Jouimal de Lyon y même numéro
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affecta de ne pluspreadre part anx séances de la Commission départementale. Son collègue Cbasset imita son exemple. Les amis de Lanjuinais, de Vergniaud, de Roland et de tant d*antres Girondins proscrits estimèrent sans doute que Lyon manquait à son deroir, comme à ses ▼éritables intérêts^ en restant isolé au milieu des départements fédérés, de TOuest, du Sud-Ouest et du Sud-Est. Leurs ennemis savaient mieux s unir et se concerter. Après Robespierre. et la Montagne, Danton et les Cordeliers se déclaraient contre les événements du 29 mai.
Une lettre adressée à Dubois-Crancé, et attribuée à rhomme qui fut le complice de Marat dans les massacres de septembre ^ ne laisse aucun doute sur les sentiments de Danton.
Paru, 21 juUlet 1793.
Cher collègue,
La fameuse journée da 10 août s'approche, il est temps e^fin de frapper le grand coup ! 11 faut que la sainte Montagne triomphe. N'épargne rien, je t'en conjure, tu sais que le département du Rhône-et-Loire, et notamment la ville de Lyon, qui est des plus importantes par sa richesse et sa population, entre pour beaucoup dans le grand et fameux projet dont tu as une parfaite connaissance. Emploie-donc les plus grandes mesures, que difr-je, toutes les forces qui sont en ton pouvoir pour asservir les Lyonnais rebelles, dussions-nous même abandonner le Mont Blanc au tyran sarde. Peu nous importe! les Savoisiens furent-ils tous enchaînés deux à deux, point de considérations, plus de demi-mesures, il est temps que nous régnions.
11 faut cerner de toutes parts la ville de Lyon, lui ôter tous les moyens de subsistances. Que les citoyens orgueilleux de cette ville rebelle, ainsi que de toutes les villes quelconques tombent enfin à nos pieds.
Si contre mon attente, tu ne pouvais réduire cette superbe et orgueilleuse ville par la famine, il faudra pour lors l'assiéger
i. Cette lettre a été trouvée à Grenoble dans un portefeuille que Dubois- Crancé a perdu au moment de son départ. Elle figure aux Archives historiques de In Guerre, sans que son authenticité soit affirmée, mais sans qu'elle soit contestée.
sans miséricorde et même, s'il le faut, la réduire en cendres.
Si les cultivateurs crient, demandent où ils iront vendre leurs denrées, dis-leur qu'ils aillent à Constantinople s'ils le veulent.
DistrilMie à force des assignats, ne les compte pas, tout se trouvera à la (In.
En attendant que ce programme s'exécutât, Kellermann. harcelé par les représentants impatients de représailles, rendait compte au Comité du Salut public et au Ministre de la Guerre de Tinsuffisance de ses ressources, « Pour soumettre la ville de Lyon rebelle à la loi », le commandant de Tarméo des Alpes déclarait qu'il lui fallait au moins 16 bataillons d'infanterie, dont 12 prêts à marcher et 4 en réserve et qu'il joindrait aux 7 à 8.000 gardes nationaux à requérir et 5 escadrons de c^ivalerie. Quant à l'artillerie, les attelages manquaient absolument et il lui faudrait 400 chevaux de trait '. Le général s'efforçait de rassembler tous les bateaux que l'on trouverait sur le Rhône, audessus de Lyon, afin d'établir un pont de communicaiioB entre les deux attaques qu'il méditait Tune « sur le front du fleuve, l'autre à la Croix-Rousse - ».
Dans le désir d'éviter l'effusion du sang, Kellermann adresse une sommation aux autorités lyonnaises qu'il désigne sous la périphrase de « citoyens qui régissent dans ce moment le département de Rhône-et-Loire ».Eja leur accusant réception des deux lettres que ces autorités lui avaient adressées, il leur donnait communication des décrets de la Convention « qui lui ordonnent d'agir comme chef de la force armée » et il ajoutait :
J'ai juré obéissance entière à la Convention et je m*apprètc à remplir mon serment ; ses décrets à la main, je marche sur Lyon dans le plus court délai possible.
