CHAPITRE XVIII
Dans la seconde quinzaine de juillet, pendant que le corps principal de la petite armée lyonnaise restait à Saint-Etienne, sous les ordresdu capitaine quartier-maître Puy \ le détachement de Montbrison grossissait sensiblement, surtout pour la cavalerie. De nouvelles et brillantes recrues se présentaient h M. de Courtine, ancien officier, qui commandait les cavaliers lyonnais et au commandant Roche, vieux militaire d'allures un peu revêches, qui gardait le commandement supérieur du détachement. La famille de Maubou, qui tenait le premier rang à Montbrison, donna plusieurs fêtes en Thonneur de l'insurrection lyonnaise*-'. L'élément royaliste y figurait nombreux et s'affirmait sans provocation, mais avec une gaieté pleine d'illusions. Comme dans le Velay et le Vivarais, certaines paroisses du canton de Saint-Galmier étaient restées ardemment catholiques et les prêtres assermentés n'avaient pu s'y imposer. Le pays était d'aspect sévère, âpre, montagneux, très boisé; les habitants d'habitudes sobres, d'aspect un peu farouche, se groupaient volontiers autour dos anciens seigneurs qui n'avaient pas émigré. Les uns et les autres regrettaient l'ancien ordre de choses. Plusieurs gentilshommes y avaient armé les paysans, les réunissaient dans des conciliabules secrets et les préparaient à une insur-
1. Cf. Joachim Piiy, Expédition des l,yonnaii> dans le Fnrez, uvec prêf.icr et notes de MM. Louis Ghaleyer, Gustave Vericel et J.-M. Devet, Saint- Etienne et Lj'on, imprimerie Ttieolier, 1S80, p. 38.
2. Manuscrit du man/nis de l*oncins, communiqué par le comte Bernard de Ponrins.
rection prochaine. Ils s'appelaient Camille de Meaux, chevalier de Merlieux, ex-capitaine au régiment de Bourbon et frère du président du baillage de Montbrison, le comte de Bésignan, M. de Lesgallerye et plusieurs autres anciens officiers. Bientôt d'ardents coopérateurs s'étaient joints à eux : les trois frères Croizier (Antoine, Louis et Jean- François), M. Bergasse et deux prc^tres pleins de foi et d'énergie, aux tempéraments de missionnaire ; Tabbé Guillot, ancien curé de Chevrière, et l'abbé Jaquemont^ ancien curé de Saint-Médard, paroisse voisine.
Les Croizier étaient de simples cultivateurs mais fort aisés et ayant quelque instruction. Us habitaient [i peu de distance du bourg de Chevrières,au hameau de la Badouillière, une vaste maison carrée plutôt ferme que château'^ où ils donnaient l'hospitalité à ceux de leurs voisins qui témoignaient de l'hostilité à la République. Quand ceuxci furent assez nombreux pour former une troupe de 300 hoiçmes, ils se réunirent en armes à proximité des souterrains creusés au milieu des bois de Montjasson et de Charavay'L Antoine Croizier prêchait ouvertement l'insurrection, son allure martiale, sa parole chaleureuse, sa belle tête au profil bourbonien, qui rappelait les traits du roi Louis XVI » produisaient une vive impression sur ses auditeurs. Les gentilshommes du pays affirmaient, en toute occasion, leur sympathie et leur confiance dans ce chef populaire.
Le château de Chevrières, imposante construction féodale, et ancien fief des Mitte de Mons, vieille famille catholique très considérée, appartenait depuis 1788, à M. Chauvet de la Chance qui, quelques années après.
i. L'abbé Jarciucmont. jçrand-oncle du capitaine des zouaves pontificaux, auteur de la C«//7>^/.7//c ^/é* s Zouaves pontificnn.r en France, devait malheureusement partager pendant «pirlqiie temps los ttiéories jansénistes.
2. Cf. l'intéressant ouvrage de labbi' Charles Signrrin, le Roi de Chevnères, curieur éjnsodi' fie la Terreur. Lvon. Witte, I8î)3.