GÉNÉRAL
Nous vous envoyons copie des lettres désastreuses que nous recevons de nos collègues. Vous commandes les deux armées des Alpes et d'Italie. Voilà le moment de sauver la République, il n'est plus d'autre combinaison à faire que celle de marcher à Tennemi.
Saint-Remi part en poste pour se combiner avec vous, envoyez-nous un exprès qui nous annonce votre décision, mais ne perdez pas de vue que si Ton quitte le siège de Lyon, tout est perdu. Il faut, au contraire, former des moyens contre cette ville et contre Toulon. Voilà les deux points capitaux de notre salut.
Dubois-Crancé, Gauthier *.
La trahison ne désarmait pas et visait surtout Précy; une femme et deux de ses complices étaient entrés en relations avec un vieux serviteur que le général avait amené de Bourgogne. Ils parvinrent à substituer des aliments empoisonnés à la nourriture très frugale que Précy prenait avec ses aides de camp. Un troisième complice, surpris en flagrant délit d'incendie, les dénonça sur la promesse qu'on lui ferait grâce; la Commission militain» condamna à mort les empoisonneurs et les fit exécuttM^ deux heures après le jugement. L'affaire fut tenue aussi secrète que possible. On connut cependant les noms dos deux principaux coupables : Basson et Marque*.
1. Archives hiêloriques de la fiuerre : Année des Alpes^ septembre 1793.
2. Histoire du siège de Lj/on, par un officier do l'état-major du siège échappé au carnage et retiré en Suisse. Lausanne, 1793. Gonon {Bibliographie) mentionne plusieurs jugements de la commission composée de Loir, président, de Vichy, de Chàleauvieux, de Planligny, Ravarin et Deschamps, juges. Moulin, secrétaire greffier, exécutés à la date du 6 septembre.
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Malgré les précautions prises pour ne pas divulguer Taffaire, Précy recrut à ce sujet de nombreux témoignages de sympathie. Il se rendait, le 3 septembre, à la Croix-Rousse, et les boulets rouges des batteries de Montessuy ricochaient dans le faubourg Saint-Clair. Les habitants, apercevant de leurs fenêtres le général, descendirent malgré les projectiles et Tacclamèrent en rassurant qu'ils défendraient résolument leur quartier, leurs maisons, même au milieu des décombres, pendant que leurs concitoyens plus jeunes feraient le coup de feu aux avant-postes ou serviraient les batteries. Des vieillards dirent môme au général qu'ils se sentaient assez valides pour faire partie dés troupes de sortie s'il devait en former. Sans tenter de mettre à Tépreuve des bonnes volontés un peu fragiles, Précy fut touché de ces sentiments, en raison surtout des circonstances où ils s'exprimaient, et quand il rentra à son quartier général, il rédigea une courte proclamation qui porte la date du même jour, 3 septembre :
Citoyens,
Les bombes, les boulets rouges n'ont point altéré votre courage. Continuez, braves Lyonnais, j'aime k rendre justice aux sentiments qui vous animent, mais je voue au mépris et à la haine publique ceux qui, cédant à la crainte, osent trahir une si belle cause. Vous défendez celle de la République entière'.
A peine ce témoignage de satisfaction était-il afliché que la population apprenait avec mécontentement les jugements trop indulgents rendus par la Commission militaire. Plusieurs femmes aux gages du parti jacobin avaient été encore arrêtées au moment où elles plaidaient sur les toits des matières enflammées alin de servir de cibles à Tartillerie ennemi. Au lieu de les condamnera
1. Gonon, liihlingraphie de Lyon, pièce 1373, 3 septembre 1193.
LES PlUSONNIERS EN PÉRIL A LYON 391
la réclusion, ou même comme il en avait été question, à des travaux de terrassement ou de transport de matériaux, la Commission se borna h leur faire raser le sourcil droit et les cheveux de la partie gauche de la tête ^ Et la même Commission avait fait fusiller la petite porteuse de cocardes !...
Une femme, nommée Elisabeth Aubertin, futconvaincue de communications d'espionnage avec les représentants *. Grâce à la faiblesse d'un capitaine de Tarmée lyonnaise, elle avait eu des renseignements certains sur les effectifs des différents postes et sur les ressources en munitions d'artillerie de quelques batteries, elle fut surprise en flagrant délit. Rien ne l'excusait, il fut prouvé qu'elle obéissait autant à Tappât du lucre pour sa honteuse besogne qu*à la haine de tout ce qui n'était pas jacobin. La Commission eut encore la faiblesse de la condamner à la peine dérisoire de deux heures de pilori pendant trois jours sur la place des Terreaux^.
Cet excès de faiblesse produisit une véritable indignation dès qu'il fut connu. Dans les sections, les citoyens proposèrent d'abord de réclamer aux autorités la destitution des membres de la Commission militaire et leur emprisonnement, puis il fut question de forcer l'entrée des prisons, surtout celle de Roanne, de s'emparer des prisonniers accusés d'espionnage, de complicité d'incendie ou même de jacohinisme et de les fusiller, sans aulro forme de procès^ Ce projet fut connu dans les casernes où les compagnies soldées l'approuvèrent absolument. Le cavalier si brave, qui s'appelait Deboze, déclara que jamais les Lyonnais ne repousseraient Tarmée qui les assiégeait s'ils ne faisaient pas trembler les Jacobins qui étaient restés dans la ville.
Le bruit qu'on allait pénétrer de force dans la prison
!. Bnlleydier, Histnire du peuple de Ltjon^ t. II, p. 68.