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bien. Leur pusillanimité ne devait d'ailleurs servir qu'à précipiter le dénouement.
Dans les rues qui avoisinaienl l'Hôtel de Ville, les sympathies jacobines se manifestaient bruyamment. C'est ainsi que la section de FEgalité (ancienne section des Terreaux) se déclarait, par Tenvoi de ses députations ou le vole de nombreuses adresses, entièrement dévouée à la municipalilé. La Grande-Côte et Saint-Vincent prodiguaient aussi les mêmes formules de dévouement, mais la plupart des sections s'étaient refusées à ces manifestations. Porte-Froc (ancien quartier Saint-Jean) et la section Rousseau affichaient ouvertement leurs sentiments hostiles ^ Il en était de même sous des apparences un peu
1. Voici la résolution qu'avait votéo la section du Pori-du-Templo, dix jours auparavant : « Ce jourd'hui, 19 mai 1793, l'an II de la République, les citoyens de la section du Temple, assemblés sous la présidence du plus ancien d'âge, en conformité de la convocation faite le 12 de ce mois, Considérant : !• qu'aucune loi ne défend aux citoyens de s'établir en assemblée de section permanente, qu'au contrains il paraît, par l'article H «le la loi du 2 mars dernier, que les sections doivent être permanentes, puisque la discussion qui pourrait survenir au sujet des déclarations faites par devant les commissaires surveillants doit être renvoyée pardevant elles pour y élre statué définitivement; — 2" que le seul moyen et le plus efficace pour ramener l'ordre qui paraît être troublé dans cotte ville depuis quelques mois, est la permanence des sections, parce que c'est là que les citoyens exercent pleinement leurs droits, et (|u'ils peuvent s'éclairer et se secourir mutuellement : — 3° que la permanence des sections est le seul moyen de prévenir le retour de tout acte arbitraire, et que la liberté, l'égalité et la résistance à l'oppression sont des droits naturels et se trouvent consacrés par la Convention dans sa déclaration des droits de l'homme ; 4* enfin que les villes où les sections sont periiianenles sont celles qui jouissent de la plus grande liberté, telles que les villes de Bordeaux et de Marseille.
« Ont arrêté, à la majorité de cent une voix contre dix, de se déclarer en permanence, et que copie du présent arn'té sera C(>nnnuniquée aux corps administratifs et aux autres sections delà commune de Lyon. »
Signé : Heynard, secrétaire prcvisaire.
Neuf jours après, le 28 mai, la section Rousseau émettait le voni «de réquérir sur le champ la force armée dans tous les bataillons sans distinction, et pour rester en permanence sur leur place d'armes de nuit et de jour, jusqu'à ce que le citoyen Chalicr* ait été arrêté, remis entre les mains des tribunaux, et que la vie des citoyens de toute cette ville et du déparlement fut définitivement assurée par la découverte du parti désorganisaleur
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plus calmes dans les sections de la place Neuve, de la Fédération (place Bel lecour;, Port-da-TempIe,Saint-Nizier, de la Liberté (quartier du Plâtre), Saint-Georges, de la rueNeuve,de la rue Buisson, Guillaume-Tell, Saint-Pierre, du Griffon, de la Juivcrie, Brutus (quartier de la Pêcherie), de la rue Tupin et enfin de la Croisette, le quartier le plus pauvre de Lyon où Ton affirmait que la cause royaliste comptait de nombreux partisans.
C'était la préoccupation constante des Jacobins- cette immixtion lcnte,occulte, presque souterraine des royalistes, qui depuis plusieurs mois affluaient à Lyon, ayant échappé aux limiers du Comité de Salut public, venant de la Bourgogne, du Bourbonnais ou de TAuvergne, des déparlements du Midi et des ochaufTourées sanglantes du camp de Jalès ou encore de Témigration* , le pain de l'étranger leur y semblait trop amer!...
Parfois ils étaient arrivés seuls, le plus souvent avec leurs familles, modestement, pauvrement, avec des noms d'emprunt et des vêtements de misère usés sur les grandes routes, déchirés dans d'infimes cachettes. Ceux qui portaient les haillons de Tinfortune et de la proscription ne voulaient pas quand môme renoncer à la Patrie et ils goûtaient la dangereuse jouissance de fouler son sol.
