Perenon, dans ses Soles sur le Siège de Lyon^ p
336 l'insurrection de lyon en 1793
paguie de la comtesse Bollioud de Ghanzieu, femme du capitaine, aux cantonnements d'Oullins ou de Pierre Bénite, à cheval, comme les Ligueuses au xvi' siècle.
(Tétait fête au bivouac des chasseurs quand arrivaient M"** d'Yvolet et de Chanzieu; Tune et l'autre étaient charmantes, enjouées, spirituelles. La première jouait de la harpe, composait des morceaux de poésie lyrique qu elle chantait k ravir; c'était aussi une escrimeuse de première force, montrant volontiers son adresse, le fleuret à la main, et rêvant de provoquer, en combat singulier, quelque officier des hussards de Kellermann. Sa compagne, moins redoutable, avait une réputation méritée d'écuyère. Ce n'était point sans difficultés ni sans regrets que l'on renvoyait à Lyon, sous un feu roulant de madrigaux, les deux jeunes femmes.
L'ancien commandant de l'escadron, le colonelJossinet, ex-officier supérieur de la maréchaussée, qui avait l'abord rude et le commandement un peu brutal, se sentait désarmé devant les belles visiteuses et se proclamait « le plus enchaîné de leurs esclaves » . Le pauvre colonel ne devait pas répéter bien longtemps ses hiperboliques déclarations, car ainsi que nous l'avons vu, le 1" septembre, une chute de cheval lui fracassait le crâne contre une borne, sur le grand chemin d'Oullins^
Dans la France entière la mode était aux chansons, en dépit de tous les ochafauds que dressait la Terreur victorieuse.
A Lyon, sur les places, dans les rues, on chanta presque jusqu'à la fin du siège. Le rôle d'Ange Pitou était le plus souvent tenu par un simple cavalier, brillant soldat à l'heure du danger, mais au bivouac et à la caserne d'allures mélancoliques. 11 cachait soigneusement son nom et son état social sous le pseudonyme de Petit-Frodéric. La plus populaire de ses chansons s'appelait le Chant des cavaliers; non
1. Stoyort, Liste des officiers tués oti morts de leurs blessures.
seulement elle était constamment fredonnée par les chasseurs de Précy, mais on Tentendait dans les casernes d'infanterie, dans les redoutes, sur les plates-formes des batteries. Les femmes et les enfants la chantaient à leurs fenôtres, à Tatelier. Le soir, pendant le bombardement, entre deux bombes qui éclataient, les strophes incorrectes, mais vibrantes comme une sonnerie au drapeau, se faisaient entendre, crânement chantées par des jeunes filles, par des apprentis :
(Sur Tair du Cfiant du Départ.)
Beaux cavaliers en campagne, Le sabre au poing, la bride aux dents, Elançons-nous sur la Montagne* Point de quartier pour les brigands !
Brisons sous nos talons de bottes, Ecrasons tous les sans-culottes.
Tremblez donc, sacrés Jacobins, Voilà, Voilà les Muscadins !
Pour vos soldats de pacotille, Nos murailles seront d*airain Et les quenouilles de nos filles Seront trop lourdes dans vos mains.
Car sachez que les muscadines.
Ont pour amants des carabines Tremblez donc, sacrés Jacobins Voilà, Voilà les Muscadins!
Oui, tremblez tous, coupeurs de tête Bourreaux de Roi, buveurs de sang, Contre vous le Lion s'apprête Il veut combattre un contre cent La mort n'est rien pour qui la brave, La honte seule est pour Tesclave.
Honte à vous, sacrés Jacobins Voilà, Voilà les Muscadins!