‹ Contre la terreurChapitre 304 sur 400 · Manns«Tit du marquis «ie Poncins · texte numérisé non relu

Manns«Tit du marquis «ie Poncins

2. Alexîindrine des Erlierolles, une Foinille nohle sous la Teneitr^ p. 87.

UN COMBAT DÉMONSTRATIF BIEN MENÉ 4i5

leur apprentissage du bombardement, car des projectiles arrivent des batteries de la Guillotière. Enfin les rangs sont rompus, les militaires veulent aller en bon ordre sur la place des Terreaux, saluer les autorités administratives, les Foréziens non combattants entrent alors au hasard dans les maisons. On leur accorde une hospitalité un peu froide, quelque peu chagrine, mais qui devient cependant plus cordiale et plus charitable à Tégard des femmes ^ Leur aspect imposait la pitié. Quelquesunes suivaient leurs maris à cheval, et l'on affirmait qu'elles ne les avaient point quittés pendant la fusillade 2.

« Celles qui n'avaient pas de chevaux, lisons-nous dans les Souvenirs (fun officier républicain en 1793'*, étaient montées sur les caissons de Tartillerie avec leurs enfants dans leurs bras ou accrochés comme ils pouvaient à leurs jupes. 11 y en avait jusque sur les canons, ot si une nuit de bivouac suffit pour donner aux troupes les mieux équipées et disciplinées un aspect terreux et livide impossible à décrire, il n'est pas d'expression qui puisse rendre celui de femmes et d'enfants ayant bivouaqué une ou deux nuits avec des vêtements qui se souillent et se déchirent d'autant plus vite qu'ils sont plus luxueux. Des fraîches toilettes d'été de l'avant-veille, il ne restait plus aux pauvres dames de Montbrison que de sordides haillons et du linge malpropre. Leurs cheveux dépeignés, embrouillés et dépoudrés étaient collés sur leurs figures hâves et terreuses. La fraîcheur de leur teint avait disparu sous un masque de poussière. Elles

i. Morin, dans son Histoire de Lyon (t. III, p. -iOI), affirme que la colonne de aimberg avait emmené prisonnière la mère de Javogues en quittant Montbrison. Cette assertion se trouve dans un rapport de ChAteauneuf-Handon. Dans tous les cas, la vie de M~* Javogues fut respectée, contrairement à ce qui devait se passer à l'égard de tant de feiumes lyonnaises arrêtées à la suite du siège.

2. G. d'Orcet, le Siège de Lffon^ sourenirs d'un officier réinihlicain en 1793 {Revue britannique, iS80, nouvelle série, t. 111, p. 81).

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faisaient peur à voir. Et ce n'était que le commencement de leurs souffrances*!... »

Le tableau un peu sombre, d après les Souvenirs de fofficier républicain^ caché sans doute dans Lyon en « éclaireur » de Tarmée de siège, devait s'éclaircir. La plupart de ces femmes étaient jeunes, beaucoup étaient belles, elles retrouvèrent leur grâce et leur gaieté et Ton entendit encore des rires et des chansons, quand les fugitives se virent plus cordialement accueillies.

Plusieurs d entre elles, dit M"" des Kcherolles^ restèrent dans le quartier que nous habitions.

On les logea le mieux qu'il fût possible et chacun prélevant sur son nécessaire, leur envoya des présents que le dénûment où elles se trouvaient leur rendait précieux. Les uns envoyèrent un peu de pain ou de farine, les autres, un petit morceau de viande, quelques personnes leur donnèrent des vêtements. Notre offrande fut une écuelle de haricots blancs.

Il ne semble pas que les autorités civiles aient fait aux braves de la colonne Rimberg Taccueil qu'ils méritaient, ne fût-ce que pour les approvisionnements ramenés par eux à travers tant de périls. Seul Précy les remercia publiquement, en soldat qui parle à des soldats, et il faut ajouter aussi en gentilhomme qui s'adresse à ses égaux L Les corps administratifs estimèrent sans doute que le contingent de Montbrison et de Feurs comptait trop d'ofliciers de l'ancien régime, trop d'aristocrates, et

1. G. d'Orcet, Hrvue hrifnnnif/ur, 1880, nouvelle série, t. III, p. 88.

2. Alexaiidriiie des Echerolles, une Fcnn'iUe noide smis la Terreur. Paris, Pion, 1000, p. S!). L'auteur mentionne (p. 87 ; « M™" Camille Jordan, à cheval à côté de son mari qu'elle n'avait pas quitté pendant plusieurs atTaires sérieuses. ^ — M"* des Flcherolles, ordinairement si exacte, commet une erreur, car Camille Jordan, <|ui n'avail d'ailleurs que viu^t-deux ans, n'était pas njarié à cette épocjne. (Rt'nsfii/nr/tu'u/s f'nunùs pur la /'aniillc Jordan.)

.3. Le jL'éiiéral Jun^ dans son ouvrai^e sur Dubois-Crniicé, appelle Précy un soldat de fortune. Itappelous «pie Perrin de Précy appartenait à une aiii'ienne famille de Honi"j,^)j;ue, dej»ui*^ longtemps en })osses3ion de la noblesse, <\n\\ «'t.iil chevalier de Saint-Loui> depuis IlSl à trente-huit ans, lieutenant-colonel en IIS'», c'est-r'i-dire à (]unraule-deux ans. 11 avait donc tout lieu d'e>pér«M- de devenir offiejcr général.

leur Bulletin officiel garda le silence sur l'entrée dans Lyon de cette poignée d'hommes qui avait occupé le Forez et qui s'y était maintenu contre des forces supérieures, pendant plus de deux mois. Seule la confraternité militaire devait dédommager de tant d'ingratitude les vainqueurs de Rive-de-Gier, de Saint-Etienne, de Boën et de Salvizinel.

