Id
143 L'i^rSLRRECTION DE LYON EN 1793
pagnes et tous les corps administratifs assistèrent au spectacle des Terreaux*.
Ni cette représentation aux prétentions de gala où les spectateurs enthousiastes rivalisèrent d'expansion civique avec les acteurs, ni les divertissements finissant en orgies grossières dans les rues et sur les places publiques par une chaude nuit d'été, ne devaient attendrir les implacables .ennemis de Lyon. Dubois-Crancé relisait avec une fiévreuse impatience ses contrôles de troupe et ses états de matériel d'artillerie.
Le 15 juillet, dans sa séance du matin, la Commission départementale acceptait la démission de Gilibert, comme président et nommait à sa place Rambaud, ancien ma> gistrat au siège présidial de Lyon, qui jouissait d'une excellente réputation.
La population parut se désintéresser de cette nomination, elle encombrait les abords du tribunal criminel pour assister aux débats de l'affaire Chalier.
Après six semaines de détention à la prison de Roanne, où il entendait proférer constamment des cris de mort et des malédictions contre lui, l'homme qui avait fait trembler tant d'honnêtes gens n'avait pas perdu l'espérance de recouvrir la liberté. Il se croyait protégé par les décrets de la Convention et n'avait manifesté aucnno reconnaissance en apprenant qu'un avoué au Tribunal civil, M. Moulin, membre de la section de Porte-Froc, avait accepté sa défense d'office. Il avait appris aussi avec la mr»rae inconscience qu'un de ses adversaires politiques, son ancien condisciple, Jean Chassagnon, avait rédigé et fait distribuer une supplique en sa faveur. Chassagnon cédait à une pensée généreuse et charitable, mais il avait composé, en guise de mémoire, un bizarre factum, qui ne pouvait être pris au sérieux.
Sous le titre Offrande à Challier ou Idées vraies et philo-
\. Uevue (Jtt I.yonnais, t. XVIII, p. 348.
l'arrivée de PRÉCY a LYON 143
sophiqkteSy tracées à la hâte et offertes A son défenseur officieux, par un homme libre et un ami des hommes i*auteur déclarait que Tancien proconsul n'avait été qu'un bouiïon inoffensif: o Ses singeries, ses feux follets, ses ricanements et ses contorsions ne m'ont rien offert de dangereux», et il accusait Gaillard et Hidins d'être les vrais coupables. Dans une péroraison presque burlesque, il adjurait les juges de lui faire grâce*.
Une foule représentant toutes les classes de la population encombrait la salle d'audience. Les débats commencèrent à six heures du matin, sous la présidence de M. Cozon, qui eut grand'peine à protéger contre les outrages de Tassistance, non seulement l'accusé, mais son défenseur d'office Tavoué Moulin, les jurés que Ton soupi^onnait lui être favorables et le seul témoin à décharge qui eût osé se présenter, nommé Bernascon'-.
Chalier entendit sans émotion apparente soixante témoins à charge, puis Bernascon dont la déposition fut fréquemment coupée par des huées. Après avoir rappelé les criminelles exaltations de Challier, le ministère public conclut à la peine de mort. Des applaudissements frénétiques soulignèrent la fin du réquisitoire. L'accusé comprit qu'il était perdu et sa contenance devint de l'accablement; il ne reprit un peu d'assurance que pendant la plaidoirie de son défenseur qui s'acquitta de sa tâche avec beaucoup de mérite et d'énergie, car il fut fréquemment insulté par l'auditoire, malgré les efforts du président. Chalier vou- Jnt prononcer lui-même quelques paroles, il déclara le tribunal incompétent, parce qu'il empiétait sur le Tribunal révolutionnaire de Paris, malgré les décrets de la Convention. Les ricanements des assistants couvrirent sa voix. Il termina en balbutiant, récusant le président
1. *< Hommes (iu 29 mai, vous ne fites rien avant cette époque. Le courage a «Jbauché vos âmes, c'est au caractère à les finir ! »
2. Cet tiomme courageux, «jni avait des opinions différentes de Chalier, tint à exposer au Tribunal criminel quelques faits qui lui semblaient à Tavantage de l'accusé.
