Vaësen, Documents imprunês, p
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s'est manifesté le plus terrible incendie vers le quai de la Saône. D'immenses magasins ont été la proie des flammes et quoique le bombardement ait cessé ce matin à sept heures, l'incendie n'a rien perdu de son activité jusqu'à ce moment qu'il est : cinq heures du soir. On assure que Bellecour, l'arsenal, le port du Temple, la rue Mercière, la rue Tupin sont totalement incendiés. On peut évaluer la perte de ces deux nuits à 200 millions.
Dubois-Crancé exagérait : les désastres étaient heureusement moins considérables. 11 venait d'envover aux Lyonnais une nouvelle sommation ^ :
L'armée de la République vous a fait bien du mal, parce que vous l'avez voulu. Craignez que ce fléau ne s'augmente et que votre entière destruction ne serve d'exemple à quiconque serait tenté de vous imiter. Nous vous envoyons le bulletin de la Convention nationale 2; vous y verrez que nous avons fait notre devoir, et vous ne doutez pas que nous persisterons dans l'exécution de ses ordres. Ne comptez plus sur les Piémontais, ils sont arrêtés à la sortie de la Maurienne, ne comptez plus sur les Marseillais, ils ont été battus, ils sont rentrés à Marseille, et Carteaux est à Aix. Ne comptez pas sur un acte de faiblesse de la Convention, vous le verrez par le dernier décret qu'elle a rendu à ce sujet. Mais pourquoi en vous soumettant aux lois, douteriez-vous de son indulgence ?
Ne dites pas que vous avez juré de mourir libres ; votre liberté ne peut être que celle que toute la France a jurée. Tout autre acte de liberté prétendue est un acte de rébellion contre la nation entière 3.
Le Bulletin auquel fait allusion Dubois-Crancé était le résumé de la séance delà Convention du 21 aoiU. Barrère avait dénoncé de prétendus excès, commis par le corps expéditionnaire lyonnais dans le Forez, et la Convention
1. La lettre de Dubois-Crancé parvenait à trois heures aux avant-postes de la Croix-Rouge.
2. Ce Bulletin était le procès-verbal de la séance du 21 dont nous indiquons les dispositions principales plus loin.
3. Bulletin des autorités niilitaires chavf/ées du sièffe de Lyon, Paris, Charavay, 1845.
avait décrété la nomination de trois de ses membres, Couthon, Chàteauneuf-Randon et Maignet, adjoints, avec des pouvoirs illimités, aux représentants qui étaient en mission à Tarmée devant Lyon.
En attendant, Tultimatum de Dubois-Crancé, contre* signé par Gauthier et Cliambon, déclarait qu'un délai de trois heures seulement était accordé aux assiégés pour répondre; ces trois heures passées, le bombardement reprendrait.
Quand il communiqua à la Convention sa nouvelle sommation, Dubois-Crancé s'indignait de ce que, des avantpostes, on distinguait sur les clochers « le signe de la persistance dans la rébellion, le drapeau noir! » Or le drapeau tricolore flottait sur tous les édifices publics de Lyon et le drapeau noir n était arboré que sur les hôpitaux, pour indiquer ces asiles de la soufl*rance que doivent épargner tous les peuples civilisés. Dubois-Crancé ne pouvait s'y tromper.
A son arrogant message, qui parvenait à dix heures, les autorités lyonnaises répondirent dans la soirée :
Lorsque vous nous envoyez des dépêches, vous ne donnez point au peuple de Lyon le temps de délibérer, les hostilités continuent. Quelles que soient vos résolutions sur ce point, nous allons lui soumettre le contenu de votre lettre et le Bulletin de la Convention qui y était joint. Le résultat de sa délibération vous sera transmis aussitôt qu'elle aura eu lieu *.
Les mortiers avaient tiré quelques coups dans la soirée, les représentants tirent cesser leur tir, mais sous la réserve de le reprendre immédiatement dès qu^ils Tordonneraient. Kellermann et ses généraux n'élevèrent aucune objection devant cette usurpation de fonctions.
1. Cette réponse, reproduite par Guillon de Monléon {Sièrje de Lyon^ t. I. p. 419) est résumée dans les Rapports des trois camps^ du 2.ï au 26. {Archives historiques de la Guerre : Armée des Alpes^ août 1193.)
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A Lyon, les sections sont convoquées dès la matinée, leurs délégués se rendent, vers dix heures, h rhôlel commun. Lecture est donnée de la lettre des représentants et du Bulletin de la Convention. Une discussion agitée s'engage, mais le président Bémani informe FAssemblée de l'arrivée d'un officier du général Grandval. Le général qui, malgré sa blessure, est resté dans une maison de la Croix-Rouge, fait savoir que les avant-postes du camp de Caluire continuent à tirer des coups de fusil sur ses troupes* et que, par conséquent, il n'y a pas de trêve. Un mouvement d'indignation se manifeste; la discussion reprend, pleine de véhémences, au bruit du canon. Vers midi, un nouveau trompette arrive avec un nouveau message de Dubois-Crancé ; il n'est plus temps de délibérer^.
Voici dans quels termes débutait cette sommation, plus insolente encore que les précédentes :
Le délai est passé, toute tergiversation est inutile. L^armée va recevoir ordre d'agir jusqu'à ce qu'il ne reste plus de rebelles aux décrets de la Convention nationale.
Quant aux plaintes des Lyonnais sur ce que les hôpitaux servaient de cibles à rartillerie des assiégeants, les représentants y répondaient brutalement :
Le rapport que vous a fait un de vos chefs est faux. Lisez celui du général Dumuy ■'*.