CHAPITRE V
Il v a dans la musique deux éléments principaux, radicalement contraires et associés comme par prodige ; elle embrasse deux sphe.
res absolument diverses, habitées par deux fa milles d'esprit tout à fait opposées qui se rencontrent sur la frontière commune et qui se ressemblent par un seul'point : la faiblesse de leur liberté. D'un côté la musique confine aux
mathématiques, à tout ce qu'il y a dans le mon-
de de plus immatériel, de plus général, de plus absolu ; de l’autre, elle plonge dans tout ce qu'il y a de plus variable et de plus personnel. les phénomènes de lasensibilité organique. Les lois des rhytmes et des accords dérivent des mystérieuses propriétés des nombres ; elles se rattachent à la plus sublime géométrie, elles: sortent des profondeurs de la nature divine. De là provient l’universalité de la langue musicale pareille à celle de l’arithméetiqueet de l'algèbre, et enfin l’action merveilleuse qu’elle exercesur notre àme, dans la région de cette âme la plus élevée, la plus désintéressée et la plus pure.
Il est imcontestable que la musique nous enr porte dans le sentiment de l'infini et la contemplation de l'invisible, à des hauteurs où atteint à peine l'esprit pénètre par les plus sublimes spectacles de la création. Nous cessons de sentir notre corps; la terre disparait à nos yeux ; notre pensée flotte dans l’incorruptible éther comme une essence immateérielle ; notre âme n'a plus de limites, nos petites passions s’éva-