‹ Contre la terreurChapitre 299 sur 400 · Cti. Aulagnier, p · texte numérisé non relu

Cti. Aulagnier, p

guerre civile, la solidarité s'établit vite entre combattants de la même cause; aussi Carton de Gramont et ses compagnons furent-ils accueillis en frères malheureux par leurs camarades K

Rimberg n'apprit pas sans douleur le sort de la colonne Nicolay; beaucoup de ceux qui Tentouraient pleuraient un être cher. L'énergie du général ne faiblit pas un instant; comme au combat des rues de Saint- Etienne, comme à celui de Salvizinet, il rendit à chacun le sentiment du devoir militaire. Dans la nuit du 13 au 14, ses chasseurs noirs, gardes-chasse ou métayers, admirablement disciplinés, furent envoyés sur un point extrêmement élevé, au-dessus du bois de la Hyène. Ils devaient indiquer par des signaux, dans la matinée, si les environs paraissaient dégarnis de troupes ennemies ou si, au contraire, une attaque semblait prochaine.

Dans les deux éventualités, Rimberg prenait ses dispositions ; il avait envoyé des cavaliers intelligents en vedette, sous la surv'eillance des excellents officiers de cavalerie dont il disposait, MM. 'du Rozier, de Maubou, Gavot, de Courtine, Duguet du Bullion et se sentait à l'abri (le toute surprise.

L'ancien capitaine de Royal-Auvergne avait su éviter surprises et guets-apens, pendant les deux étapes de Montbrison à Feurs et do Feurs à Duerne, gardant sa troupe bien massée, en d^pit de ses chariots de grains et de farines el des charettes des émigrantsde Saint-liltienne, de Montbrison et de Feurs. L'artillerie composée de quatre pièces était en tète et en queue, le convoi au milieu, encadré par la cavalerie. L'infanterie que commandaient lieux Foréziens, MM. Puv de Mussieu et de Pélissac, marchait en lonnation de route prête à se déployer soit en

1. Ch. Aula^'nuT, p. 61. — L'iiiiteur croit (jue U présence de la colonne Rimberg arrtHa la poursuite. Cette opinion nous parait erronée, le générai Fugière et le commandant du détachement de Chazelles ignoraient (pie Duerne fût occupé par les Lyonnais, sans quoi ils les auraient certainement attaqués.

tirailleurs, en colonne d'attaque ou en ligne de bataille. Dans cette vie de marche et de combat en rase campagne, Téducation militaire se fait mieux quederrière les remparts, et les soldats de l'expédition du Forez s'étaient formés plus vite que les défenseurs des redoutes lyonnaises.

Toutefois un rassemblement de paysans armés surprit un jour MM. de Meaux et Praire-Royet qui, avec quelques Montbrisonnais, faisaient une reconnaissance dans les bois de Sainte-Foy TArgentière, à peu de distance de Duerne. L'ancien capitaine au régiment de Bourbon et Tex-maire de Saint-Etienne* eurent le temps de donner l'alerte à leurs compagnons qui purent rejoindre la colonne. Ils tentèrent eux-mêmes de se faire jour Tépée à la main; accablés sous le nombre, ils furent terrassés et faits prisonniers. On les conduisit à Fugière qui les envoya à la Pape*, devant Dubois-Crancé. Leur détention devait durer près de deux mois et demi, Téchafaud les attendait.

Les reconnaissances furent désormais moinsaudacieuses et la colonne, constamment sur ses gardes, se fil respecter des populations mal disposées et des détachements qui, après avoir occupé Montbrison, étaient allés h BoCn réveiller l'esprit jacobin et qui projetaient la même opération à Feurs.

Le 14 septembre, dans la matinée, Rimberg reçut plusieurs rapports constatant qu'aucune troupe ennemie n'était en vue. Il résolut de reprendre la marche sur Lyon par Yzeron, Grézieu-la-Varenne et Francheville. On rencontrerait probablement l'ennemi en force devant Lyon, une action s'engagerait. Si Précy ne faisait pas une sortie, la colonne du Forez serait écrasée, mais, en entendant le canon de son lieutenant, le général en chef des Lyonnais viendrait à la rescousse!

Aussi, gardant son esprit calme et résolu, Rimberg

1. Dubois-Crancé et Gauthier n'annoncèrent cette capture que dans leur rapport du IT septembre i.irrhirfs Uislnr'njues de la Guerre : Année fies Alpes).

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réunit sa troupe, fit faire Tappel lentement, soigneusement, contrôlant lui-môme l'effectif de ses petites unités. En défalquant les blessés de Chazelles et quelques malades, il n'y avait guère que trois cents combattants, y compris les dernières recrues de Feurs et de Duerne ' qui se décomposaient ainsi : 100 Lyonnais, 58 de Saint- Etienne et des environs, 170 de Montbrison, 72 de Feurs et de Duerne.

Sans présenter la situation sous des couleurs trop sombres, Rimberg ne cacha pas aux émigrants que, d'une part, Lyon ne serait probablement pas atteint sans combat et que, d'autre part, les subsistances devaient y avoir beaucoup diminué. Quelques-uns firent leurs adieux aux militaires de la colonne et à leurs compatriotes : « Au revoir, se disait-on, nous reviendrons bientôt^. » Illusion que devait détruire bien vite le vent de proscription qui souffla sur toute la région! Los émigrants qui rentraient au pays allaient subir les rigueurs du féroce tribunal de Feurs, ceux qui marchaient vers Lyon étaient destinés h comparaître devant une aussi impitoyable juridiction.

On partait par un clair soleil de septembre. A cette petite tribu ambulante il restait l'espoir, la vigueur, Tentrain. Les vedettes Tavaientralliée, d'autres cavaliers, souslesordres du capitaine du Rozier, formaient une extrême avant-garde. Sur la grande route de Montbrison à Lyon, la troupe de Rimberg marchait alertement, prête à accepter le combat si l'ennemi l'offrait. Les hommes ou trop vieux ou trop jeunes qui n'avaient pas d'armes on qui tout au moins ne prenaient pas rang dans les troupes, paraissaient tout disposés à s'aguerrir. Les femmes elles-mêmes, surtout les jeunes et c'était le plus grand nombre, semblaient intrépides. « Allons h Lyon! Allons dans la grande ville qui brave les Jacobins! » Voici ce qu'on lisait dans les

1. Plusieurs habitants de Duerne s'étaient joints à la colonne dès son arrivée. On les admit sans bien les connaître, et cependant il n'y eut point lieu de s'en re|)entir.

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