Vingtrinier, /e Lyon de nos pères, p
2. Alexandrinc des Echofolles, une FamiUe nohie soufs la Terreur, p. 79.
dirigèrent aussitôt leurs bombes et il fut impossible de rien sauver. Le vent du Nord soufflait avec violence ^
M"* de Virieu, tt^moin oculaire-, ne doute point que les incendies ne fussent préparc^s par des agents criminels, qui facilitaient ainsi le tir des assiégeants :
Ils faisaient des signaux à Tennemi ou mettaient le feu aux maisons. C'est à eux que furent attribués la destruction par Tennemi de Tarsenal et celle des magasins à foiD, car ils furent atteints par les bombes, peu après l'apparition d'une petite lumière que nous avions très bien vue de notre fenêtre.
Il y avait, la nuit où le feu prit à l'arsenal, une telle quantité de maisons qui brûlaient à la fois sur te quai delà Saône que nous pouvions les compter. On aurait dit un volcan qui vomissait des ilammes que le vent chassait, tantôt à droite, tantôt à gauche, avec une fumée aveuglante. Les cris dans cet enfer se mêlaient aux détonations les plus épouvantables.
Comme les batteries ennemies tiraient sans discontinuer sur les parties de la ville qui brûlaient, on ne pouvait ni approcher ni porter secours.
Elle rappelle le sublime courage d'un ancien officier :
Uu gentilhomme, M. du Treyve, tandis qae l'arsenal brûle, se jette avec quelques soldats clans cet océan de flammes pour en retirer les bombes et des pièces d'artillerie chargées^. A toutes les églises, en même temps, le tocsin sonne, une asphixiante fumée enveloppe la ville.
On vit s'enfuir échevelées, la torche à la main, deux femmes ou plutôt deux furies qu'escortaient une troupe de bandits; ils sortaient des entrepôts de fourrag€M5* qu'ils venaient d'incendier. Au Heu de les abattre à coups
!. Perenon, Le siège de Lyon. Notes, p. 21.
2. Dont les souvenirs ont été retracés avec tant d'autorité et d'intérêt par le marquis Costa de Beaurcyard, le Homan d'un royaliste pendant la Révolution, p. 340.
3. M. du Treyve survécut au siège. Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis.
4. Guillon de Monléon, Ilisloire du Siège de Lyon, t. il, p. 33. Paris, 1797.
292 l'insurrection de lyon en 1793
de fusil, les habitants cherchèrent à les arrêter, et l'obscurité sauva les criminels.
Par une juste revanche, une heure après, des gardes nationaux saisissaient deux autres femmes et un de leurs complices qui avaient mis le feu à la principale poudrière : on les conduisit à Tllôtel de Ville. La Commission chargée des délits militaires les jugea le lendemain et condamna ces trois misérables au châtiment qu'ils méritaient. Ils moururent lâchement.
La poudrière, recouverte de paille mouillée, échappait à Tincendie', mais elle devait être Fobjet d'autres tentatives. •
La plupart des femmes lyonnaises se conduisirent héroïquement. On signalait une jeune femme. M"*" Therriat, qui avait sauvé des enfants et des vieillards. D'autres s'étaient précipitées sur les bombes, et avaient arraché les mèches.
Parmi les plus braves, il convient de citer. M"' de Bellescize, délicate et charmante jeune fille qui avait été déjà si intrépide eu défendant au château de Pierrescize les officiers de Hoyal-Pologne. La rue Grenette où habitait sa sœur, M™" Milanais, femme du lieutenant-colonel d'artillerie, était on feu, M"*" de Bellescize s'engage seule au milieu d'une foule à la fois épouvantée et exaspérée, parvient au logement de sa sœur, dirige les s(»eours contre Tincendie qu'on maîtrise, pondant que M™"' Milanais recu(Mlle les blessés et les soigne.
Précy avait déclaré qu'en dépil du bombardement, c'était du coté de la Croix-Housse qu'il fallait surtout veiller. Sos pressenti uionls ne le trompaient pas. Vers deux heures du matin, le général de division Uumuy, après avoir massé plusiours compaguios de grenadiers et de chasseurs avec le bataillon «le l'Ariège, se prépni-a à
1. M. Pi^renon, pèrr de I'iiiit«*ur du Sirf/r dv l^i/i>n, poèmo historique, dont les noies soni vraiment pivrioiisos, rt.'iit de /^-'irdc à la poudrière et c<'rtirir(]n'elle fut sauvée. Plusieurs liistoricns onl confondu avec l'arsenal.
donner l'assaut à la maison Panlbod^ Du côté lyonnais, le général Grand val avait placé en première ligne, le bataillon de Port du Temple et le bataillon de Saint- Pierre, ce dernier un peu à droite, en seconde ligne le bataillon de la Liberté, avec Tadjudant-général Burtin de la Rivière et enfin, en troisième ligne, le bataillon de la Saône sous les ordres du commandant de Laroullière. Devant les fréquents mouvements de troupes du camp de Caluire, tout en restant sous Tincessant bombardement de Montessuy, la vigilance des avantpostes lyonnais ne s'était pas assoupie. Aussi quand la colonne de Dumuy s'élance sur la redoute Panthod, les soldats de Grandval ne se laissent pas surprendre et par des feux de salve arrêtent l'élan des assaillants. Ceux-ci se reportent eu arrière et les batteries de Montessuy couvrent de mitraille la terrasse crénelée de la maison.
Le feu de mousqueterie répond au tir de l'artillerie et met horsde combat plusieurs canonniers de la Convention, mais les munitions s'épuisent du côté de la défense. Grandval envoie chercher des cartouches, ce qui dégarnit un peu ses positions et l'oblige à faire avancer ses bataillons de seconde et troisième ligne.
A ce moment l'ennemi prononce une attaque générale, Dumuy la conduit avec beaucoup, de bravoure, son habit est percé par les balles. L adjudant-général Pouget seconde avec ardeur son général de division.
Les troupes de la Convention débordent la maison Panthod par la droite et attaquent la maison Rousset qui flanque le cimetière de Cuire; elles cherchent en même temps h tourner la redoute du centre. C'est alors que le bataillon du Port-du-Temple sort de ses retranchements et prend en (lanc l'assaillant, qui allait pénétrer dans la redoute du centre, intrépidement défendue par le vieux Gingenne, ses canonniers et deux compagnies seulement, les chasseurs et les grenadiers de Saint-Pierre.