A Lyon, ces fugitifs trouvaient à se cacher- dans d'humbles asiles, maisons d'ouvriers à la Croix-Rousse ^
dont (Uiallier est Téiiiissaire dans cette ville. » (Procès-verhaf rie lu seclion Houtiseau, du 28 mai au soir 1793 ; — pièce justificative n' CXVI, Histoire de la Révolution de Lyon).
1. Déjà en WM, à la date du 27 mai, Ilidins écrivait à Roland, ministre (le l'intérieur, en se plaignant des idées rétrogrades de la population lyonnaise. Les nobles de l'Auvergne et du Dauphiné y affluaient. {Archives nationales^ KiG.ui**.)
2. Dans sa remarquable élude qui a paru dans le Correspondant en 1861 sous le titre le Sièf/e de Lyon ew 171)3, le comte do Poncins indique que «les royalistes sélaienl glissés dans Lyon, pour observer et presser le mouvement.» {Correspondant^ t. XVI, p. 94.)
3. Manpiis Costa de Deaurcgard, /e Homan d'un royaliste sous la Uévolntion, souvenirs du comte de Virieu, I*nris, IMon.
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cabanes de jardiniers à la colline de Fourvières, masures des quais, et encore partout fallait-il redouter les visites domiciliaires, si fréquentes surtout la nuit* et qui enserraient les quartiers suspects dans un lacet de sentinelles fournies par Técume des faubourgs.
Aussi, pour y échapper, en se niôlant au peuple dont ils s'efforçaient de prendre le costume, le Ion et les allures, beaucoup s'étaient-ils réfugiés dans le bourg Saint-Irénée et le faubourg Saint-Just, pauvres quartiers où pénétraient constamment les paysans dos environs pour y vendre leurs denrées. Quand ils « descendaient » à Lyon, perdus dans la foule, les royalistes se retrouvaient, échangeaient quelques mots d espérance, car leurs espoirs restaient tenaces*, lisse savaient nombreux, résolus, et faisaient adroitement circuler les nouvelles favorables, telles que l'insurrection de Marseille contre les Jacobins dans la dernière semaine d avril.
Les défenseurs de la monarchie avaient un centre de réunion qui semblait devoir ôtre tout spécialement surveillé et qui avait cependant échappé aux terribles perquisitions de la municipalité. Ce centre de .conciliabules n'était autre qu'un riche hôtel de la place Bellecour,
1. Alexandrine «les Echerolles, Une famille n oh te sous la Terreur, publ. I>ar Bené de Lespinasse. Paris, Pion, 1900.
2. Quelques-uns avaient pris part à la Conspiration dite du Salon français à la fin de l'année 1700. Il avait été question de sauver le roi et d'établir momentanément à Lyon le siège du Gouvernement. Pour prépai'or cette tentative, le prince de Coudé, tl'accord avec le comte d'Artois, avait envoyé plusieurs des officiers de sa petite armée : MM. des Cars, d'Egrigny, Mac Cartby et Terrasse de Tessonnet, pour s'aboucher avec M. Le Filleul de la Chapelle, maréchal de camp, qui commandait des rassemblements de troupes à jieu de distance de Lyon, et que Ton savait entièrement dévoué à la cause royaliste. Grâce à cet officier général et à M. de Tessonnet, aide de camp du prince de Condé, le com])lot fut admirablement préparé. Plus de cent gentilshommes d'Auvergne, et deux cent ciu(iuante officiers de la région y avaient adhéré ; on croyait aussi pouvoir compter sur Tadhésion des troupes. La vénalité d'un agent subalterne fit échouer le ))rojet avant qu'il n'eût reçu même un commen(-euu*nt d'exécution ; les principaux conjurés furentarrètés et conduits à Paris, sauf le général de la ChapeUc qui fut seulement destitué. L'amnistie de 1191 leur reu<lit la liherté. Voir ces détails aux Archiies nationales, carton DXMX'.y
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appartenant à un vieux gentilhomme, reslé plein de verdeur et d'énergie, le baron de Savaron de Chamousset', et chez lequel se réunissaient « pour la bonne cause », des officiers révoqués ou démissionnaires, d'anciens magistrats, de riches bourgeois-. Par une singulière coïncidence, la plupart étaient d'anciens élèves du collège de Juillv, le célèbre établissement des Pères de l'Oratoire oii les meilleures familles de la région lyonnaise faisaient élever leurs enfants avant la Révolution.