144 l'insurrection de lyon en 1793
Cozon et l*accusateur public comme ses ennemis personnels .
La discussion des jurés, appelés à se prononcer sur douze chefs d'accusation* dura huit heures, ils le déclarèrent coupable sans aucune atténuation. En conséquence à quatre heures du matin, le président du tribunal criminel, assisté des citoyens Régnier, Maret et Pourret, prononça la condamnation à la peine de mort, avec exécution immédiate, sans recours en cassation.
En entendant Tarrôt, Chalier éclatant en injures, traita ses juges «de bourreaux et de monstres », et les menaça des terribles vengeances de ses amis, « sinon dans huit jours, mais dans deux mois probablement, quatre mois au plus'^ ».
Il demanda comme faveur de voir a son cher défenseur et sa vertueuse gouvernante », un ami et son confesseur. Satisfaction lui fut donnée pour ces différentes visites. Chalier, fidèle à ses rancunes, pria son défenseur de faire imprimer dans la semaine le plaidoyer qu'il avait prononcé, sa propre allocution à lui, Chalier, avec toutes ses notes d'audience, les noms des juges et des jurés qui avaient prononcé V arrêt de mort, dernière liste de proscription de ce sanguinaire énergumène.
Au moment de l'exécution, il fit preuve d'un réel courage. Dans cette m^me journée du 16 juillet, à six heures du soir une escorte de gendarmes alla le chercher à la prison de Roanne et le conduisit place des Terreaux où était dressée la guillotine ^ Pour y parvenir, il lui fallut longer le quai de la Baleine, traverser le pont
1. Tous ces chefs d'accusation étaient réunis dans celui-ci : « L'accusé est-il coupable d'être le principal auteur d'un complot tendant à égorger un grand nombre de citoyens '? »
2. Toutefois, se resaisissant un peu: « Vous me verrez aller à l'échafaud comme un jeune homme vigoureux va à la noce, mais cette bien courte jouissance sera pour vous la dernière. »
3. Voir pour tous ces détails que nous abrégeons, le récit de l'abbé Lasause, vicaire de la Métropole qui l'assista. Ce récit a été publié par Balleydier, t. I, p. 304-305. — Voir aussi Journal de Ly<m^ numéro du 17 juillet 1793.
l'arrivée de PRÉCY a LYON 145
de pierre et la place de THerberie, la rue Lanterne et la place de la Boucherie des Terreaux, devant une foule immense que contenaient 10.000 gardes nationaux. La maladresse du bourreau rendit le supplice une véritable torture* qui provoqua les justes protestations des spectateurs indignés.
Au moment où les autorités lyonnaises se faisaient rendre compte des divers incidents de la journée, un courrier de Paris entrait à THôtel de Ville, portant la communication d'un décret de la Convention rendu le 12 juillet'^, déclarant :
« Traître à la Patrie, Biroteau, ci-devant membre de la Convention nationale, Tun des chefs de la conspiration qui a éclaté à Lyon et a mis cette ville en état de rébellion contre la Bépublique, par le rassemblement qui a eu lieu sous le nom de Congrès départemental ;
« Destituant en outre et déclarant pareillement traîtres à la Patrie les administrateurs et officiers municipaux, et tous autres fonctionnaires publics, officiers civils et militaires du département de Bhùne-et-Loire qui ont convoqué ou soutTert le congrès départemental qui a eu lieu à Lyon, qui ont assisté ou participé aux délibérations qu'il a prises et à leur exécution. »
La Convention ne se bornait pas à cette excommunication majeure, elle prescrivait au Conseil exécutif dé faire marcher sans délai sur la ville de Lyon une force armée supérieure pour y rétablir V ordre (celui qui lui était cher), de faire respecter les personnes et les propriétés de faire mettre en liberté tous les citoyens arrêtés ou emprisonnés par les autorités lyonnaises, et de faire mettre en arrestation les dites autorités, dont les biens devraient être placés sous séquestre et confisqués, mesure de spoliation dont TAssemblée était coutumière.
Pour propager l'épouvante, le même décret ordonnait