‹ Contre la musiqueChapitre 7 sur 56 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Notons d’abord un fait considérable. Le seul des arts auquel les animaux, les fous et les idiots soient sensibles, c’est la musique. Il y a donc en elle un élément tout physique, une sorte d'électricité qui s’adresse au fluide nerveux, indépendamment de toute action sur l'intelligence et sur le cœur. La volonté ne peut rien pour ou contre cetélément de la musique ; il agit fa -

talement sur l'auditeur quel qu'il soit, qu'il ait

l’âme de Platon ou les nerfs d’une brute déli-. cate, Irrésistible dans ses effets, ce principe est involontaire dans sa production chez l'artiste. Ce n’est pas en lui une œuvre de l'intelligence, mais une combinaison pareille à celles qui se forment dans l’atmosphère et dont toutes les créatures animées ressentent l'influence ; c’est une commotion électrique qu'il subit et qu'il transmet,

Rien de semblable ne se passe dans les autres arts. Peut-on citer comme afférent à la peinture l'effet que produisent certaines cou leurs sur quelques animaux? L’analogie ne saurait exister que s’il s'agissait d'un bruit, d’un son isolé. C’est la couleur rouge indépendamment de toute forme, de toute autre couleur avoisinante, qui irrite le taureau. L’effet produit par la musique sur plusieurs animaux est autre chose que l’action du bruit, d’un son en lui-même plus ou moins doux ou terrible; cet effet provient réellement de la mé-

lodie et des accords, On a vu des animaux, des

serpents surtout, suivre d'un mouvement de leur corps toutes les ondulations du chant, marquer la mesure et donner sous l'impression de la musique des signes évidents de plaisir, quelquefois de souffrance. Jamais la peintare n’a rien produit de pareil sur les êtres dénués de raison ; parce que l'impression faite sur les sens ne se sépare pas à son sujet d’un acte de. l'esprit; on n’en jouit, on ne l’aperçoit même qu'en vertu d'un jugement. La fameuse légende des raisins de Parrhasius becquetés par des oiseaux fût--elle véridique (et pour notre part nous n'en croyons pas le moindre mot), ne prouverait pas que la peinture émeut la sensibilité des bêtes et leur donne plaisir ou peine ; elle constaterait un effetde trompe-l’œil et d’illusion matérielle. C’est le raisin, factice il est vrai, mais ce n'est pas le tableau qui attire les oiseaux de Parrhasius.

Un fait cependant utile à noter pour la philosophiede l'art, ressort, non point de cet anec-

dote puëérile, mais de l’action incontestable

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qu'exercent les couleurs sur les nerfs de quels. ue ques aniMAUX ; c’est que la peinture elle aussi a son élément tout matériel, la couleur. Dans cet art au moins, l'intelligence et la volonté du a maître peuvent réduire à leur gré la part de à cet élément secondaire, le supprimer même complètement, puisqu’un simple crayon est encore de la peinture. Ce fait et l'incapacité de cs certains hommes, parfaitement intelligents et . bien doués, à discerner certaines nuances, prouve le caractère tout matériel et relatif de la couleur, quand la ligne est toute intellec tuelle et possède quelque chose d’absolu. On peut dire quele coloriste est une sorte de musicien, le paysage une symphonie.

REX : Mais l'œuvre du peintre, même du paysagiste, reste toujours moralementsuperieure à celle du musicieu, par le rèle qu'y jouent la volonte libre, l’idée claire, l'intention évidente, la signification nette et incontestable du thème D. adopté. Le motif musical est imposé à l'artiste

par l'inspiration, il a quelque chose en lui-

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