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CHAPITRE XXVI

UN MÉDECIN GÉNÉRAL EN CHEF DE L'ARMÉE DE LA CONVEN- TION. — LES TROIS COMBATS DU 29 SEPTEMBRE (SAINTE- FOY, LA CHAUSSÉE DE PERRACHE, LES BROTTEAUX).

Un journal jacobin de Marseille annonçait en ces termes la révocation de Kellermann, qui succombait aux suspicions du Comité du Salut public et à l'hostilité de Dubois-Crancé :

Kellermann est enfin destitué et remplacé pour le commandement de l'armée des Alpes et de celle contre les rebelles de Lyon par le brave Doppet, chef de la légion des AUobroges. C'est un Montagnard vigoureux. 11 Test de Tépée et de la plume et va tailler des croupières à MM. les Lyonnais, si toutefois ils ne sont pas déjà tous rôtis.

Après avoir répété l'injuste accusation d'inertie désignée contre Kellermann, cependant vainqueur des Piémontais et affirmé que le général Doppet ne ménagerait pas les boulets et les bombes, la feuille terroriste ajoutait :

Tremblez, despotes insensés, vos trônes sont fragiles comme le verre. Les nobles, vos bons amis, ne commandent plus nos armées, les fédéralistes sont guillotinés incarcérés ou consternés. Le peuple a pris son élan * !

« Le peuple » amené parChûteauneuf-Randon et Javogues demeurait toujours prudemment dans ses camps, laissant aux troupes réglées les dangers des colonnes d'attaque et

1. Article reproduit dans les Docutnenfs iiuprimês de M. Vaësen [Lyon en nî)3, le Sièf/e, p. 136).

des avant-postes, son élan restait réservé pour une besogne moins dangereuse, plus profitable et qui devait être aussi plus cruelle.

Malgré les éloges dithyrambiques de la feuille marseillaise, le nouveau général en chef ne s'était occupé jusqu'en septembre 1791, que d'un peu de médecine et de littérature plutôt légère ^ Il ne paraît avoir acquis aucune notoriété « dans l'art de guérir », et quant à ses productions littéraires, elles sont aussi prétentieuses que peu intéressantes. A dix-sept ans, après une année de service dans un régiment de cavalerie, il obtenait son incorporation aux gardes françaises « où, dit-il, il fit pendant trois ans l'apprentissage des armes - ». Ce devait être son meilleur titre, après celui démembre du club des Jacobins de Paris et de celui des Patriotes étrangers (!) ^ pour former la légion des Allobroges, avec un ramassis de déserteurs et de vagabonds, dont le premier combat fut l'attaque et la prise des Tuileries au 10 août.

. Doppet conduisit comme lieutenant-colonel la légion à Tarmée des Alpes. En juin 1793, les Allobroges firent la campagne contre les Marseillais, puis prirent part au siège de Toulon. L'ancien médecin y devint en quelques jours général do brigade et général de division. Le 2o septembre il recevait du Ministre de la Guerre sa nomination de commandant de l'armée des Alpes sous Lyon. Ce général en chef si rapidement improvisé arrivait au quartier général de Vaubois, au camp de la Ferrandière, le 20 décembre "^ Il visila les batteries de la (iuillotiore et approuva avec une légitime modestie les

1. Doppel «écrivit qiielqucs paj^es do médecine, notaininentsur le mat/né~ lisme et son in/luence ctinifirr, et des romans à prétentions philosophiques : <'f/e.s/'tnn ou la Philosophe des Aljies^ Zélamire ou les Linisotts hizarres, etc.

2. Méfmiirrs tle Dupprf. (]«'s inéiiioirP'^. où se rôvôlc ]»eancoup d(; vanité. p.nunMt m 182'i à Paris, chez H.iudiniiii frères. Ou en trouve encore de nombreux exemplaires.

',i. Méinnhe.s (le Dopjn'l. Paris, Bouchuiiu, 18,34, p. 187.

dispositions prises par lo commandant du camp. Le lendemain 27, il alla voir Dubois-Crancé et l'assura de son entière obéissance, admirant plus encore qu'à la Guilloti^re remplacement et l'armement des batteries.

Le j^én^îral Guy-Coustard n'était plus au camp, révoqué lui aussi comme Kellermann, Dumuy, Létrade et tant de braves soldats, victimes des délations. Le commandant des avant-postes devant la Croix-Housse était l'aventureux Petit-(iuillaume, « lef^Miéraldavant-g^arde ». ALimonest, Doppet toujours prudent se présenta au représentant Réverchon ' puis î\ ses collè{2^nes Laporte et Châteauneuf- Randon. Le général Rivaz le conduisit ensuite à la petite Champafi^ne, au bas des collines de Sainte-Foy, aucbàteau de la Ducbère et enfin à Oui lins où commandait le général Valette.

Vn conseil de guerre fut tenu le 28 septembre : les représentants, Doppet, ses généraux de brigade'-* et l'adjudant-général Sandoz y assistaient. Dubois-Crancé déclara que la principale attaque devait se faire par F'ourvières, Saint-Just et Perrache et que, pour y parvenir, il fallait d'abord s'emparer de Sainte-Foy. Ensuite les murs seraient escaladés eu battus en brèche.

Pour préparer l'escalade des murs ou pour établir des ponts de passage sur les fossés des redoutes, l'ancien mousquetaire avait fait construire dans le Bugey trois mille échelles qui étaient arrivées au pont de la Passe avec quinze cents fortes planches.

Doppet, qui devait avant tout suivre les instructions de Dubois-Crancé, oublie dans ses Mémoires quel lut son impérieux inspirateur et se borne à déclarer que les généraux Hivaz et Valette sedéclarénmt « d'accord avec lui pour s'emparer des hauteurs de Sainte-F'oy afin de dominer Per-

\. I)iihois-CrnriC('', dans le compta r.Midii qu'il lut h la Convention, nffîrnia qu'il avait différé ranvlé de destitution de Kellermann jusqu'à la prise de Lyon.

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