‹ Contre la terreurChapitre 346 sur 400 · Alexandrine des Echerolles, p · texte numérisé non relu

Alexandrine des Echerolles, p

sur Lyon... Le marquis d'Âutichamp la commandait et son avant-garde menaçait déjà, le château de la Pape, on entendait son canon... Dubois-Crancé s'enfuyait, Précy allait à son tour déboucher par la Croix-Rousse et marcher, tambours battants, au devant des libérateurs, des Français comme les assiégés...

Voici ce qu'on disait dans le bel hôtel de M. de Nervo* et dans le vaste logis de M. de Savaron, oii s'étaient groupés, sous la municipalité jacobine, tant de serviteurs fidèles de Tautel et du trône. Quelques-uns étaient tombés au champ d'honneur, d'autres gisaient blessés ou malades sur les couchettes de l'hôpital militaire ou de l'Antiquaille, mais la plupart, entre deux gardes ou deux patrouilles, étaient heureux de se retrouver et d'espérer quand même. C'étaient les frères Léviste de Briandas, le marquis de Châteauvieux, les Dervieu, MM. d'Assier de la Chassagne, Jolyclerc de Belvé, Boulay, Fontaine de Bonnerive, Giraud de Saint Try, de Meillonas, de Vichy père et lils, et les royalistes montbrisonnais : Puy de Musieu,de Lachèze,de Chantelauze, d'Assier de Chézolles, Génier des Périchons, Duguet, etc. Le colonel de Chônelette, venait aussi quand il accordait quelques instants de trêve à ses incessantes et dangereuses inspections des fortifications. La plupart étaient de vieille race militaire, mais tous, gentilshommes ou bourgeois, aimaient passionnément la France et souhaitaient qu'elle ne subit pas l'invasion étrangère, même pour ramener la monarchie, môme pour apporter aux Lyonnais la vie sauve et la liberté.

On répétait que Précy, interrogé par un personnage de caractère douteux et d'allures équivoques, sur la question de savoir s'il accepterait l'aide des Piémontais, avait brusquement répondu : « J'accepterai le diable pour

1. Voir hi description des hôtels de la place Bellecour, si brillante au XTii* siècle, par M. Vingtrinier, ouvrage des plus intéressants, avec de merveilleuses gravures.

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nous tirer de là », mais on ajoutait qu'il s'était refusé à entrer en pourparlers avec un colonel sarde, arrivé de Turin ï. Un tel appui répugnait évidemment à Tîmcien lieutenant-colonel des chasseurs des Vosges. D'ailleurs Kellermann, injustement destitué, n'en avait pas moins battu les Piémontais à Cluse et à Aiguebelle et déterminé leur retraite. Leur intervention était donc hypothétique.

Plus illusoire encore était l'arrivée d'un corps d'émigrés par la Suisse! Certes M. de Tessonnet avait fait auprès des Princes tout ce qui était humainement possible, il avait obtenu des cadres : vingt émigrés, sous les ordres du marquis d'Autichamp pour se jeter dans Lyon. L'ancien commandant des gendarmes rouges en avait recruté un certain nombre, la plupart un peu âgés, mais résolus, vigoureux, heureux de revenir combattre en terre française et rêvant organisation d'escadrons, chevauchées intrépides, charges héroïques...

Les habitués de l'hôtel Savaron transformaient en corps d'armée ce petit peloton qui ne devait même pas franchir la frontière^.

Malgré répuisementdu siège, les privations, les fatigues de l'âge, MM. de Chamousset et du Treyve retournaient avec leurs bataillons aux avant-postes de la Croix-Rousse, M. Puy de Mussieu h Saint-Just, MM. de La Chèze et de Chantelauze à la batterie de Tobélisquo de Vaise,

\. Abbé Giiillon de Monléon, Histoire du sièf/e de Lyon, t. 11, p. 60.

2. « Les princes ayant été informés de la position fâcheuse de la ville de Lyon, où M. de Précy commandait, m'envoyèrent en Suisse pour essayer de m'y jeter. J'eus ordre d'emmener avec moi vinfît ou vingt-cinq officiers. Je les y conduisis et je reçus des instructions et des pleins pouvoirs de Monsieur, aujourd'hui roi. J'arrivais trop tard. La ville s'était rendue. » (Déclaration du marquis d'Antirhamp. Dossier de cet officier général : Archires administrai ives de ta Guerre.)

