‹ Contre la musiqueChapitre 50 sur 56 · ON UT SIENS. UT · texte numérisé non relu

ON UT SIENS. UT

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ments qui composent la grande cité — énumération de deux ou trois cents pages que je suis incapable d'entreprendre — il conclurait, je n'en doute pas, par un mot décisif: lequel, je n’en sais rien, mais si j'étais à sa place, je répéterais, en l’adressant à la vraie musique et à l'Opéra le fameux Ceci tuera cela!

Hélas ! pourra-t-on nous dire quelle chose aimable et respectable cEcr ne tuera pas? Cxct c'est aujourd'hui le plus gros bataillon : GEcr, c'est l’artet la morale matérialistes, c’est la science athée, la science des vivisecteurs de chats et de lapins qui prétendent refaire la psychologie, l'esthétique et l’histoire. CECI, c’est la sottise et la vanité bourgeoise, c’est l'envie, la rançcune et l'imprévoyance démocratiques, c’est le suffrage universel des pauvres innocents de nos villages conduits par les commis voyageurs, les cabaretiers et les déclassés de toutes les conditions. CECI c’est la barbarie envahissante : CECI veul tuer la religion, la poésie, les lettres

et les arts libéraux. Rentrez donc, poètes de

292 LES RÉGRÉATIONS MUSICALES

l'âme, artistes de l'idéal, philosophes de la conscience et du devoir, chrétiens et spiritualistes de toutes les communions, rentrez dans les catacombes, Nobles fils de Mozart et de Beetho- Ven, cachez-vous dans la petite église du Conservatoire, en attendant qu'on vous l’enlève, et laissons passer le triomphe de la force brutale.

J'ai sous les yeux, en écrivant, une admirable composition de Paul Chenavard, une de celles qu’on a chassées du Panthéon et qu'on aurait dû recueillir à Sainte-Geneviève.

Dans la partie supérieure du tableau, se développe, avec toute la magnificence impériale, le cortège d'un triomphateur romain. Titus, vainqueur et destructeur de Jérusalem, rentre dans la ville des Césars aux acclamations de la plèbe romaine. Les captifs enchaïinés, les trophées d'armes, les vases sacrés du temple de Salomon, les chevaux, les éléphants d'Asie, les enseignes des légions, tous les attributs de la victoire et de la domination précèdent ou

suivent son char. Tout cela dans un ordre so-

lennel avec une pompe guerrière qui semblent pour l'empire de Rome des présages d’éternité. Au-dessous, dans une longueur parallèle, sépa

rée de la voie triomphale par le mince rocher qui forme la voûte des catacombes, les chrétiens assemblés s’agenouillent, se prosternent dans les altitudes les plus religieuses. Il y a là des hommes de tous les âges, des jeunes filles, des mères avec leurs enfants, tous en prière, tous recueillis dans une extase attendrie.

Le prêtre a célébré les saints mystères et distribué aux fidèles le pain de vie; ils semblent ignorer ce qui se passe au-dessus de leurs têtes. Une prudente vigie entr’ouvre seule une porte à la hauteur de la rue pour donner l’éveil en.cas de danger. Mais tout respire, dans cette scène, la sérénité, l’inaltérable confiance qu'inspire la foi, Jamais la faiblesse, si près d'être écrasée par une force irrésistible, n'a montré tant de calme, de douceur et de pacifique espérance. Sur cette double page, qui estun

de ses chefs-d'œuvre, le peintre philosophe

nous a donné, dans la sublime antithèse de Rome persécutrice et du christianisme naissant, la plus saisissante leçon.

Il est des temps où l'esprit se retire de la société régnante et se réfugie dans les catacombes, dans les thébaïdes, dans les forêts des vieilles Gaules. Il s’y tient en silence, abrité de la double barbarie qu’engendrent la corruption des races civilisées et l'invasion des races sauvages. L'âme humaine a besoin de se replier ainsi sur elle-même, dans les profondeurs de la conscience morale pour y retrouver la droite raison, le ferme sens de la vérité et de la justice et la splendeur des éternelles beautés. Un nouveau peuple s'élève et grandit dans ces solitudes ignorées, et, tout à coup, au-dessus des ruines et des champs de carnage, au-dessus du monde romainet du monde germanique, audessus de la décrépitude et de la barbarie, la croix se dresse et avec elle l’impérissable lu-

mière du christianisme,

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