Vaésen, p. 132, Documents impiitués
146 l'insurrection de lyon en 1793
aux citoyens non domiciliés régulièrement de quitter la ville dans un délai de trois jours, sous peine d'être traités eux-mêmes en conspirateurs.
Les représentants du peuple près Tarmée des Alpes, Dubois-Crancé et ses dociles collègues, avaient pleins pouvoirs pour appliquer à la population de Lyon toutes les mesures de vengeance qui leur agréeraient ^
Un second décret de la Convention en date du 14 juillet, dont les autorités lyonnaises n'avaient pas encore connaissance, enjoignait au général Kellermann d'obéir à toutes les réquisitions des représentants en mission à son armée'. Une communication du ministre de la Guerre au Comité de Salut public affirmait, ce qui était mexact, que les convois de subsistances militaires étaient arrêtés aux barrières de Lyon*^.
Depuis huit jours, sans attendre le décret de la Convention, Dubois-Crancé, abusant de ses pouvoirs discrétionnaires, enjoignait au général Kellermann de moins se préoccuper de la défense de la frontière que des moyens de réduire Lyon : « Vous êtes le général de la République, écrit avec son emphase habituelle Tancien lieutenant des maréchaux de France, vousne pouvez la voir avec indifférence se déchirer, nous disons plus, Tindifférence serait un crime ^! » Et loin de se prêter aux tentatives de négociations, le conventionnel ajoutait :
« La révolte contre la Convention et la persistance dans cette révolte sont évidemment manifestes et il n'y a plus lieu à aucun amendement. Cobourg même n'en eût
1. Paris, le 12 juillet 1193. Signé : Jean Bon, Saint-André, président; JuUien, François, Chabot, Dupuis, secrétaires.
2. Ai'ckives historiques de la Guerre : Armée des Alpes, juillet 1193. Signé : Jean Bon, Saint-André, Levasseur, Lindet, Billaud-Varenne.
3. D'après un rapport de l'ordonnateur militaire de la 19* division militaire.
4. Grenoble, 8 juillet 1193. Archives historiques de la Guerre : Armée des Alpes, i\ïi\\el {19'S. Les représentants du peuple près l'année des Alpes au f?énéral Kellormann. Toutefois la lettre est signée du seul Dubois- Crancé.
l'arrivée de PRÉCY a LYON 147
pas tant fait, car il n'aurait pas retenu un trompette à son ennemi » et plus loin : « c'est Goblentz du Midi * ! »
Dubois-Crancé prescrivait donc au générai en chef de l'armée des Alpes de dégarnir la frontière « pour étouffer le germe de cette nouvelle guerre de Vendée 2, et d'envoyer contre la ville de Lyon deux corps de cavalerie et, 19 bataillons, dont 6 « au pont Mourant » (lire au pont Morand) avec des mortiers et du canon, et treize bataillons à la Croix-Rousse, avec la cavalerie et les gardes nationales de Tlsère qui pourraient être réquisitionnées'' ».
Kellermann, en brave soldat et en vrai patriote, considérait que le péril était du côté de l'étranger, les colonnes piémontaises et autrichiennes pouvant déboucher d'un moment à l'autre ; en conséquence, il répondit par écrit que son devoir était de surveiller toute la frontière, depuis Genève jusqu'à Barcelonnette ^, et qu'il ne pouvait détacher de son armée que six bataillons'', en y joigAant la légion des Allobroges. Le général, toujours respectueux de l'autorité civile, déclarait d'ailleurs, qu'il partageait l'indignation du citoyen représentant sur la conduite des Lyonnais et qu'il était prêt à agir contre eux dès que le Conseil exécutif et un décret de la Convention lui auraient donné l'ordre qui le déchargerait de la responsabilité des frontières ^. Toute cette correspondance s'échangeait à Grenoble.
Fidèle à ses habitudes de prudence qui ne devaient pas le protéger contre la destitution et la prison, le commandant de l'armée des Alpes rendait compte directement h