !

Voilà comment les partisans de Weismann traduisent le fait que, sous peine de mort, la structure actuelle de l'œuf détermine les grandes lignes du cadre dans lequel évoluera l'individu issu de l'oeuf. Il me semble qu'en appliquant leur langage à la narration de l'histoire d'un phénomène quelconque qui continue, on en rend l'absurdité palpable; je n'ose croire cependant que cette absurdité éclate aux yeux des naturalistes comme elle s'est, depuis longtemps, manifestée aux miens, car dans un livre paru en igi i, M. Guénot1 utilise encore le langage des déterminants de manière à laisser croire qu'aucun autre langage n'est applicable à la narration des phénomènes vitaux. Il est naturellement amené, par ce langage même, ci nier avec Weismann, l'hérédité des caractères acquis, et à déclarer que « dans l'état actuel de nos connaissances », cette hérédité des caractères acquis est « inconcevable! » Je crois en effet que cette attitude est fatale chez quelqu'un qui parle le langage des gemmules ou des déterminants2,

i. La Genèse des espèces animales. Paris, librairie F. Alcan, 191 1.

2. Dans la revue Biologica (avril igi i), M. Cuénot montre que ses déterminants diffèrent de ceux de Weismann ; mais du moment qu'ils le conduisent à nier l'hérédité des caractères acquis par adaptation au

Le Daistec. — Contre la métaphysique. i5

et c'est pour cela que ce langage, outre qu'il est scientifiquement ridicule, me semble en outre philosophiquement très dangereux. Loin de croire, en effet, avec M. Cuénot, que l'hérédité des caractères acquis est inconcevable, je trouve, en appliquant simplement aux phénomènes biologiques le langage des sciences physiques, que ce phénomène fondamental dans l'histoire de la vie n'est qu'un cas particulier d'une loi extrêmement générale, que l'on appelle en physique la loi de Lenz et quelquefois la loi de Le Chatelier, loi que j'ai formulée dans un petit livre récent1 sous une forme, anthropomorphique il est vrai, mais très saisissante :

La nature a ho?reur de la contrainte a.

La théorie des particules représentatives est d'ailleurs la négation évidente du transformisme même ; et je me demande quelle attitude peut prendre un négateur de l'hérédité des caractères acquis devant le phénomène merveilleux qu'est l'éclosion d'un poussin armé de pied en cap pour la vie ! Sans doute, il est contraint d'adopter le vieux créationnisme que rendent inadmissibles les

milieu, ils le classent avec Weismann dans la catégorie anti-lamarkienne de ceux qui croient aux caractères-unités. (V. plus haut, p. 191 et p. 19a).

1. Le Chaos et l'Harmonie universelle. Paris, F. Alcan, 191 1.

a. On pourrait donner à cette loi une forme plus acceptable en l'énonçant ainsi :

a Toute contrainte prolongée a pour résultat des transformations, fatales qui en diminuent l'importance et tendent à l'abolir. »

découvertes paléontologiques; mais c'est là préci sèment une cause de succès à l'époque actuelle; les particules représentatives triomphent, parce qu'elles font abandonner Lamarck pour revenir à Moïse !

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