QUELQUES SAGES MESURES. — BEAUCOUP DE PAROLES
A Lyon, l'effet du bombardement avait été terrifiant dans les quartiers qui avoisinaient THôpital et l'Arsenal, surtout pendant cette terrible nuit où la place Bellecour elle quai de Saône étaient encombrés de femmes affolées, de vieillards tremblants, d'enfants épouvantés. Mais^ dès la matinée lors(|ue les batteries lyonnaises recommencent la lutte, rendant coup pour coup, lorsqu'on apprend la magnifique défense des troupes de la Croix-Kousse qui n'ont perdu qu'une maison, les esprits se ressaisissent. Bientôt une sombre exaltation les domine, les habitants déclarent qu'ils préfèrent voir écrouler les dernières pierres de leurs demeures que subir une capitulation devant des ennemis qui ne respectent rien.
Les membres du Comité de Sûreté générale et de Salut public vont porter leurs consolations aux malheureux sans asile et leur distribuer un peu d'argent et quelques vivres; on les acclame, jamais les corps administratifs n'ont été plus populaires.
La complicité des agents de Dubois-Crancé, dans la plupart des incendies, fut peut-être exagérée, car il suffisait des bombes pour produire des dégûts de cette nature, le feu se communiquant facilement aux objets de literie, aux rideaux, aux tentures. Toutefois, comme nous l'avons rapporté, des malfaiteurs, parmi lesquels plusieurs femmes, avaient été vus, quelques-uns mêmes saisis dans les décombres de l'Arsenal et des magasins à fourrages. D'autres, porteurs de fusées, furent arrêtés par des patrouilles. Le peuple réclama leur chùtiment immédiat.
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La commission militaire récemment créée les jugea. Après les exécutions que nous avons mentionnées, elle crut devoir acquitter, malgré toutes les apparences, des femmes et des jeunes filles, accusées aussi d'avoir propagé Tincendie. A la sortie de l'audience, la foule les insulta et les frappa.
Précy n'avait pas assisté au combat de la Croix-Rousse, il était demeuré à son quartier général de Tabbaye de Saint- Pierre en communication avec les postes et les casernes de la ville, ayant à sa disposition quelques bataillons on réserve qu'il aurait conduits lui-même sur les points où l'enceinte eût été particulièrement menacée. Il ne lui restait plus de canons de campagne; toutes les pièces étaient en batterie aux avant-postes. Quelques-unes sur le quai du Rhône avaient été mises hors de service par les projectiles de l'ennemi, la redoute Panthod avait perdu ses trois canons. L'habile fondeur Schmidt, lieutenant-colonel d'artillerie, était à l'Arsenal, au moment de l'incendie; un certain nombre de pièces d'artillerie en construction ou en réparation étaient restées dans la fournaise. Après avoir lutté vainement contre le fléau, Schmidt, avec ses contremaîtres et ses ouvriers, s'était retiré au monastère de Sainte-Claire; il avait retrouvé des maçons, des ouvriers forgerons et avait commencé à organiser le couvent, dans sa partie la plus élevée, en atelier de fonderie de canon. L'installation, déjà très njédiocre à l'Arsenal, était encore plus défectueuse et cependant jusqu'à la lin de septembre, le colonel Schmidt devait y fabriquer des canons.
De son côté, l'admirable ingénieur militaire, qui s'appelait le colonel de Chônelette, avait couru à la Croix-Rousse et fait compléter les mesures de défense arrêtées par Tadjudant-général Burtin de la Rivière qui avait pris le commandement, M. de Virieu s'étant modestement effacé devant l'officier supérieur, régulièrement nommé par les corps administratifs.
Le général de Précy savait quel service Tex-colonel de Limousin avait rendu aux troupes de Grandval ; il l'appela h son quartier général, lui demandant jusqu'à nouvel ordre de rester à son état-major, de faire partie du conseil militaire composé du général Madinier, commandant provisoire de la garde nationale, des deux vieux généraux plus courageux que valides, le comte de Crenolle et (îiraud des EcheroUes, de M. de Clermont Tonnerre, ex-maréchal de camp et des adjudants-généraux non employés au commandement des trou pes. Parmi ceux-ci Ghampreux tenait le premier rang, partageant avec le colonel de Vichy et le capitaine de Plantigny, aide de camp, l'absolue confiance du général en chef.
On ignorait au quartier général la tentative de Vernaison et la retraite des troupes du colonel Jossinet. Aussi Précy se décidant un peu tardivement à tenter des diversions sur les flancs de Tennemi, écrivait au commandant d'Oullins et environs :
Marquez-moi le résultat de vos opérations et instruisez-moi si je peux compter sur vous pour vous rendre au pont d'Alaï *, et au delà, demain matin, et le nombre de forces que vous croyez pouvoir y porter. Vous n'ignorez sûrement pas ma position, attendu Tincendie qui s'est manifesté et qui n*est point encore terminé ^.
Le général en chef des Lyonnais s'étonnait de ne pas avoir de nouvelles du détachement de Saint-Etienne, il espérait que Jossinet, qu'il savait entreprenant et bien éclairé par ses chasseurs à cheval, pourrait entrer en communication avec Servant et placer le camp de Limonest
1. Le pont d'Alai est sur le ruisseau de Charbonnière à un endroit très encaissé, à environ deux lieues d'Ouliins.
2. Précy transmettait au colonel Jossinet une dénonciation contre la municipalité dOullins, en lui ordonnant d'y donner suite et d'envoyer les accusés sous escorte à Lyon ; le mot d'ordre assez compliqué était envoyé : Saint-Léon et Langres (ralliement: Vengeance). (Archites départementales).
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entre une double attaque. En apprenant Taccident fatal du colonel Jossinet, Précy donne le commandement provisoire à Bollioud de Chanzteu, et lui transmet ses instructions qui, rédigées au lendemain d'un terrible bombardement et à la veille d'une nouvelle attaque, peuvent être citées comme un modèle de netteté et de concision. Il ordonne au capitaine de laisser seulement les chasseurs de Guillaume Tell à Vernaison, de faire venir les grenadiers de la Fraternité à OuUins, ce qui constituait un soutien à la compagnie de Vernaison, et de renvoyer à Lyon la compagnie de grenadiers de Brutus et tous les chasseurs èi cheval, sauf huit pour assurer le service de correspondance entre le détachement et la ville de Lyon ' . Dans la place assiégée, les autorités militaires et administratives remplissaient leur devoir avec un sangfroid que n'altérait point le souvenir des dangers de la nuit. La commission de justice militaire fonctionnait sous la présidence de M. Loir, négociant fort estimé. Plusieurs femmes furent encore amenées devant le tribunal, accusées d'espionnage, mais on ne put les convaincre que du délit d'intention. Au camp de la Pape, un tel méfait eût entraîné la peine de mort, la Commission fut plus indulgente. Un contemporain '^ a laissé le récit du châtiment bien léger qu'on leur infligea :
On les fit passer dans l'antichambre des salles d audience et mettre en rond. Un jeune et galant perruquier, d'une figure agréable et douce, fut appelé et fit tomber adroitement à terre cette chevelure, ornement des belles et les sourcils qui donnent à leurs yeux tant d'expression. 11 y en eut quelques-unes à qui il n'en fit raser qu'un, les jolies n'en furent pas moins défigurées et les laides devinrent hideuses par l'enlèvement môme d'un seul sourcil.
Après cette opération faite à huis clos, en présence du secré-