‹ Contre la terreurChapitre 146 sur 400 · Le 6 août · texte numérisé non relu

Le 6 août

4. I^a municipalité de Cuire décidait qu'il y aurait désoriuai^ des patrouilles commandées par ses membres et demandait deux douzaines de pistolets. (Séance du o août 171)3 : Archives (/épartementale!^.)

couverts pour communiquer, des banquettes de pierres avec embrasures pour les pièces d'artillerie. Du côté des Brotteaux et de la grange de la Téte-cTOr^ les chemins étaient coupés de fossés, hérissés de chevaux de frise. La population, qui ne montrait pas pour les exercices de la Garde nationale un enthousiasme bien vif, donnait pour les travaux des fortifications le concours le plus actif; les femmes et les enfants traînaient les brouettes de terre ou les chariots de fascines pendant que les hommes maniaient la pioche, le pic ou la pelle.

Et cependant, à côté de cet effort de toute la Cité jalouse d'assurer son indépendance, le travail de la trahison commence, car nous voyons Reux, au lieu de se préoccuper d'armer les batteries, préparer de sa propre initiative tout un convoi d*arlillerie et de munitions pour Saint- Etienne dont les nouvelles àont cependant rassurantes ^

Quelle persistance pourtant dans les dévouements qui 8 offraient pour l'organisation de la défense, mais quel parti-pris de défiance dans cette commission déparl<'mentale qui ne se décidait pas encore h confier un commandement k Virieu^! Précy devait se borner à les consulter secrètement, subissant parfois et forcément la fAcbeuse influence de plusieurs membres du nouveau Comité, tel que Gilibert, l'inspirateur des demi-mesures et l'astucieux Reux auprès duquel il plaça cependant Milanais, avocat de mérite improvisé lieutenant-colonel cl inspecteur d'artillerie, homme d'énergie et d'intelligence qui paralysa souvent les ténébreux desseins de Tadjudantmajor général.

1. Note du garde d'artillerie Frioa àl'anieDai de Lyon, coottataDt la remise à l'adjodant-major générai Reux de deux pièces de quatre montées, de quatre pièces du même calibre sans affût, de deux pièces de huit, de cartouches à boulet, boites à bulles, étoupilles. etc., pour envoyer à Saint- Etienne (5 août 1793: Archives départementales;,

S. Virieu. jusqu'à la fin du siège où il eut alors un commandement important servit « comme simple volontaire dons un bataillon de la Croix-Rousse, sous les ordres du général Grand val «. (Marquis Costa de Beauregard, le

lî)4 l/iNSLKRECTION DE LYON EN 1793

Un des officiers généraux les plus distingués et les plus estimés de Tancien corps de l'artillerie, le lieutenantgénéral baron du Teil * ou plutôt comme on disait alors en style démocratique, le général divisionnaire Duteil l'aîné'^, traversait Lyon pour se rendre à Grenoble où rappelait sa mission d'inspecteur général de Tartillerie h larmée des Alpes.

Sans s'occuper du conflit de la ville avec la Convention, il donna Tordre à son fils, Claude du Teil, capitaine d'artillerie et son aide de camp, de se rendre k Saint-Etienne pour relever l'état des approvisionnements d'armes dans la manufacture.

Ce jeune officier ne put quitter Lyon. Le maire Coindre lui refusa, le 5 août, le passeport nécessaire pour en sortir et lui déclara que la ville le réquisitionnait afin de coopérer à la remise en état de ses fortifications. Le général de Précy, auquel le capitaine du Teil vint se présenter pour lui demander conseil, l'engagea à considérer l'ordre de la municipalité comme un cas de force majeure et I attacha au service du génie pour les quartiers de Saint-Irénée, Trion, Saint- Just et Sainte-Foy, avec le grade de chef de bataillon.

Dans l'impatience d'assouvir leurs rancunes, Uubois- Crancé et Gauthier écrivent à la Convention qu'ils quittent avec Kellermann, son état-major et une division, le camp de Bourg pour se porter sur Lyon « qu'ils attaqueront incessamment avec 20.0(JO braves républicains, qui ont tous juré de rétablir dans cette ville rebelle le règne des

Homan (Vun royaliste snus la Révolution^ Souvenirs du comte de Virieu^ p. 341}.

1. La ramille du Teil était de vieille noblesse militaire, elle avait fourni à Tartillerie plusieurs officiers de mérite. Cf. Une famille militaire au XV m* siècle, par le baron Joseph du Teil (Paris, Picard, 1896), ouvrage des plus intéressants où Ton trouve des renseignements fort instructifs sur l'histoire de l'artillerie française depuis la fin du règne de Louis XIV jusqu'aux dernières guerres de l'Empire.

2. Le général baron du Teil avait un frère, Jean du Teil, également officier général qui commanda l'artillerie de l'armée devant Toulon, et sous les ordres dii(}riel dovait servir Bonaparte, comme chef de bataillon.

lois. Une heure après, des bombes et du canon! » Les deux représentants se félicitaient de la défaite des « rebelles de Marseille, chassés du Comtat, en fuite vers leur repaire » et ils ajoutaient avec lyrisme :

« 11 y a un mois que, depuis le Jura jusqu'à Bordeaux, presque toutes les administrations étaient coalisées, presque tout le peuple était égaré; aujourd'hui excepté Marseille, Toulon et Lyon, tous bénissent la Montagne, tous ont juré l'union et l'égalité sur le livre sacré de la Constitution. Le succès de nos ennemis ne sera pas de longue durée K »

