‹ Contre la terreurChapitre 205 sur 400 · Marquis Costa de Beauregard. ouvrage précitf, p · texte numérisé non relu

Marquis Costa de Beauregard. ouvrage précitf, p

LES BOMnAUDEMLNTS DES 22 ET 24 AOUT 295

qui peut ôtre conservé... Viricu le promet et prend aussitôt ses dispositions pour arrêter la retraite.

Deux compagnies de Port-du-Temple reviennent avec des cartouches, Virieu leur ordonne d'occuper la maison Nérac, c'est là que s'abritent les derniers défenseurs de la maison Panthod. Le feu reprend lentement, posément, du côté de la défense, pendant que les premières lueurs du jour éclairent les décombres fumants.

A l'extrême gauche de la ligne lyonnaise, la hitte avait été vive aussi, si l'on s'en rapporte aux souvenirs de Noihac. Sa compagnie était de grand'garde au u Panier-fleuri' ». Les batteries de droite du camp de Caluire canonnaient à outrance le chalet et la redoute Gingenne.

Notre maison fut bientôt criblée... La mitraille enlevait au dessus de nos tètes les tuiles qui couvraient les murs de pisé, il en était peu parmi nous qui ne fussions blessés et nous ne savions plus où prendre position, si ce n'est dans la partie basse de la maison où nous aurions été inutiles et où d'ailleurs nous pouvions être pris comme dans une souricière. Dès lors nos commandants décidèrent qu'il convenait de faire retraite sur le poste Gingenne, nous la fîmes au milieu de la mitraille, emmenant le sous-lieutenant de la compagnie qui venait d'être blessé 2.

Gingenne craint (fue, par suite de Tévacuation du Panier-flefiri^ l'avant-poste du cimetière puisse être tourné et il est d'avis de réoccuper le chalet. La compagnie à laquelle cet ordre est communiqué manifeste de Tindécision mais sans insubordination. Le capitaine commande: Portez arme! avant de commander: En avant! Sans qu'il y eut aucune préméditation, la compagnie garde l'arme au pied. Gingenne, en militaire

1. J.-B.-\I. Noihac, Souvenirs delà lièvolulion à Lyon^ Lyoi>, 1864, p. 186-

2. « Ce bon j«'iiru' homme, aussi plrin de bienveillance pour nous que d'attachement à la cause (juil défendait, fut tué un peu plus lard aux Brolteaux. » J.-Ii.-M. Noihac, p. «8'.

29() l'insurrection de lyon en 1793

expérimenlf^, comprend que ces jeunes gens ont besoin d'être encouragés, solidifiés ^dM point de vue militaire et sans insister, sans témoigner aucun mécontentement, il envoie au Panier-fleuri une autre compagnie qui s'y rend fort aljègrement. La compagnie dont faisait partie Nolhac devait en toute autre circonstance se montrer disciplinée et courageuse.

Sur la rive droite du Rhône, la batterie du collège de rOratoire avait été découverte de la Guillotière. Ses canons placés sur la terrasse, k côté de la grande salle de la Bibliothèque, avaient tiré, non sans succès, à la fin de la journée et au commencement de la soirée; les grosses pièces de siège du général Vaubois foudroyèrent en quelques instants ce fragile ouvrage et son artillerie. Le btltiment du collège ne résista pas à la rafale. La voûte de la grande salle s'effondra, les livres furent brûlés ou ensevelis dans les décombres, les canonniers et un poste de garde nationale purent, presque sans perte, s'échapper*.

Il était quatre heures du matin. A la maison Panthod des travailleurs du génie vinrent déblayer la redoute et la aiettro en défense du côté de Lyon, mais le canon des assiégés les obligea à se retirer. Le bataillon de TAriège reprit le feu avec les avant-postes lyonnais mais, jusqu'à dix heures, les troupes de la Convention ne purent réoccuper la redoute'.

Le feu de la défense maintenait toujours les assaillants à une distance qui rendait leurs progrès presque nuls. Le rapport officiel de Kellerniann ne laisse pas d'illusion à ce sujet L Pendant toute la journée, le général Dumuy se borna à maintenir ses troupes aussi abritées que possible. Le soir seulement elles gagnèrent un peu de terrain et occupèrent la maison Panthod. Les pertes

1. Vat'sen, Documents imprimés : Ijifun en 1793, le Siège^ p. 77.

2. lUipport du grnéral Ke)lermann au ministre, du 24 au 25 août [Archives liistori(iucs de la Huerre : Armée des Alpes, 1793).

3. « Ils (les Lyonnais) ont continué leur feu dans des postes en arrière et peit é/oif/nés où ils s'étaient préparé des appuis.

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des troupes de la Convention furent peu importantes : 32 hommes d'infanterie parmi lesquels deux officiers et 4 canonniers hors de combat ^ le rapport des représentants mentionne 10 hommes tués et 32 blessés. Le général en chef rendit un hommage mérité h la bravoure d'un capitaine et de 4 chasseurs du 3® bataillon de l'Isère; il ajouta: a Les rebelles ont perdu beaucoup de monde tant tués que blessés. Nos grenadiers en ont percé plusieurs avec leurs baïonneltes. » C'étaient des canonniers blessés, surpris dans la redoute derrière leurs pièces qu'ils avaient admirablement défendues.

Les représentants dédaignèrent d'honorer l'intrépidité de leurs adversaires, ils se bornèrent à dire : « Les redoutes des rebelles étaient jonchées de morts, mais ils ont profité de l'obscurité pour en emporter un grand nombre'. » Les Lyonnais connaissaient trop le manque de générosité de leurs adversaires: tout prisonnier, même blessé, même agonisant, était, non pas achevé, ce qui eût été plus humain, mais traîné devant les représentants ou devant des policiers déguisés en militaires, interrogé et fusillé, après une parodie de jugement qui n'était qu'une torture de plus.

Dans la matinée, le colonel Jossinet, commandant le détachement des rives du Rhône à Vernaison, avait tenté une diversion contre l'aile gauche du général Vaubois, en franchissant le Rhône sur une dizaine de bateaux, un peu au-dessous de Vernaison. Avec la compagnie de grenadiers de Guillaume Tell, il occupa le bourg de Salaize * sans difficulté, mais en remontant sur Feyzin, à la sortie d'une plaine assez marécageuse, où les rangs s'étaient désunis, le détachement lyonnais fut accueilli à coups de fusil par une troupe qu'il distingua mal et qui était, pa-

\. Le rapport de Kelleniiann dit: 32 soldats ou officiers d'infanterie et 4 canonniers tant tiiôs que blessés.

2. Les représentants du peuple à la Convention, 25 août. (Vaësen, Documents hnprimés, précités, p. 33.)

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