Les circonstances exigeaient cependant le concours de tous les efforts et Tunion la plus absolue. Dans cette môme journée du 15 septembre, Précy adressa directement aux Comités de surveillance des sections une lettre dans laquelle il constate la diminution numérique des forces militaires dont il peut disposer. Certes les maladies et le feu de l'ennemi n'en sont que des causes trop visibles, mais il y a aussi des citoyens insouciants qui ne répondent pas à Tappel de la cité, il y en a qui, par des subterfuges coupables, se soustraient au devoir de concourir à la défense générale.

Le général commandant la force de sûreté de Rhôneet-Loire demande donc aux Comités de surveillance de faire d'activés recherches. « Qu'ils engagent tout citoyen qui n'aura pas encore pris les armes à s'incorporer de suite dans son bataillon ou même dans une compagnie casernée* ». Les Comités sauront discerner les hommes en état de combattre de ceux que leur état de santé ou leur âge rendrait inutiles ou gênants, et le général termine par cette phrase vibrante :

Ceux qui ne se rendront pas à cet appel seront des lâches ou des traîtres, qu'ils soient traités comme tels sans avoir égard à aucune réclamation. La ville en ce moment n'a besoin que des gens utiles, elle est en danger, il ne doit y avoir qu'un seul cri : « Sauvons-la ou périssons tous ^ ! »

1. Nous rappelons «juc les conipagiiies caseriiées, composées de grenailiers et «le «'h.isseurs, roiislitiiaieiit les troupes actives destinées aux opérations à l'extérienr.

2. iiCf/tsfrc de la C,(Hninis.sion de surreillunce des droits de l'hotnme. — V. Varscn, Docuinenfs imprhnés {Lyon en 171)3 : le Sièye)^ p. 124.

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Le même jour, Précy, qui avait apprécié dans plusieurs affaires un jeune officier qui suivait en volontaire son état-major et qui s'était distingué par ses qualités militaires, avait demandé aux corps administratifs de ratifier la proposition d'adjudant-général faite en sa faveur. Le président Gilibert avait signé le brevet au nom que lui indiquait Précy, nom fort modeste, et qui ne pouvait offusquer les susceptibilités républicaines de Tbôtel commun : Arnaud. En réalité, le citoyen Arnaud s'appelait le chevalier Isidore de Melon'. Ancien sous-lieutenant au régiment de Beaujolais, un an auparavant, il avait été l'un des organisateurs de la chouannerie du Vivarais.

Après la défaite de Saint-André-de-Cruzières, où il fit des prodiges de valeur, le chevalier de Melon avait pu s'échapper et gagner Lyon. Pendant plusieurs mois, il y vécut en se faisant passer pour un employé de commerce. Ardent royaliste, il n'avait pas vu sans regret les déclarations républicaines de l'insurrection lyonnaise, et s'était borné à combattre les Jacobins, en gardant le secret sur son nom et sur son grade. Mais sa bravoure, son sang-froid, les conseils qu'il donnait à ses compagnons d'armes inexpérimentés ou irrésolus le dénoncèrent au général on chef. Dans un entretien plein de cordialité, Précy lui arracha la confidence de son passé d'aventures héroïques- et, tout en l'engageant à ne pas dévoiler son nom, le décida à accepter le grade d'adjudant-général.

1. Louis «le la Roque, Armftrud r/c la nohh'ssr (ht Uuif/uedoc, Montpellier, Seguin, 1N60, t. II, Funtille tle Melon. — Joseph de Melon, qui prit part à rassemblée <le la noblesse en 1780, .ivail épous»* Philippine de Ho(piefruille, dont il eut six enfants. I.r second est ainsi nientioiuié : « Isidore, colonrl adjudant-major de l'armée lyonnaise en l'î>3, connu sous le nom du giMiénil Arnaud. »

2. <•. Le chevalier de Melon surtout, jeune enthcmsiast»' de vin^t-qualre ans, animé d'une ardente foi dans le succès de la cause royale, brave. éloquent, brillant, ]iersu.'isif, (pii ne r«>vait que de lauriers h moissonner, et brûl.iit de vaincre ou de mom'ir. w Krnest Daudet, Jlistoin' i/rs cons/tiralions rut/(i/is/fs du Midi sous la Hêvalufinfi. Paris, Hachette, 1881, p. 1.^8.)

dont le brevet * lui parvint le jour môme de Fentrée dans Lyon du détachement du Forez. Le général « Arnaud », comme l'appelèrent les Lyonnais, devait s'entendre avec le général « Rimberg »...

Malheureusement Tun et Tautre arrivaient trop tard, rheure de l'offensive était passée, le cercle des avantpostes allait encore se rétrécir. Pendant la nuit du 15 au 16, le général Guy Coustard, dont la division de Montessuy était renforcée par une brigade de 1 .500 hommes provenant de la garnison de Valenciennes, donna vers minuit l'assaut à la maison Nérac, qui depuis la prise de la maison Panthod, était au centre des ouvrages de la Croix-

1. Nous avons relevé ce brevet dans les pièces de la Collection Cosle^ à la Bihitotkèque municipale de Lyon.

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