Archives municipales de Lyon, 29 juillet
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Sur le conseil de Précy, la Commission n'examina pas ces réclamations, qui ne furent pas renouvelées, mais de tels exemples d'indiscipline faisaient mal augurer de l'attitude des troupes en cas de siégea
Les électeurs appelés à se prononcer sur l'acceptation de la constitution se réunirent le 28 juillet, au milieu de l'agitation la plus violente.
Des rixes se produisirent en pleines sections électorales, des terroristes avérés surgissaient de toutes parts et s'efforçaient d'intimider les modérés et les timides. Toutefois la municipalité fit preuve d'énergie; sur sa réquisition, Madinier, commandant général provisoire de la garde nationale, et le lieutenant-colonel Ducreux de Trézette commandant la gendarmerie, firent pénétrer la force armée dans les sections et en expulsèrent les perturbateurs.
Le calme se rétablit au moment du vote. La Constitution fut acceptée à une énorme majorité. Dans la soirée du lendemain, la ville fut illuminée, des salves d'artillerie ébranlèrent tous les échos de Fourvières et de la Croix-Rousse. La municipalité, à laquelle s'étaient joints la Commission départementale et les commissaires des districts, proclama solennellement l'acceptation de l'acte constitutionnel.
Lyon affirmait une fois de plus sa docilité h l'égard de la Convention. Beaucoup d'hommes timorés espéraient ainsi désarmer sa colère. Communication du vote des assemblées primaires de Rhône-et-Loire fut aussitôt donnée à la Convention, aux administrateurs des départements voisins* et au commandant de l'armée des Alpes.
De son côté, Kellermann tentait, depuis quelques jours, de plaider la cause des Lyonnais auprès du Comité de
1. Le chef de légion Grand engageait le chef de bataillon à enfermer ses fusiliers dans les casernes.
2. Ces départements étaient : l'Isère, la Côte-d'Or, le Jura, l'Ain, la Sa6ne-et-Loire, la Ilaute-Saône.l'Ardèche et le Puy-de-Dôme.
Salut public. « Mais, disait-il, c'est Kellermann, citoyen isolé qui vient de vous soumettre ces observations » et comme général en chef des armées des Alpes et d'Italie, il se déclarait prôt à marcher sur Lyon « à rétablir le calme dans cette ville trop longtemps agitée », et à faire disparaître « l'aristocratie ténébreuse qui fomentait les troubles », bref à obéir à tout ce que lui commanderait le comité. La Convention était habituée à Tobéissance passive de ses généraux et, quelque timide que fût le plaidoyer du « citoyen isolé », il fallait encore quelque courage pour oser le présenter.
Kellermann exprimait le désir de marcher ensuite sur Marseille, de ramener cette ville à la soumission et enfin de conduire Tarmée des Alpes contre les troupes du roi de Sardaigne pour l'obliger à abandonner ses projets sur le comté de Nice*.
A Lyon, la commission départementale sentait son autorité très attaquée et son inQuence diminuée. Elle renouvela son bureau : le nouveau président fut un nommé Richard, personnage d'apparence effacée, mais professeur érudit de langues étrangères; Gilibert, devint vice-président. Sur l'initiative du nouveau bureau, la Commission décida de ne plus former qu'une seule assemblée, en adjoignant les corps administratifs à la commission départementale. Le titre des procès-verbaux des séances de la Commission devait être : « Les corps administratifs séants à Lyon, réunis aux délégués de la section du peuple français dans le département de Rhôneet-Loire, formant le comité général de Salut public. »
Après une délibération orageuse au milieu de laquelle revenaient constamment les mots de : contre révolution ! anarchie ! royalistes /jacobins ! etc., il fallutchoisirladénomination à donner aux Lyonnais, dont l'état d'insurrcc-
1. Archives hislnviq lies de ia (iiierre : Armée des AlpeSy juillet 1793. Kellermann aux représentants composant le Comité de Salut public, le 26 juillet 1193.
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lion armée ne pouvait se contester On hésita longtemps entre celle de section du peuple français et celle du peuple de Lyon; la dernière fut adoptée, et précéda désormais tous les actes de lautorité.
Une nouvelle proclamation, dans le style délayé de Tépoque, fut adressée au nom du peuple de Lyon par le nouveau Comité général de Salut public aux habitants des départements de Tlsère, de TAin, de Saône-et-Loire et de la Haute-Saône dont les gardes nationales étaient réquisitionnées pour marcher contre Lyon. Elle débutait en reprenant l'histoire si connue des événements de la fin de mai, elle protestait contre Taccusation de royalisme * et contre celle de fédéralisme-, se réclamait de « la charte constitutionnelle » et au nom de l'intérêt même de la république, elle engageait « les citoyens soldats >« à ne pas obéir aux réquisitions de Dubois-Crancé et d'Albitte et se terminait par cette véhémente apostrophe :
Un frère n'aime que les embrassements de son frère. Dans ces combats, toute la honte est pour le tyran qui souffle la discorde, qui secoue les torches de la guerre civile. Voilà, citoyens, ce que le peuple de Lyon avait à vous dire. L'amour de la Patrie lui a dicté ces vérités, le même amour doit vous y rendre sensibles.
11 s'agit peut-être du sort de toute la République, pesez nos considérations. Nous portons Tolivier de la paix et des armes. L'olivier de la paix sera offert à tous les vrais républicains, nos armes nous serviront de défense contre quiconque voudrait nous asservir.
Dans leurs illusions, les membres de la nouvelle Commission désignèrent quarante d'entre eux pour porter à
1. « On nous accuse de royalisme : quelle imposture î Les cris de Vive la République ï se font entendre ici de toutes parts. Par un mouvement S}>ontané, nous avons tous prononcé le serment de courir sur quiconque proposerait un roi, un dictateur, des triumvirs. »
2. « Enûn, on nous taxe de fédéralisme. Frères et amis î cette espèce de gouvernement nous révolte. Si nous avons rompu quelques jours avec la Convention, à la moindre apparence d'intégralité, nous nous sommes ralliés autour d'elle comme centre d'actions. »
la Convention l'acte d'acceptation de la constitution. Vingt de ces commissaires prirent la route du Bourbonnais afin de gagner Paris, vingt autres prirent celle de la Bourgogne pour se concerter à Màcon avec les représentants Reverchon et Laporte dont Brunel et Rouyer leur avaient vanté les dispositions conciliantes. Une terrible déception attendait ces obstinés messagers de paix.