I. — A. M. Charriaut, rédacteur au Figaro
Monsieur,
Je suis en principe, adversaire de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, parce que je la crois contraire à la doctrine générale de l'Eglise. Au point de vue de la France en particulier, je la regarde comme en opposition absolue avec toute la tradition de notre vieux pays catholique et, par suite, destinée à entraîner pour lui une véritable déchéance à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur.
« Pratiquement, mon opinion se fortifie par des considérations de fait qu'il me suffira d'énoncer pour que chacun en reconnaisse l'exactitude.
(1) Le Figaro, 23 septembre 1904 : Fnquête sur la séparation de l'Église et de l'État ouverte au mois d'août 1904, par M. Henri Charriaut, rédacteur au Figaro.
Les résultats de cette enquête, aussi sérieuse qu'impartiale, ont été réunis par M. Henri Charriaut, en un très intéressant volume intitulé « Après la séparation ».
« La séparation de l'Eglise et ée l'Etat, dans les conditions actuelles de notre politique, ne peut être qu'un divorce prononcé par l'Etat, à Son profit et contre l'Eglise.
« Ce divorce, fatal en lui-même, doit inévitablement aboutir, de la part des jacobins sectaires qui le réclament, à la persécution contre la religion déjà destituée d'une part importante de sa liberté par la -destruction des congrégations, et qu'ils achèveront de réduire en esclavage en soumettant ses [ministres à une législation draconienne.
« Le projet déposé par M. Briand au nom de la Commission et que M. Combes accepte comme « une excellente base de discussion », en offre la preuve évidente, notamment dans le titre relatif à la police des cultes qui organise en fait la mise en surveillance du clergé catholique.
« La conséquence certaine de cette révolution dans les institutions et les mœurs du pays sera la guerre religieuse établie dans la plupart des communes de France, entre ceux qui, avec l'appui de l'administration, se donneront pour mission de l'entraver.
« Il est impossible que cette situation échappe à ceux qui voudront se rendre un compte exact de la réalité.
« Que l'Eglise, dans son inépuisable activité, trouve les moyens de résister à cette persécution, qu'elle en sorte finalement victorieuse, qu'après bien des épreuves pour elle et pour la France, un gouvernement réparateur soit amené,
par la force des choses, à conclure un nouvel accord entre l'Etat et la Papauté, c'est ce qui ne peut faire de doute pour aucun homme politique vraiment digne de ce nom.
« C'est pourquoi les catholiques doivent, à mon avis, envisager l'avenir qui se prépare avec fermeté, et, pour y faire face, se tenir d'avance prêts à tous les sacrifices.
« Mais qu'en elle-même, comme semblent le croire un certain nombre d'entre eux, la séparation soit un bien, à cause du mirage de liberté qu'elle fait apparaître, c'est une illusion qu'il me paraît très nécessaire de dissiper. Si ces quelques lignes pouvaient y contribuer, je m'en féliciterais vivement. »