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La municipalité prenait l'arrêté suivant

Au nom de la Loi suprême,

€ Les membres du Comité de Salut ])ubiic du département de Rli6ne-et- Loire, requièrent le commandant de l'arsenal de ne reconnaître aucune force armée, soit pour lui donner du secours, soit pour entrer de force dans ledit arsenal, ils le requièrent en outre, de faire agir sa troupe en cas de résistance, avec fermeté, et de concert avec le commandant de Tartillerie, pour repousser la force par la force.

A Lyon, le 28 mai iVXi.

« Behtkand. »

2. <t Réjouissez-vous, disait Chalier au Club des Jacobins, réjouissezvon«, braves sans-culottes, les trois cents létes que nous avnns marquées, ne nous manqueront pas aujourd'liui: all(»ns nous enqiarer des membres du département, des présidents et des secrétaires des sections ; formons-en un faisceau, mettons-les sous la guillotine, et lavons nos mains avec leur sang. »

12 l'insurrection de LYON EN 1793

vaient dissimuler : pistolets, sabres courts, couteaux de chasse ou poignards. Quelques-uns faisaient partie de la milice citoyenne et en avaient revêtu l'uniforme; Je fusil sur l'épaule, mais ta giberne dégarnie de cartouches, ils se rendaient à leurs sections ouvertes en permanence. Ceux qui pouvaient pénétrer dans la salle des séances entendaient à la tribune vanter la République et blâmer la municipalité. « La cité subissait le joug odieux des anarchistes les plus dangereux, mais le peuple allait intervenir sous la double direction des administrateurs du département et des délégués des sections, il fallait chasser ces fauteurs de désordre et ces spoliateurs des fortunes privées ^.. » Les orateurs se succédaient, soulevant sans cesse les applaudissements de leurs auditeurs.

Malgré Thoure avancée delà soirée, les salles de séance gardaient leur public anxieux et enfiévré. Toutefois les présidents des différentes sections, qui n'avaient cessé de communiquer entre eux par de nombreux émissaires, engagèrent les citoyens à prendre quelques heures de repos, leur affirmant qu'ils se trouveraient tous réunis pour la résistance aux premières heures de la matinée.

Les assistants se dispersèrent, traversant les rues peu ou point éclairées, avec un cliquetis d'armes, un bruit de paroles h demi étouffées où Ton sentait gronder d'âpres colères'-.

A la place des Terreaux, le silence et la solitude régnaient aussi. Les pièces de canon avaient été replacées dans la vaste cour de l'hôtel de ville « l'hôtel commun », selon la désignation officielle et les gardiens de cette

1. Vingt-six sections sur trente et une demandaient la permanence en armes dans leurs quartiers (Metzger et Vaësen» Documents imprimés: J.tfon en 1793, p. 10).

2. D'après M. Charléty. les représentants Nioche et Gauthier, avertis de la colère populaire, auraient écrit, dans cette même soirée du 28, au Comité de Salut public de Pari?, pnur ajourner le recouvrement de l'emprunt forcé de six millions sur les riclies. [Cf. Charléty. la Jtnivnve du 28 mat 1702 (Extrait de la liévolulion française^ numéro d'oclobre-novembre 1900, p. 418.])

VEILLE d'Émeute 13

artillerie de barricades dormaient maintenant du sommeil de Torgie.

Vingt-sept habitants de la ville de Lyon, représentant vingt-sept sections, qui protestent contre la municipalité, arrivent un peu avant une heure du matin à Fhôtel de Milan et exigent im entretien immédiat des conventionnels. Ils demandent aux représentants Nioche et Gauthier, de prononcer la déchéance de la municipalité et Téloigneraent des troupes. Les représentants déclarent ne pas les trouver suffisamment accrédités et refusent de leur donner satisfaction. Les délégués se retirent en affirmant qu'ils ne renouvelleront pas cette démarche '.

C'est la guerre, la municipalité la rendra d'ailleurs inévitable par de nouvelles provocations.

Vers deux heures du matin, quarante prisonniers sont amenés à Tédifice municipal par des gardes nationaux et des hommes en carmagnole -. On les entasse dans les caves, non sans les maltraiter ni les injurier ; ils faisaient partie d'une patrouille de la section Saint-Vincent qui a été surprise et cernée.

Au moment où se ferment sur ces infortunés les portes de leur malsaine prison, de vagues rumeurs, un bruissement mystérieux s'élèvent dans les rues qui avoisinent la place Bellecour. Bientôt des pas cadencés résonnent, des baïonnettes luisent dans l'obscurité. Sur la vaste esplanade d'où la Révolution a chassé la statue de Louis XIV, débouche une foule d'hommes armés, qui, dans leur hâte de combattre, ont devancé l'aube^. Parla

1. « Ils (les députés des sections) Ii<«(>ntune délibération qui intimait des ordres aux représentants du peuple^ ils déclarent qu'elle n'est pas signée et délibèrent par acclamations qu'ils n'en remettront point d'extraits aux représentants. » {l*récis tira èvvnoinenls arrivt^s à Lyon^ etc., /mr Siitchr ri Gaulhiei\ représentatifs liu peup/e.) Cf. aussi, Sebastien (Uiarléty, la Journée fin 29 mai 1793 (extrait de la Hévo/ufion framaise, numéros d'octobre et de novembre 1900).

2. « Quarante citoyens ont été airétés et emprisonnés à l'IlcMcl de Ville... » {Procès-verbal des événements^ etc. Dossiier du (lomité de Salut \\ub\\i\ Archives nationales, AF", 339-344. i3.}

3. « Toute la nuit du 28 au 29 se passa eu préparatifs de guerre », etc.

nuit de printemps, toute brillante d^étoiles, sous la brise qui fraîchit avant le lever du jour, les défenseurs de Tindépendance lyonnaise, renforcés de nombreux et discrets royalistes, vont passer silencieusement les dernières heures de la veillée des armes.

— Cf. Charléty, étude précitée. [Révolution française, numéro d'octobre 4900, ]). 419.) tDans la nuit du mardi au mercredi, les sections ont été assemblées, etc. » Goncbon au ministre de l'Intérieur. [Archives nationales AF i«, 339-344.43.) '

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