1. Cependant, il ne devait y avoir qu'un canon par bataillon.
2. Archives historiffues de la Guerre : Armée des /l(;)e«, juillet 1793. Les deux lettres de Kellermann sont datées de Grenoble, ^3 juill(5t 1793.
Puissent ses habitants par une prompte soumission aux représentants du Souverain, conjurer l'orage que je vais diriger sur leurs tètes au nom de la loi \
On voit que l'ex-maréchal de camp de l'armée royale parlait encore de « Souverain », et c'était en effet un souverain terriblement despote que la Convention, au lendemain de la chute de la Gironde. Avant que la sommation de l'omnipotente assemblée ne parvint à Lyon, la commission départementale, lui envoyait une nouvelle protestation « du pur et vertueux républicanisme de Lyon, etc., » courte et concise d'ailleurs et affirmant que la Commission populaire, républicaine et de Salut public du département de Rhône-et-Loire tenait ses pouvoirs du peuple, que ce môme peuple l'avait chargé de prendre des mesures de sûreté générale, qu'en conséquence, le dimanche 28 juillet les citoyens de Rhône-et-Loire, réunis en assemblée primaire, examineraient le projet de Constitution, délibéreraient et se prononceraient sur la conduite de ses mandataires qui, jusque-là resteraient fermes à leur poste*.
Dans une seconde lettre datée du même jour, les membres de la commission départementale écrivaient à Kellermann qu'ils renvoyaient à Tarmée des Alpes une compagnie d'artillerie et un escadron de dragons. Quoique la première fut utile à l'Arsenal de Lyon et que l'escadron de cavalerie eut protégé avantageusement la translation de magasins considérables d'approvisionnements, « convaincus, disaient-ils^,que le service des frontières exigeait impérieu-
1. Archives historiques de la GueiTe: Année de Lyon. Le général d'armée des Alpes et d'Italie aux citoyens qui régissent en ce moment dans le département de Rhône-et-Loire.
2. Archives historiques de la Guerre : Armée des Alpes, juillet 1193. La plupart des pièces que nous citons comme provenant de cette source, sout des copies certifiées par Kellermann. La lettre résumée plus haut porte la date de Lyon, le 24 juillet 1193 ; elle est signée par les membres de la Commission : Rambaud, président; Figurey et Prost, secrétaires.
3. Archives historiques de la Guerre: Armée des Alpes, juillet 1793. Lettre du 24 juillet, certifiée par Kellermann.
sèment leur départ de cette ville». La commission départementale voulait évidemment donner à Kellermann la preuve de ses sentiments patriotiques ; on ne saurait trop l'en féliciter, mais il convient d'ajouter que les deux détachements, après avoir montré beaucoup d'indifférence pour les événements qui avaient agité Lyon si profondément, manifestaient maintenant des dispositions toutes favorables à la Convention. L'influence des agents de Dubois-Crancé se faisait encore sentir et Précy avait été d'avis de ne pas garder dans la place des troupes aussi peu silres *.
Dans la môme journée du 24 juillet, les membres du conseil général du département se réunirent aux administrateurs des districts de Lyon, plusieurs orateurs, notamment Angelot, président du district et Châtelain membre de la môme administration, prolestèrent longuement contre les accusations dirigées contre Lyon : contrerévolution, fédéralisme, royalisme ! On y rappela que la journée du 29 mai n'avait eu pour objet que de réprimer les meurtres, pillages, arrestations arbitraires et de rétablir l'union et la tranquillité publique. I/ordre du jour, voté à l'unanimité, déclarait que les citoyens de Lyon « n'avaient jamais entendus établir aucun fédéralisme, qu'ils regardaient la Convention nationale comme le seul point central et de ralliement de tous les citoyens français et républicains, que les décrets émanés d'elle, concernant l'intérêt général de la Hépublique, devaient être exécutés, mais que, voulant maintenir dans le département l'ordre public, le règne des lois, le respect des personnes et des propriétés, la vraie liberté, ils résisteraient à toute oppression- ».
Cette déclaration fut aussi tc)t imprimée, affichée.
i. Morin (dans son JJislnlre Je Li/mi^ t. III, p. 120) mentionne l'atlitudc hosUle des dragons et des canonniers de ligne à la ft' te fédéralive du 14 juillet. D'après cet historien, leur départ s'imposait.
