Voir son portrait, par Dupré
VEILLE D ÉxMELTE 3
séminaire des Dominicains, où il avait été élevé par charité, et que, depuis sa sorlie du cloître, il avait couru le monde comme voyageur de commerce. Sur la recommandation de Robespierre, Chalier s'était abouché avec les révolutionnaires lyonnais les plus exaltés. Grâce à leur appui, il avait obtenu la présidence du tribunal de district en même temps que celle du Club des Jacobins. L'ancien religieux terrorisait Lyon par les arrestations les plus arbitraires d'habitants honorables pour lesquels il réclamait la guillotine sans délai. En réalité, cVtait un fou sinistre et dangereux.
A côté de ce hideux personnage, se pressaient ses amis, ses confidents, ses clients : Riard de Beauvernois ^ chef de légion, empanaché comme un tambour-major, et qui portait sur son visage tous les stigmates du vice, gentilhomme déshonoré, qui depuis longtemps ne fréquentait que des agents de désordre ou des compagnons de débauche; le négociant Bertrand, maire de la ville, nature utopiste et vaniteuse*, Hidins"* et Dodieu, deux policiers déguisés en magistrats, Tun sous le titre de commissaire national, l'autre sous celui de directeur du Jury criminel. Plusieurs membres de la municipalité ou du Club des Jacobins leur faisaient cortège ; quelques-uns obéissaient h la passion révolutionnaire, d'autres craignaient d*être dénoncés comme suspects et n*étaient pas les moins ardents; tous prodiguaient à la foule des encouragements à la violence. Ils annom^aient l'arrivée prochaine à Lyon d'une armée « révolutionnaire », dont
1. Riard de Beauvernois avait haranj^ué les voluntaires marseillais qui rentraient dans leur pays, après la journée du 10 août et la prise des Tuileries, « les invitant à semer leur courage et leur énergie dans le cœur des timides Lyonnais ».
2. Bertrand, candidat à la Mairie, avait laissé arr^'ter et jeter en prison son concurrent Gilihert, également docteur en médecine et candidat des modérés.
3. La femme d'Hidins avait été compromise dans une afTaire de chantage et emprisonnée penrlant quelque temps. (Cf. Morin, Histoire <ie Lyon depuis la tltrpolution, t. Il, p. 317.)
4 l/lNSURRECTION DK LYON EN 1793
rentrctien serait h la charge des citoyens « reconnus opulents » ; aucun décret de la Convention n'avait encore confirmé cette mesure odieusement vexatoire *.
On s'étonnait de ne pas voir les deux représentants du peuple en mission, Niocheet Gauthier, qui s'obstinaient à rester enfermés dans leur appartement de l'hôtel de Milan. Les deux conventionnels étaient arrivés, depuis la veille, de Chambéry, sur l'appel de Chalier et de ses amis qu'inquiétaient les velléités de résistance de la population modérée. Us avaient été suivis, à quelques heures d'intervalle, de deux bataillons d'infanterie détachés de l'armée des Alpes ; on attendait d'heure en heure un escadron de dragons. Ni Gauthier, ni Nioche n'étaient des hommes de résolution : ils personnifiaient bien ces parlementaires toujours troublés devant les agitations de la rue, toujours obéissants devant les menaces de la démagogie. Après avoir promis aux Jacobins leur concours sans réserve, ils avaient constaté avec inquiétude l'abstention du directoire du département. Aussi lorsque, dès leur arrivée, les députés des sections de la ville étaient venus exposer leurs justes griefs et réclamer la révocation de la municipalité'*, les membres de la Convention en mission, hésitants et apeurés, avaient voulu gagner du temps en exigeant la rédaction d'une requête longuement motivée ^ rappelant les origines du conflit qu'ils, connaissaient fort
1. Le 5 mai 1793, vingl-lrois jours avant les scènes que nous décrivons, les corps administratifs (municipalité, district et département ; en réalité, la municipalité était omnipotente) avaient proclamé exécutoire l'arrêté qui fixait l'elfectif de l'armée révolutionnaire à 5 000 hommes pour le département. Le 14 mai, rcffectif est porté à 6.400 hommes, et l'emprunt foreé fixé à 6 millions.
2. Dans les premiers jours de mai, les représentants Dubois-Crancé, Albitte, Nioche et Gauthier, se rendant à l'armée des Alpes, et de passage à Lyon, avaient sanctionné de leur propre autorité, les mesures vexatoires de la municipalité.
3. Pn^cis (les événements arrivés à Lf/nn le 29 mai 1793, pour servir de première répojise à la dénonciation portée par les sections de cette ville contre les citoyens (iauthier et Sioche, représentants du peuple français^ envoyés près l'armée des Alpes, imprimés à la suite de VHisloire de la Hévolution de Lyon, par Guerre.