‹ Contre la terreurChapitre 328 sur 400 · LES SOMMATIONS DE CIIATEAUNEUF-RANDON · texte numérisé non relu

LES SOMMATIONS DE CIIATEAUNEUF-RANDON

preuve d'une incessante activité, d'une bravoure pleine d'entrain. Le neveu de Précy, Cudel de Montcolon, lui avait été envoyé par le général et les deux jeunes geus, se trouvaient en entière sympathie. Us avaient servi comme sous-lieutenants dans Tancienne armée et combattu à Tarmée de Condé, aussi échangeaient-ils voh)ntiers leurs souvenirs, leurs regrets et leurs espérances. Précy fut informé de leurs propos imprudents, il écrivit aussitôt au chevalier de Melon la lettre qui suit et qui est un document intéressant des derniers jours de la défense de Lyon :

Mon cher Arnaud,

11 me revient qu'en causant à votre table de votre émigration, de vos campagnes avec mon neveu, cela produisait le plus mauvais effet. OaWiez-donc le passé, soyez très prudent, c'est nécessaire pour avoir la considération que vous méritez et même l'autorité ; de grâce, de la prudence.

Je sais que vous avez été canonné, bombardé, que vous avez perdu *... Ce qui ajoute à mes chagrins qui sont vifs, je vous rassure, donnez-moi de suite des nouvelles de votre poste, je n'ai pu aller vous voir, j'ai tant et tant d'affaires.

Adieu, je me repose sur vous et suis très fraternellement tout

à vous.

Le général Précy '.

M. de Rostaing 2 me dit que les travaux n'allaient pas, que La Baume ^ ne paraissait pas. Priez-donc M. du Teil de vous aider. Ne négligez pas cette partie *.

Et en note il y a :

Consulter MM. Arnaud et Rostaing.

\. La phrase est incomplète sur l'original «le la lettre que nous ayons retrouvée aux Arclilves dépariemeittaies.

2. Ancien capitaine au corps royal d'artillerie détaché à la manufacture de Saint-Etienne.

3. M. de la Baume, ancien ingénieur, em|>loyé comme officier du génie.

4. Chef de bataillon d'artillerie, lils du lieutenant-général du Teil.

476 l'insurrection de lyon en 1793

Procy ne pouvait se dissimuler que Tennemi faisait du côté de la Croix-Rousse dos progrès inquiétants. Ses travaux d'approche étaient poussés jusqu'à la Saône ^ Virieu demanda au général en chef l'autorisation de prendre le commandement de tous les bataillons de la Croix-Rousse et d'essayer de reprendre les positions perdues. Précy y consentit et Tancien colonel du régiment de Limousin avait déjà préparé la concentration des forces restreintes dont il disposait, lorsque Précy donna brusquement contre-ordre-. Virieu ne put dominer son irritation, on peut même dire son indignation de voir la défense garder une passivité dont Tennemi s'enhardissait impunément. Le général en chef ne rinterrompit pas, il écoula les reproches de son lieutenant et se borna h lui répondre avec tristesse : « Je recule devant une question de sang... le sang de nos soldats est trop précieux, je dois le ménager^. » Une telle réponse a été appréciée par un éminent historien comme dictée par le ca*ur d'un philanthope et non par celui d'un homme de guerre '•.

Précy n'osait pins évidemment tenter une opération aventureuse dont le succès aurait relevé le moral de la po[)ulation pendant (juel(['iies jours. Mieux informé que Virieu, il se préoccupait surtout du bombardement incessant des batteries de la Guillotière. Les redoutes d'Oullius et de la Duchére que l'ennemi lui avait enlevées devenaient des positions d'attaque fort dangereuses, et les sommations de Gliàteauneuf-Uandon lui avaieut appris rac<*roissement plus que triplé des forces de ses adversaires. Ln fait de sortie, Précy n'en rêvait plus qu'une : celle qu'il faudrait tenter pour toucher à la terr(ï d'asile.

1. Marquis Costa <Ie Iteauregard, le Roma/i d'un rfnjalistc, Souccnirs (fu citmlr tir Virii'U. p. 'M\l.

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