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des palais et des théâtres, et qu'il menace de chasser la prière des églises.
Je laisse le soin de m'excuser à l’un de mes contradicteurs, M. Kreutzer. Rappelant que les Lacédémoniens avaient retranché, comme énervant les courages, les quatre cordes nouvelles que Timothée venait d'ajouter à la lyre, il donne raison sur ce point à la sagesse de Sparte et continue ainsi :
« C'est alors que la musique devient une muse horrible. Quels tristes spectacles elle nous donne! Vautrée au milieu des rythmes les plus plats, des harmonies les plus vulgaires, elle caresse et aiguise de sa voix chevrotante un mot obscène, elle soulève les jupes des danseuses ; elle crée les femmes à barbe et les ignobles parodies de la mythologie. Elle joue le rôle de ces vieilles sans nom qui trafiquent de la jeunesse et de la beauté. Non, rien n’est plus douloureux que le spectacle de ces farces hideuses.. Extrème dans le bien, extrême dans
le mal, telest aujourd’hui le sort de lamusique. »
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Cette eéloquente indignation de Kreutzer contre les excès de son art bien-aimé prouve que j'ai pu être sévère vis-à-vis de la musique sans la haïr; elle donne à ma critique la note juste à laquelle je n’ai pas su me tenir, à ce qu’il paraît. Extrême dans le bien, extrème dans le mal, voilà ce que je n’ai pas suffisamment indiqué, frappé que j'étais par ce qu'il y a de plus apparent aujourd’hui, par le débordement du mal. Corruptio optimi pessima, voilà ce que j'aurais dû dire de la musique, comme il faudrait le dire de nos jours d’une foule de choses encore plus grandes, encore plus respectables que cet art.
S'il m'est permis de chercher les causes de cette corruption, je demande à négliger ici celles qui sont étrangères à l’art lui-même. Les plus graves me paraissent des causes intérieures comme le sont toujours les principes de dissolution et de décadence. Je ne crois pas que depuis le commencement de l’histoire une
puissance, une institution quelconque ait péri
sous les coups de ses ennemis, si elle ne portait Son principal ennemi au dedans d'elle-même
J'ai déjà indiqué par où chaque art se corrompait : c’est, comme toute chose humaine, par l’orgueil, par l'ambition de franchir ses limites, par l’'empiètement sur les autres arts, par la prétention au pouvoir absolu, à l’omniscience et à l’omnipotence. Ærites sicut dii, scientes bonum et malum. |
Ce qui en apparence est une conquête, un développement, un progrès, est souvent, pour les arts comme pour les institutions, un germe de mort. La peinture a succombé sous les merveilleuses inventions des coloristes ; la musique et la poésie sont en train de périr sous les tours de force des exécutants. Tout ce qui semble légitime en fait de progrès n’est pas toujours innocent. Quand Timothée ajoutait des cordes nouvelles aux trois cordes de la lyre, un peu ple comme le notre eût béni cette révolution et couronné le musicien ; et peut-être quelques
années après, tout eût péri, le musicien, la mu-
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