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Archives départementales

ENGAGEMENTS d'aVANT-POSTES 213

L'autorité civile gardait tellement son omnipotence que radjudant-général Champreux était obligé, au nom dugénéral Précy, de solliciter des officiers municipaux du fourrage et de Tavoine pour les chevaux de l'état-major générale

Il est vrai que l'autorité civile tentait encore, avec une persévérance qui Tisolait trop des préoccupations de la défense, de convaincre Kellermann, en lui adressant de nouvelles et prolixes explications :

« La loi naturelle et la déclaration des droits, voilà notre égide ! » s'écriaient naïvement les corps administratifs et, après avoir protesté contre la responsabilité des premiers coups de fusil, ils attestaient ne point connaître d'émigrés parmi les défenseurs de Lyon, s'offrant d'ailleurs, si on les leur indiquait, aies livrer aux agents de la Convention. Cette offre peu généreuse était de nature à inquiéter les anciens émigrés, qui, faisant le sacrifice de leurs opinions politiques, étaient venus combattre pour l'indépendance lyonnaise. Les administrateurs adjuraient encore Kellermann : « Jugez si mieux ne serait pour votre honneur et pour voire gloire de vous rappeler que la Loi ne peut jamais commander de crimes, que vous avez eu et avez encore l'estime générale de Lyon, qu'il lui serait cruel de vous Tôter, etc. » -

Kellermann répondait dans la soiri^e par ce laconique billet :

Au quartier général de la Pape.

Le Général cV armée des Aljies et cC Italie aux citoyens qui exercent les fonctions administratives à Lyon

Je n'avais pas reçu votre réponse à ma première sommation, celle que vous me faites à la seconde me prouve que vous per-

i. Archives départementales. LsidemOinde de ladjudant-général est visée avec la mention accordé par un sieur Chirat, président du Comité.

2. Archives historiques de la Guerre : Armée des Alpes il^Z. Signé: Gilibert, président; Matheron, Bendner, Bi^mani, Richard, Amiot, secrétaire.

214 l'insurrection de lyon en 1793

sistez dans votre désobéissance à la Loi. Je vais mettre à exécation le décret de la Convention nationale.

Kbllekmann.

Les avant-postes lyonnais renforcés étaient à labri d'une surprise : « Le soir du jour où le tocsin, parti de tous les clochers de la ville, dit le chasseur Nolhac dans ses Souvenirs^ annonça que Tarmée étaiten vue, nous fûmes conduits au-delà du faubourg de la Croix-Rousse au poste de la Croix-Noire.. On nous dit que nos éclaireurs se retiraient devant Tavant-garde ennemie à qui on était obligé d'abandonner Montessuy, malgré sa belle position, parce que cette hauteur était trop éloignée pour qu'on pût la défendre. Ce point domine d'un côté toutes les plaines des Brotteaux, une partie du cours du Rhône et tout le quartier nord de la ▼ille^ ».

Le jeune Lyonnais et ses camarades vont visiter la batterie Gingenne, dont la situation dominante leur paraît formidable, ils sont envoyés ensuitç en grand'garde au cimetière de Cuire, « poste dangereux et pénible, où Ton ne pouvait se tenir debout pendant le jour ni élever la tète au-dessus de la muraille de pierre qui, d'un côté entourait le cimetière sans être exposé à recevoir des coups de fusil qui partaient des hauteurs voisines. Ce poste était néanmoins très important parce qu'il était sur la sommité du versant de la Saône en haut de la montée dite de Cuires^ ».

La nuit, des sentinelles sont placées sur la pente qui conduit à la Saône. Entre le poste du cimetière et la batterie Gingenne, le colonel de Chènelette avait recommandé d'utiliser une petite ferme et un mur de pisé qui cachait les mouvements des troupes d'avant-postes'. De

1. B.-M. Nolhac, Souvenirs de la Révolulioti à Ltjon^ p. 180.

2. Nolhac rappelle que ce fut à Montcssuy que les Jacobins lyonnais, qui suivaient Tarmée de Dubois-Crancé, vinrent pendant le siège pour voir les effets du bombardement.

l'autre côté du grand chemin de Cuire, une compagnie occupait une jolie maison, très appréciée, en d'autres temps, de la jeunesse lyonnaise pour ses repas cham- , pétres et sa joyeuse clientèle et qui portait le nom gracieux et suranné de « Panier-Fleuri^ ». Moins bien défilée que la petite ferme et peut-être désignée par quelque Jacobin lyonnais qui lui gardait rancune, le petit chalet du Panier-Fleuri devait être particulièrement bombardé, brûlé, défoncé par les batteries de iMontessuy. C'était « un ci-devant », lui aussi, et il avait droit à la mitraille des assiégeants.

Alors que la défense s'organisait partout et que Précy et ses lieutenants constataient avec une légitime fierté Tair résolu de leurs jeunes troupes de première ligne, « les bavards », comme devait les appeler Napoléon, se livraient à leur passe-temps favori.

Sous rinspirationdeGiUbert, le pseudo-Girondin toujours optimiste, les corps administratifs et les commissaires des sections envoyaient dans cette môme journée, une nouvelle supplique à la Convention*-'.

Rambaud, l'ancien président du comité de Salut public, prenait, ainsi que quelques amis, l'initiative d'une proclamation qui était une protestation contre ces éternelles sollicitations. Les sections la faisaient aussitôt afficher, malgré les protestations d'un certain nombre de membres de la municipalité :

Braves citoyens de Lyon,

Levez-vous tous, citoyens! Ne souffrez pas qu'on vienne ravir vos propriétés et un bien infiniment plus précieux, votre

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