Balleydier, Uistiure de Lyou^ t. Il, p
gardaient leur allure militaire et leurs manières de gentilshommes en dépit de Tûge et d'un costume, dont la pauvreté ne pouvait se hausser à un semblant d'uniforme. 11 y avait aussi de nombreux ouvriers, la plupart jeunes, qui faisaient d'un cœur vaillant la guerre aux Jacobins; tous saluaient de leurs acclamations le vieil officier, que le vœu populaire avait nommé général et qui, dans sa fermeté modeste, incarnait l'esprit de sacrifice militaire.
Ce sont certes de hautes vertus, mais elles ne suffisent pas à soulever une population et à rendre une garnison invincible, il faut au commandant d'une place assiégée l'indomptable énergie qui fait prendre Toffensive chaque fois qu'elle est possible, qui rend la défense toujours redoutable, qui prépare les surprises meurtrières et les sorties victorieuses.
A la fin de la journée du 19 août, Précy, accompagné de quelques officiers, visitait la redoute Gingenne où commandait l'ancien maître d'armes du régiment de la Couronne * et celle du cimetière de Cuire dont le commandant était le capitaine Verdun dit le Prussien parce qu'il avait servi au Royal Allemand. 11 inspecta ensuite une batterie placée à l'avancée du cimetière sur une butte assez élevée. Le chef de cette batterie était non pas un militaire, mais un ingénieur, dont on ne connaissait ni le passé, ni le véritable nom, il avait dit se nommer Pierre et comme il portait un feutre blanc et un costume de molleton de môme couleur, on Tavait surnommé le Pierrot^^. Les hommes le respectaient et lui obéissaient avec empressement, surtout son pointeur de prédilection Rater. Le lieutenant-colonel Milanais les présentait à Précy qui les félicitait de leur bonne réputation de canonniers et
1. « Précy lui dit : « Tu es le saint Pierre de la Cnûx-Housse, mou brave. « — Coiiiment cela, mon gôiuTal ? — N'as-tu pas les clrs de la porte? — « — Vous avez raison, mon général, et le diable m'emporte si saint Pierre * ne devient pas saint Laurent, avant qu'elle soit ouverte à ces fondeurs de o. cloches. Balleydier, Histoire de L;/on^ t. 11, p. 20.
261 l'insurrection de lyon en 1793
allait quitter la batterie lorsque « le Pierrot » fît pointer une pièce sur un personnage fort empanaché, qu'on reconnaissait pour un représentant du peuple : Dubois-Crancé lui-même! Celui-ci lisait un rapport ou étudiait un plan, pendant qu'un cavalier d'escorte tenait àquelques pas son cheval par la bride. Le général des Lyonnais, arrêtant le pointeur qui avait en main la mèche à feu, lui défendit de tirer, ajoutant. « Contentons-nous denous défendre! » Le Pierrot et Rater regardèrent Précy avec une douloureuse surprise. Quelle belle occasion perdue!... Rater, dans son amour-propre de chef de pièce, demanda l'autorisation de tirer sur le cheval, cette compensation lui fut accordée et la monture de Dubois-Crancé, frappée par le projectile, s'écroula dans une mare de sang...^
« Le fidèle Précy » aurait dû se rappeler que si, le 10 août, à la défense des Tuileries, Tartillerie du château avait ouvert le feu sur les assaillants comme le souhaita un moment Napoléon Bonaparte sur la terrasse du bord de l'eau, si un *< chevalier du poignard » ou quelque brave canonnier suisse avait eu la bonne fortune d'abattre Ronsin ou l'un des Marseillais « de marque », qui les conduisaient, leurs bandes se seraient probablement dispersées. Dubois-Crancé tué, le siège de Lyon n'en aurait pas moins continué, car les troupes qui y prenaient part étaient nombreuses, disciplinées et bien commandées; mais los Lyonnais auraient rencontré moins de malveillance, moins de haine chez les autres représentants. La Convention, mieux éclairée sur les véritables sentiments de la population lyonnaise et des autorités de cette ville, aurait peut-être consenti kla pacitication... Elle Ta bien accordée à Charette et à ses Vendéens, à Cor matin et aux chouans de Bretagne.
Le coup de canon qu'à bonne portée la sensibilité de Précy épargna à l'ancien lieulenant des maréchaux de