Le 8 août, à une heure de l'après-midi, un trompette du 5* régiment de cavalerie se présentait aux avant-postes de la Croix-Rousse ^ et remettait au nom des représentants du peuple, une longue proclamation oîi l'ironie, la brutalité et l'hypocrisie alternaient et transformaient ce soidisant message de paix en insolent ultimaltim. Après avoir stigmatisé « les hommes perfides qui s'étaient emparés de Tadministration », les représentants déclaraient que l'armée de la Convention devait être reçue comme une armée de frères, que d'ailleurs ceux qui semblaient se préparer à la résistance seraient traités en conspirateurs, « ceux qui aiguisaient les poignards contre leurs meilleurs amis, devaient ouvrir les portes de Lyon » et, après avoir parlé avec impudence du rameau d'olivier qu'ils apportaient, Gauthier et Dubois-Crancé formulaient les conditions suivantes :

Article premier. — Aucune hostilité apparente. Tout citoyen qui paraîtra en armes, soit dans les rues, soit aux fenêtres sera traité en rebelle.

Art. 2. — Toute autorité civile et militaire cesse dans Lyon, les représentants du peuple y pourvoiront.

1. Archives historiques delà Guerre: Armée des Alpes, août 1793.

2. Bulletin du département du Rhone-et- Loire, publié par Charavay fils aîné, 1841. — Actes du Comité général de surveillance et de Salut public de Lyon. — Il y aune petite erreur de date, « le 7 >» pour le 8.

496 l'insurrection de lyon en 1793

Art. 3. — Remise de Tarsenal et de tous les moyens de défense à layant-garde que le général enverra.

Art. 4. — Indemnité pour les frais de l'expédition et gratifications aux soldats de la République qui protègent la paix intérieure et extérieure dans Tarmée de la République.

Art. 5. — Reconnaître et assurer Texécution des décrets de la Convention nationale rendus avant et depuis le 31 mai dernier.

Ils promettaient qu'il ne serait fait dommage à aucun citoyen ni dans sa personne, ni dans ses propriétés. La mise en demeure se terminait ainsi :

Si une de ces conditions était refusée, les représentants du peuple déclarent qu'ils mettent sous la responsabilité collective des citoyens de Lyon, tous les maux qui peuvent en résulter, et d'avance ils déclarent rebelle et traître à la patrie, avec entière confiscation des biens an profit de la nation, tout individu dont le fils ou le commis, ou même le serviteur ou ouvrier d'habitude, serait reconnu pour avoir porté les armes contre les troupes de la République ou contribué aux moyens de résistance.

Kellormann reçut de Gauthier et Dubois-Crancé Tordre de faire, lui aussi, une sommation personnelle et plus militaire. Il s'exécuta en transmettant l'injonction aux Lyonnais de se conformer dans le délai d'une heure k Tarrèté pris parles représentants du peuple, faute de quoi, ils seraient traités en rebelles*.

A Lyon depuis quelques jours, Précy s'efforçaitde désillusionner les derniers partisans de la pacification, il activait les travaux de fortification. Le colonel de Chenelette se multipliait et, grâce à lui, Lyon déjà était à l'abri d'un coup de main. L'état-major de Précy et les commandants particuliers le secondaient parfaitement. Le général Grandval surveillait les abords du secteur de la Croix-Rousse ; le vieux Gingenne ne quittait guère la

1. Archives historiques de la Guerre : Armée des Alpes, 8 aoùl.

redoute qui portait son nom et que protégeaient les avant* postes ^établis dans les maisons Roussel, Nérac et de rOratoire, formant une ligne distante de plus d'un quart de lieue. Dans la seconde de ces maisons, il s'était établi un corps de volontaires de 32 hommes, appelés les arquebusiers du nom de Tancienne compagnie d'élite de la milice lyonnaise. Le capitaine s'appelait Merlot, le lieutenant Neyrac, le sous-lieutenant Celpi. Cette petite troupe, recrutée parmi les meilleurs tireurs, se trouvait à lavantligne et devait y rendre de grands services jusqu'au milieu de septembre ^

Un ofBcier qui avait servi comme capitaine au régiment de Royal-Comtois, le chevalier de Champreux, avait été nommé par Précy son premier adjudant-général; il devait être en réalité et jusqu'à la fin du siège le chef d'étatmajor de cette petite armée. Les autres adjudants-généraux en fonctions dès cette époque étaient MM. Giraud de Saint-Try, Julien, La Pujade, Moéal, de Nervo, Burtin de La Rivière, Carton de Grammont, tous anciens officiers. M. de Nervo fut chargé de la défense des Brptteaux et M. de la Rivière de celle de Saint-Clair; les colonels Tourtoulon de la Salle et Jossinet, qui avaient aussi servi comme officiers commandèrent les redoutes du Pont-Morand et d'OuUins*. Enfin le baron de Fontet ou, comme il croyait devoir s'appeler, le citoyen Collenet-Fontet. ancien capitaine au Royal- Liégeois et gendre de l'héroïque général Cortasse de Sablonet, fut nommé commandant du faubourg de Vaise. 11 devait jouer pendant le siège un rôle énigmatique •^.

Beaucoup d'officiers de la garde nationale, à l'exemple de leur chef Pierre Madinier, faisaient preuve de zèle et d'aptitudes militaires. Un bourgeois de Lyon, nommé Guy,

\. C'est-à-dire jus(iiruu moment où les avaDt-postes de la Croix-Rousse furent enlevés.

2. Archives déparlement aies. Voir la liste de l'état-major de Précy.

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