C. — Les études de psychologie animale
Dans un article écrit il y a trois ans1, j'avais constaté avec regret l'attitude, peu favorable à la théorie des variations continues, d'un physiologiste de grande valeur, le Dr G. Bohn, auteur d'un livre intitulé La naissance de l'intelligence, dans lequel je relevais des phrases comme celle-ci: « Il y a un hiatus entre l'intelligence des animaux et l'intelligence humaine ; je ne crois pas que nous soyons prêts à combler ce hiatus. »
Depuis cette époque, le même auteur a publié, outre une fort intéressante notice sur ses travaux scientifiques, un petit volume de la bibliothèque de philosophie contemporaine, La nouvelle psychologie animale. Je ne dirai pas que je suis tout à fait rassuré au sujet de l'impression que produiront sur le grand public ces deux ouvrages d'un homme très distingué. Ceux qui veulent trouver dans les travaux des physiologistes des arguments en faveur du mysticisme héréditaire, pourront encore aisément découper dans les nouvelles publications de Bohn, des citations avantageuses ; mais
i. Intelligence et Instincts, Revue du Mois, 1909.
il y a du moins, de-ci, de-là, dans ces opuscules, des professions de foi très nettes de mécanisme et de transformisme intégral.
Voici d'abord un passage emprunté à la notice (p. vu) et dont on trouverait l'équivalent en plusieurs endroits du livre:
« J'ai observé les réponses totales de l'organisme, me préoccupant surtout des mécanismes coordinateurs. C'est en raison de cette tendance <|ue certains de mes travaux ont pu être rangés sous la rubrique : psychologie comparée. Je ferai remarquer que la psychologie, telle que je l'ai pratiquée, n'est qu'une des branches de la physiologie ; mon étude a été purement objective... »
Cette affirmation que la psychologie n'est qu'une des branches de la physiologie ne plaira pas aux amateurs de considérations spiritualistes ; si l'on peut faire une étude objective complète de l'activité des animaux, c'est bien qu'on ne croit aucunement à leur liberté ; il n'est pas mauvais de mettre cette citation sous les yeux de ceux qui ont tiré du premier livre de Bohn des arguments en faveur des vieilles conceptions biologiques.
Voici, maintenant, un grand nombre de passages de la Nouvelle psychologie animale où l'existence de certains instincts actuels est considéré par l'auteur comme la démonstration de l'hérédité des caractères acquis :
D'abord, p. io4 : « Ici encore, cet instinct nous apparaît finalement comme un agrégat d'activités variées, les unes simples, les autres plus com-
plexes, et il y a lieu de tenir compte aussi bien deB qualités transmises par voie héréditaire qtie des
qualités acquises clans la vie de l'individu. » Puis, page 125: « Dans l'instinct de l'insecte paralyseur..., il y a certainement à tenir compte d'activités associatives héritées, mais, malgré cela, il y a encore des imperfections, plus ou moins corrigées par un apprentissage individuel » ; p. 54 : « à côté de survivances de vieilles activités,.., il y a des acquisitions nouvelles dues à la mémoire; associative ». Je pourrais multiplier les citations ; il est évident que l'auteur qui, d'ailleurs, fait profession de lamarckisme1, considère que le monde est rempli de preuves de l'hérédité des caractères acquis.
Ainsi, tant au point de vue des théories mécanistes qu'au point de vue des théories transformistes, je trouve dans les nouveaux ouvrages de Bohn des raisons de me réjouir; mais je dois signaler aussi, dans les mêmes livres, des considérations qui ne sont pas pour me plaire beaucoup. Je redoute par exemple certaines interprétations qu'il accepte, à mon avis, trop hâtivement, à la suite de Lœb. Voici deux passages que j'ai relevés, le premier, page i5: « Une excitation entraîne une variation de la vitesse de certaines réactions chimiques..., elle se traduit, finalement, pour l'organisme, par un déficit de certaines substances particulièrement actives. » Le second, p. i46 1 47, est à