Parmi les commensaux ordinaires de Thôtel de Savaron, les plus résolus à Taction, les plus impatients étaient ceux qui avaient appartenu à la vieille armée : Agniel de Chèneletle, ex-iieutenant-colonel d'artillerie, l'un des officiers les plus distingués de cette arme'^ qui, en dépit des dénonciations, continuait à habiter son hôtel de la place Grollier, les frères Leviste de Briandas, l'un ancien capitaine d'artillerie, Tautre ex-capitaine d'infanterie, plus modestement logés rue Sainte-Hélène, le chevalier de Fontaine de Bonnerive, qui avait servi aux gardes du corps et habitait le plus souvent un petit appartement de la rue Belle-Cordière.
Ils se rencontraient aux conciliabules de Thotel avec un parent de M. de (^hénelette, le marquis de Chùteauvieux, que pourchassaient jusqu'alors sans succès les agents d'Hidins, le commissaire national, et avec d'autres
1. Jean-Pierro-Guillaume de Savaron, baron de Chamousset, était alors septuagénaire.
2. La plupart des détails que nous donnons sur le groupement des royalistes à Lyon, sont empruntés à un article do la Revue du Lf/onnais, du mois d'octobre 1901, les Jullaciens au siège de Lyon, par E. Bonnardel. Cette étude s«'!rieusement documentée est d'un très vif intérêt.
3. Jean-Baptiste Agniel de Chènelette, appartenait à ime vieille famille d'origine lyonnaise. H était né à Lyon, le 22 mai 1739. Sa carrière militaire avait été des mieux remplies ; il s'était retiré du servie*' le !•' juin 1791, avec le grade de lieutenant-colonel et la croix de Saint-Louis, Gomme capitaine rapporteur devant un conseil de guerre, il avait pu faire acquitter un officier injustement accusé de dilapidation en qualité de quartier-maître trésorier. Cette alTaire avait eu un grand retentissement dans le corps de l'artillerie, elle valut à M. de Chênelette les félicitations de M. dr Gribeauval. lieutenant-général et premier inspecteur du corps.
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officiers de Tancieiine armée qui par sAretd changeaLont presque constamment de domicile : Julien de Vinezac, autrefois lieutenant au régiment de Lorraine-infanterie, Giraud de Saint-Try, capitaine aux dragons de Noailles, le marquis de Forbin, ancien capitaine aux cuirassiers du Iloi, le baron de Meillonas, ancien colonel aux carabiniers, d'Assier de la (Ihassagne, ex-colonel au régiment de Chartres-cavalerie, le chevalier de la Roche-Négly, excapitaine à Royal- Auvergne, Joly Clerc de Belvé, ancien lieutenant d'infanterie, Gavot, sous-lieutenant à Koyal- Pologne-cavalerie, miraculeusement échappé au massacre des officiers dans la prison de Pierrescize, le 9 septembre 1792^, etc.
Tous manifestaient une grande déférence pour un officier général, originaire du Comtat-Venaissin, réfugié à Lyon et dont on connaissait les beaux services de» guerre en Allemagne et aux colonies, M. Cortasse de Sablonet, maréchal de camp. Agé de cinquante-sept ans, il avait conservé une grande vigueur physique et morale et se résignait difficilement à l'inaction. Le général partageait Tabri dune petite maison du quai de Saône, avec son gendre M. de P'ontet, ancien capitaine au régiment de Royal-Liégeois.
Deux hommes assistaient souvent à ces dangereuses réunions et sV faisaient remarquer par les projets aven-
1. Le 23 août 1792, le o" réj^iuient de cavalerie fRoyal-PoIogiu*). sr trouvait âv ])assage à Lyon. Sur une dénonciation sans fondement, la municipalité jacobine, d'accord avec le général commandant la division Charles de Uessp, véritable type de condoltiere révolutionnaire, fit arrêter neuf officiers de ce régiment, MM. de Menou, colonel, des Perrières, lieutenantcolonel, de Fortmanoir, Viney et de Foryet, <M|»itaines, Achard. lieutenant. narret Venot et Gavot, sous-lieutenants. On les emprisonna au château de Pierrescize.
