‹ Contre la terreurChapitre 129 sur 400 · L INITIATIVE DU NOUVEAU GÉNÉRAI · texte numérisé non relu

L INITIATIVE DU NOUVEAU GÉNÉRAI

Tavis des sections qui délibérèrent en secret et refusèrent de consentir à la demande de Précy.

Le titre d^ancien « émigré» paraissait aux républicains des sections une tare indélébile ^ Le général de Précy n*osa pas passer outre, mais dès lors il s'abstint le plus souvent de demander à la Commission ou à la municipalité, la ratification des nominations militaires qu'il faisait, engageant les anciens émign^s employés dans son état-major ou dans les troupes à dissimuler leur émigration.

Pour éviter qu'on ne découvrit ce dangereux secret, beaucoup cachèrent leurs véritables noms. Quelques-uns même se fabriquèrent un faux état-civil avec la complaisance des employés dos bureaux de district ou s'abritèrent derrière un passeport plus ou moins maculé, gratté, surchargé. D'autres se bornèrent à donner dans les sections un nom patronymique oublié, un nom de baptême, parfois même quelque nom d'invention. Douloureuse époque où les opprimés ne pouvaient former entre eux, sans recourir h une humiliante dissimulation, larméc de la résistance !

Qu'avaient-ils donc à se reprocher ? Pour la plupart l'émigration avait été imposée par l'obligation de sauver leur existence ou celle de leur famille. Que de misères, que de dangers, que d'affronts n'avaient-ils pas supportés déjà sur le sol de l'étranger toujours hostile ! Et quand ils revenaient sur la terre de la Patrie, attirés par les protestations d'autres opprimés, il leur fallait encore cacher ce qu'ils avaient fait, ce qu'ils étaient...

Depuis un demi-siècle, pour la dignité de leur mémoire,

1. « Pourquoi n*employa-t-il pas MM. de Saint-Julien? Parce que tout se faisait d'accord avec rautorité civile, et que le temps n'était pas encore arrivé d'agir iiiditrêremment. Pourquoi la Commission fit-elle délibérer les sections dans celte circonstance ? Parce qu'elle n'osait pas s'opposer ouvertement aux désirs du général, et parce que, s'agissant d'émigrés, elle voulait annoncer publiquement que nous n'avions pas de ces braves parmi nous. » (Vallès, Réflexions historiques^ p. 26.)

les masques sont tombées et les vrais noms de ces intrépides défenseurs de Lyon, de ces officiers instruits et énergiques ont été presque tous recueillis par l'Histoire.

La Commission départementale subissait d'ailleurs toutes les fluctuations, toutes les divisions d'une Convention au petit pied. M. de Gueriot de Rué, le brave officier chef du service de Tartillerie à l'Arsenal de Lyon, au moment de la bataille des rues, et qui jouissait de l'estime générale, venait de recevoir, par un émissaire de Dubois-Crancé l'ordre de rallier le quartier-général de l'armée des Alpes et de se mettre à la disposition du général Kellermann. Après beaucoup d'hésitations, les corps administratifs ne firent aucune démarche pour le retenir.

Un autre officier d'artillerie, le chef de bataillon Gaffendi, commandant du détachement des canonniers de ligne en garnison à Lyon, demanda à la Commission départementale l'autorisation de se rendre h l'armée d'Italie où l'appelaient les ordres du Ministre de la Guerre.

Contrairement à ce qui s'était passé pour Gueriot, cette demande fut mal accueillie, des membres du Comité de sûreté accusèrent Gaffendi d'avoir fait sortir une quantité énorme de sabres, 2.000, affirmait-on K Gaiïendi interrogé ne nia pas mais déclara qu'il avait obéi h un ordre de la Commission signé Marduel. Cette raison ne parut pas suffisante, on prononça un blâme contre Marduel pour avoir outrepassé ses droits, mais il ne fut l'objet d'aucune mesure de rigueur tandis que Gaffendi fut arrêté et enfermé au château de Picrrescize. Un juge de paix- vint perquisitionner chez le chef de bataillon, il n'y trouva que quelques pièces de correspondance officielle avec les représentants en mission à l'armée des Alpes et avec le ministre Bouchottea.

i. Journal de Lyon, numéro du mardi 23 juillet 1793.

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