Souvenirs de la liévolulion à Lyon^ p
Le général Vaii bois avait remarqué un certain désordre dans les troupes lyonnaises qui occupaient les Brotteaux, en avant de la tête de pont; il lui sembla que ces troupes évacuaient leurs positions. Son impression était exacte.
Sur un ordre mal transmis etàToccasion duquel Reux, chef d'état-major de l'artillerie, a été accusé d'une odieuse trahison*, Tourtoulon de la Salle, brave et loyal officier, qui commandait alors le camp des Brotteaux, n'avait pu empêcher tout un bataillon de rentrer dans la redoute. Le général Vaubois qui s'en aperçut ordonna aussitôt à un bataillon de pénétrer dans les Brotteaux, d'occuper les maisons et d'ouvrir le feu sur la redoute, en grimpant aux étages élevés et' sur les toitures*. Les quatre batteries des Collinettes qui, selon l'expression de Vaubois, « chauffaient si poliment >i ses propres troupes, ayant vu leur mouvement en avant, dirigèrent aussitôt un feu tellement intense-^ que plusieurs toitures s'effondrèrent et que les troupes de la Con veni ion durent s'abriter. Seuls les tireurs qui occupaient la maison Berlier dominaient le pont Morand et la fameuse redoute Chênelette.
Nous eûmes beaucoup à souffrir, dit ici M. Nolhac, Tintérieur de notre tête de pont présentait alors pendant quelques instants un triste spectacle. Des chevaux qui venaient d'amener des munitions avaient été blessés et hennissaient en perdant leur sang, leur conducteur gisait tout auprès sans qu'on pût s'occuper de le secourir. Des soldats tombèrent çà et là, le sous-lieutenant de ma compagnie, le même qui avait été blesséàla Croix- Rousse dans la retraite du Panier ileuri, fut tué à côté de moi et m'entraîna en tombant les bras étendus '.
M. Duffieux, père du poète, reçut deux coups de fusil, qui ne lui causèrent que de l'émotion, l'un lui coupa la
i. Officier (le Vétat-maji)}' du sièf/e, p. 67.
2. liuUetiu.s im/triitiés des- auforilés inili/aires, p. 28 : Vaubois aux reur^^*- S(Mitanls,30 septfiubre.
3. J.-H.-M. Noihac, Souvenirs delà liéroluliini^ p. 205. 4.J.-B.-M. Noihac, p. 203.
queue de ses chevaux, l'autre Tune de ses courroies de hâvre-sac.
Le colonel de la Salle fît tirer une salve de coups de canon sur la maison Berlier, qui fut aussitôt abandonnée des soldats qui l'occupaient; quand ceux-ci se retirèrent, on aperçut les petits casques à chenille et les habits blancs que portait Tinfanterie française au début de la Révolution. De l'aveu môme du généra) Vaubois^ la plupart s'étaient enivrés avec le vin et Teau-de-vie trouvés dans les caves. Une fois sortis de la maison, il fut impossible de les reformer en colonne d'attaque « beaucoup étaient hors d'état de combattre, leurs chefs criaient, s'égosillaient, menaçaient, mais inutilement. Le nombre des coupables augmentait ». Vaubois voulut les remplacer par d'autres détachements « qui ne bougèrent pas'-. » Furieux, il ordonna la retraite, n'ayant perdu en tués ou blessés qu'une cinquante d'hommes'', mais se reconnaissant incapable dans ces conditions de continuer l'attaque d'une tèle de pont si bien défendue.
Toutefois le tir de ses batteries se prolongea quelque temps sur la gauche, enfilant le pont Morand. Un détachement de canonniers lyonnais, commandé par M. Jean- Pierre Larderet, fils d'un notable habitant de Saint- Etienne et adjudant d'artillerie, traversait le pont, un boulet enleva la tête d'un des canonniers et la jeta dans une des corbeilles'' qui servaient à transporter des gargousses et des projectiles. Malgré ce spectable pénible à voir, l'attitude du détachement fut impassible.
Dans la défense des Brotteaux, Duffieux, Charcot de Villiers et Girard s'étaient signalés par leur intrépidité^,
1. Bidletin des aulorliés milUaireSy p. 285. — Vaubois à Javogues, 30 septembre.
4. Coimiiunicalions de M. Larderet de Fontaiiès et de M. Claude-Noel Desjo veaux.