2. Archives histori(fues de la (Utene : Armée fies Aipes, juillet 1793.
envoyée à la Convention, aux armées et dans tous les départements ^
Les représentants Biroteau et Cfaasset, opposés au président Rambaud qu1ls suspectaient de sympathies royalistes, avaient quitté Lyon secrètement pour se rendre dans le Sud-Ouest. Les partisans qu'ils comptaient dans la Commission affectèrent d'attacher une grande importance à cette disparition, on alla même jusqu'à faire courir le bruit que des officiers de Tétat-major de Précy, « hostiles aux Girondins comme à tous les républicains », les avaient fait assassiner.
Une autre cause de discussion se produisit ; plusieurs administrateurs du département, parmi lesquels Gilibert, Tancien président de la Commission, rédigèrent une rétractation des actes auxquels ils avaient pris part, et ils remirent ce désaveu à deux représentants Rouyer et founel, soi-disant réfugiés girondins, mais dont on s'expliquait mal l'attitude équivoque à Lyon. En réalité ces derniers agissaient pour le Comité de Salut public^.
Cette démarche et surtout la reconnaissance de la Convenliou par la municipalité et les districts de Lyon et de la campagne, furent dénoncés à la Commission départementale qui se constitua en comité secret. Dans la nuit du 26 au 27 juillet, elle adressa une proclamation aux sections. Son attitude conciliante vis-à-vis des représentants y était rappelée en même temps que les mesures de protection pour les personnes et les propriétés. La Commission départementale s'étonnait d'avoir vu les corps administratifs devancer ses décisions en reconnaissant la Convention; elle la reconnaissait à son tour « comme le point central de la République une et indivisible ».
Après avoir affirmé son pur républicanisme en même
1. Arc/lires historiques de la (iuerre : Année des Alpes, juillet 1193.
2. En voici la preuve : « Nous avons donc profilé des égards et des attentions du peuple de Lyon pour y paraître sensibles et capter sa confiance. » Brunel et Itouyer à I)ubois-Cranci'.20 juillet i7«)3. (Archives historiques (le la (iuerre: Anuée des Alpes , juillet iVJ'S.
temps que son amour du calme et de la tranquillité, la Commission formulait une réserve : Le département ayant été calomnié sur les principes qui avaient dirigé ses commissaires el étant encore opprimé sous le poids des décrets de la Convention surpris par de faux rapports, restera, conformément à la loi en état de résistance à l'oppression jusqu'au moment où la Convention rapportera les décrets qu'elle a rendus contre le département et la ville de Lyon. La proclamation se terminait ainsi :
Si la Convention nationale ne s'élève pas aa-dessus des questions qu*excitent les crises révolutionnaires, si les vociférations da mensonge étouiTent le ci:i de la vérité, s'il n'est plus permis à la vertu de se qualifier du saint nom de patriotisme, si les amis de Tordre, usant du droit sacré de la résistance à l'oppression, doivent être voués à la mort pour vous, fraction du souverain réunie en ce moment dans vos assemblées populaires, prononcez sur nos opérations, avisez au moyen de sauver la Patrie * .
Un incident fort grave s'était produit pendant la rédaction de cette proclamation. Quatre compagnies des bataiU Icms de la Grande Cote avant manifesté une insubordination constante avaient été désarmées, les compagnies de grenadiers et de chasseurs de ces bataillons envoyèrent des délégués à la Commission départementale pour déclarer « qu'ils déposeraient leurs armes en masse si Ton ne restituait celles de leurs camarades ». Le bataillon de la section de la Paix manifesta la même insoumission, se plaignant de ce que « le général de Précy el ses adjudantsgénéraux étaient des royalistes déguisés et qu'ils ne leur inspiraient aucune conliance' ».
1. « La Commission populaire, républicaine ei de Salut public arrf^te Timpression de cette adresse el l'envoie à toutes les communes de Rliôneet-Loire et à tous les départements. » Signé : Rambaud, président; FlorenUn Petit, Delolle, Prost, Meynis, Fipfurev, secrétaires. (Lyon, A.-V. Delarocbe, 1793, in-4% 2"ï juillet 1793.)