« 11 (le comie d'Alhon) fut un des officiers supérieurs qui partirent avec le marquis d'Antichamp, sur les ordres de Monsieur et du Comte d'Artois pour aller au secours de la ville de Lyon assiégée en septembre 1193. » (Déclaration du comte d'Albon. Dossier de cet officier général : mêmes archives.)

M. d'Assier de Chézolles à celle de Perrache; tous les 4iutres étaient aussi à leurs postes d'honneur et de sacrifice.

Précy n'espérait plus, mais il voulait pousser la résistance jusqu*aux dernières limites. La population subissait Tascendant de cet homme, toujours maître de lui, qui parcourait sans relâche, à cheval ou à pied, les redoutes, les postes, les casernes. Le soir du 29 septembre, en revenant de Perrache et des Brotteaux, il avait •couru à Saint-Irénée inspecter la réfection forcément sommaire et incomplète des travaux de défense. Il gar- <iait à la main par distraction un pistolet d'arçon qu'il avait arraché à un soldat ennemi. Ses vêtements avaient été déchirés par les balles et les baïonnettes et, sans façon, il était venu dans le modeste logement qui abritait son vieux camarade, le général des Echcrolles. Précy lui demanda un peu de nourriture pour le comte •de Clermont-Tonnerre, adjudant-général, qui souffrait de sa blessure et pour lui-même. En prélevant quelques vivres sur ses dernières provisions de famille, des Echerolles réconforta le blessé* et le général en chef.

Dès la matinée du 30 septembre, les corps administratifs faisaient afficher et répandre le plus possible le Bulletin départemental; ils s'efforçaient dans une proclamation de surexciter Ténergie de la population, annonçant d'après les déclarations des prisonniers faites dans la •journée du 29, que Dubois-Crancé et son armée comptait passer indistinctement tous les habitants au fil de Tépée, que vingt-sept voitures étaient arrivées dans le camp ennemi chargées de matières combustibles pour achever, s'ils entraient, la destruction et l'embrasement de la cité.

1. « Pour le comte de Clermont-Tonnerre, il ne pouvait manger, il avait reçu un coup de biscaïen k la gorge et soutTrait beaucoup. Il se trouva heureusement un peu de bouillon réchauffé à la hâte, il Tavala comme il put. Tous deux repartirent aussitôt et je ne les revis plus. » (Alexandrine des Echerolles, p. 93.)

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Vous n'avez d'espoir que dans vos bras, disaient les corps administratifs en terminant, les circonstances vous en font une loi impérieuse, votre salut tient à votre valeur. Soyez dignes de la réputation que vous avez acquise en conquérant la liberté Vous êtes républicains, vous êtes Français, vos ennemis sont des lâches, vous les avez déjà vaincus, paraissez encore et ils n'oseront vous résister. Combattez, ils fuiront loin de vous, l'oppression cessera, la cité sera sauvée*.

Ce bulletin, signé Montviol président, et Roubiez, secrétaire général, devrait être la dernière publication de l'organe départemental.

Malgré ces exhortations, la défense se désagrège : le bataillon de Washington, caserne à i'évôché, et commandé pour fournir les postes de Saint-Irénée se déclare « fatigué >i. Son chef de bataillon Vitton prévient Goguillon, qui supplée le général des Echerolles, que sa troupe est même « rebutée » et qu elle doit être remplacée d'urgence - ! Le commandant Goguillon transmet cette protestation au général de Précy; il s'en déclare indigné mais demande, lui aussi, à se retirer "^

Le bruit se répandit, dans la ville, que les compagnies cantonnées à Saint-Just et à Saint-Georges étaient aussi démoralisées, le Comité de Surveillance et de Sûreté publique du département s'adressa au général et lui demanda d'urgence de changer ces troupes suspectes, déclarant qu'il s'en rapportait absolument à lui : « Magistrats, nous connaissons l'étendue comme la limite de nos devoirs et la confiance générale vous est trop justement acquise pour que nous ne nous en rapportions pas entièrement à ce que vous ferez ''. »

D'autre part, le comte de Clermont-Tonnerre qui ten-

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