Le 9 septembre, à la suite d'une fête populaire nu Champ-de-Mnrs, une bandf' d'assassins vint assaillir h; château, y pénétra malgré l.i résistance de cjnelques grena<iii'rs d»- garde et lessuppli<"ations d'une admirahh* jeune fille. M"' lleynault de Hellocize. «pu* ces misérables frappèrent à C(»ups de iiique. Tous les officiers furent massacrés, sauf M. <iavot, cpii fut sauvé par un fou. Le maire Vitet se numtra d'une indigne faiblesse. (Cf. le dossier aux Archives nallnmtles, V' 3*25.').
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tureux qu'ils exposaient avec une froide résolution. L'un (Hait un grand seigneur, le comte de Virieu*, ancien colonel du régiment de Limousin, qui avait présidé TAssemblée nationale'-'; Tautre était un simple bourgeois, un fabricant de soieries^, qui occupait de nombreux ouvriers dans ses ateliers du chemin Saint-Clair^. Il s'appelait Jean-Jacques Bouiay et jouissait de Festime générale. En dépit des accusations qu'avaient porties contre lui à plusieurs reprises les policiers de la municipalité, Boiilay était vice-président de sa section et chef de bataillon de la garde nationale.
Comme beaucoup d'anciens militaires, deux autres maréchaux de camp, plus âgés d'ailleurs que M. de Sablonet, habitaient Lyon, mais dans une telle retraite que leur existence passait inaperçue, ils s'appelaient le marquis de Crenolle et Giraud des Écherolles"^. Dans ces deux vieillards modestement vêtus, rien ne rappelait les généraux du Koi... et cependant Theure était proche où leurs mains débiles allaient une dernière fois faire sortir l'épée du fourreau.
Pondant celte journée du 28 juin, la municipalité sem-
1. Lamartine, dans son Histoire des (iirondifis, si merveilleusement écrite, mais malheureusement très inexacte sur bien des points, a tracé du comte de Virieu, un portrait lumineux : «D'un sanfç illustre, d'une caste proscrite, d'un culte persécuté, la guerre civile lui paraissait trois fois sainte ; comme aristocrate, comme monarchiste et comme chrétien. Militaire intrépide, orateur facile, politique adroit, il avait toutes les conditions d'un chef de parti. » [Uisloire des (iirondins, t. VU, p. 142.)
2. Virieu se cache tantôt sous le nom de Camille Pernon, tantôt sous celui de Paganucci ou de Bruysset. Il court la ville pour retrouver les chefs royalistes, qui, comme lui se dissimulaient. Le premier qu'il parvint à découvrir, fut Dominique Allier (du camp de Jalès;. Cf. Costa de Beauregïurd, le Roman d'un royaliste sous la liévolution^ souvenirs du comte de Virieu, p. 298.
3. E. Bonnardet, les Juliociens au siège de Lyon (extrait de la Hevue du Lyonnais, t. XXXll, numéros d'octobre i90l).
4. Ces ateliers furent un jour dénoncés comme une forteresse menaçante des muscadins. (Même auteur.)
o. Alexandrine des Echerolles, l' ne famille noble suui ta Terreur. Paris, Pion, 1890.
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blait avoir pris à tâche d'exaspérer les plus patients. Les bandes des Jacobins avaient assailli h leur sortie les membres des seclionsde Saint-Georges et de la rue Neuve, blessantgrièvement plusieurs citoyens. L'un d'eux, nommé Gauthier, de mœurs douces et d'excellente réputation, était tombé mortellement atteint et sa vieille mère, aiïolée de douleur en accompagnant son cadavre à l'hôpital, avait crié son désespoir avec des accents si touchants que les grenadiers de la section Rousseau, paisibles négociants pour la plupart, lui avaient juré de la venger. Sans cartouches pour leurs fusils, ils aiguisaient la lame de leurs sabres contre des bornes en pierre et voulaient marcher contre la municipalité. Leurs officiers eurent grand'peine à empêcher cette manœuvre imprudente, qui aurait comblé de joie les défenseurs de l'hôtel de ville, plus nombreux et mieux armés. Ceux-ci riaient de l'impuissance de leurs adversaires'.
Nul n'ignorait que les Jacobins préparaient de nouvelles mesures de proscription-, aussi les royalistes ne s'étaient-ils pas réunis à l'hôtel Savaron, ils avaient rôdé autour de leurs sections. La plupart serraient fiévreusement, sous leurs pauvres vêtements, les armes qu'ils pou-