Nous ne donnons que les couplets les plus connus
Dans tes mains tu tiens la bannière
De Tauguste fraternité;
Et Tennemi de la Cité
Sous tes coups mordra la poussière,
Chasseurs et fantassins, etc.
La dernière était réservée à rartillerie lyonnaise :
Foudroyons leur horde infernale, Prudents et braves canonniers, Détruisons cet affreux dédale, Cueillons le plus beau des lauriers, Que nos canons soient le tonnerre.
A l'exemple de Jupiter, Frappons tous ces suppôts d'enfer.
Qui brûlent d'infester la terre.
Chasseurs et fantassins, etc.
La grande majorité de la population était républicaine, l'opinion royaliste n'était représentée que par une petite minorité, mais cette minorité constituait la partie la plus active, la plus audacieuse, la plîis imprudente aussi, surtout chez les femmes. Beaucoup de jeunes femmes, en effet, beaucoup de jeunes lilles, appartenant à la vieille bourgeoisie lyonnaise et môme au peuple, dissimulaient mal leurs sentiments monarchiques et accusaient leurs maris ou leurs frères d'excès de prudence. Elles avaient brodé un nombre incalculable de cocardes blanches que bien des soldats de la défense dissimulaient sous leurs vêtements.
Dans la soirée du 28 août^ une jeune ouvrière en soie traversait Tune des rues les plus fréquentées du quartier des Terreaux, portant sous son tablier un paquet assez volumineux. Le bombardement sévissait surtout la nuit, aussi la circulation reprenait-elle à certains mo-
{. C'est à tort que Balleyilier mentionne cet épisode avant la seconde quinzaine d'août.
3(50 l'insurrection de lyon en 1793
ments. Un enfant, en courant, fit trébucher la jeune fille, le paquet s'échappa du tablier... plus de cent cocardes blanches tombèrent sur le sol. Aussitôt on s'écria : « Trahison! Voici les agents de Pill et Cobourg! C'est une aristocrate! C'est une émigrée! » La foule s'amassa, excitée par des Jacobins toujours aux aguets, trop heureux de se venger sur un être sans défense, on conduisit la jeune fille devant la Commission militaire. Deux de ses membres se récusèrent, les autres commirent la lâcheté de condamner à mort cette enfant qui n'avait pas vingt ans, qui n'était même pas la vraie coupable, car elle transportait un paquet qu'on lui avait confié.
L'ouvrière ne chercha aucune excuse, ne tenta aucune dénégation. « Je n'ai pas de complice, dit-elle. Qu'on m'applique la loi qui fait fusiller et non pas celle qui envoie à la guillotine. Qu'on m'accorde aussi quelques heures pour recevoir les secours fortifiants de la Religion! » La Commission militaire ne pouvait refuser une telle requête et dans la soirée, sous le. titre d'ami et avec un travestissement de garde national, un prêtre non assermenté put pénétrer dans sa prison et lui port-er la communion.
Les juges espéraient évidemment que la peine serait commuée en un emprisonnement. 11 non fut rien, Précy, qui en fut avisé d'autant plus sûrement qu'au moment de l'arrestation son nom avait été publiquement prononcé, Précy ne s'interposa pas, prudentcomme Kellermann... Le lendemain, à six heures du soir, la peli le porteuse de cocardes fut conduite de la prison de Roanne sur la place des Terreaux, à l'angle de la rue de Clermonl •. Un peloton de gardes nationaux, de ceux qui ne combattaient pas, mais qui assuraient la police, braqua ses fusils sur cette
i. Gomle Léon «le Ponciiis, le Sic(/e de Ln^n f extrait «lu Conespondanl, is-il). « Ils ne rc«'ulèreiit pas «levant un «rime, une jeune fille qui traversait le poril avec «les cocar«les piactM'S «lans son tablier, fut arrêtée, oon<laninéc à ni«)rt et fusillé»'. »
frêle poitrine et la fracassa de dix balles*. L'ouvrière tomba sans pousser un cri, les yeux au ciel, les mains jointes autour de son chapelet. Elle avait Tàme d'une Vendéenne !
L'histoire ignore toujours le nom de cette martyre, car le Bulletin départemental^ l'organe officiel, pour mieux dissimuler ce forfait, voulut cacher que la victime était une femme :
La Commission militaire vient par un nouvel exemple d'intimider les malveillants en condamnant à mort et en faisant exécuter hier ux de ces coupables qui avaient conspiré ^
De part et d'autre, les communications officielles ne respectaient pas la vérité. Les représentants écrivaient au Comité de Salut public que la défense de Lyon ne pouvait se prolonger au-delà de quelques jours, ils affirmaient de nouveau que Tétat-major des rebelles se cachait dans quelque abri de la chaussée de Perrachc pour s'évader plus facilement, que l'émigration de la classe pauvre était « prodigieuse », etc. En réalité, Précy et son étatmajor n'avait pas changé de quartier général et jusqu'au milieu de septembre, bien peu d'habitants cherchèrent à sortir de Lyon. M"" des EcheroUes dans ses souvenirs d'enfance, raconte que son père, le vieux général, avait été chargé de la défense de la porte Saint-Irénée, située du côté de Sainte-Foy, fonctions dont l'ancien lieutenantcolonel de « Royal, s'acquitta avec beaucoup de zèle et d'énergie ».
Sa famille le suivit dans le quartier de Saint-lrénée, beaucoup d'habitants du centre de la ville, fuyant le bombardement mais ne voulant pas quitter Lyon, vinrent se réfugier dans le faubourg bâti sur la montagne. « Les maisons encombrées d'habitants furent occupées depuis la cave jusqu'au grenier, et, faute d'abri, l'église souter-